LGV Bordeaux-Toulouse : Dernières tractations sur le financement en Nouvelle-Aquitaine

TRANSPORTS Quatre départements, dont la Gironde, sont encore fortement opposés au projet, lui préférant le développement d’un RER autour de Bordeaux

20 Minutes avec AFP
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Avec la LGV, Toulouse ne se trouverait plus qu'à trois heures de train de Paris.
Avec la LGV, Toulouse ne se trouverait plus qu'à trois heures de train de Paris. — PATRICK LEVEQUE/SIPA

Dans les cartons depuis 30 ans, la ligne à grande vitesse Bordeaux-Toulouse est sur les bons rails. Tout est en ordre pour lancer le projet, à quelques détails près. En Nouvelle-Aquitaine, les dernières collectivités territoriales, pas toutes favorables, votent cette semaine le financement du projet. De quoi alimenter d’ultimes tractations.

Lundi, ce sera à la région de délibérer en séance plénière, avant la communauté d’agglomération de Dax mardi, le conseil des Pyrénées-Atlantiques et la communauté d’agglomération d’Agen jeudi, puis la communauté d’agglomération Pays Basque samedi. Reconnaissant des « inquiétudes » et des « impasses » pour boucler le financement, le président PS de  Nouvelle-Aquitaine Alain Rousset en a appelé vendredi, devant la presse, « à la solidarité et à la responsabilité ». « On ne peut pas avoir une chance historique et en même temps procrastiner, c’est une question de responsabilité », a-t-il estimé.

Faire Toulouse-Paris en trois heures

Même appel de Geneviève Darrieussecq, conseillère régionale et membre du gouvernement, en évoquant un « moment historique » pour la région. Car le temps presse. L’ordonnance qui permettra de créer la société de financement doit être prise d’ici avril 2022, après un passage devant le Conseil d’État. Le plan de financement doit être finalisé d’ici la fin de l’année. Evoqué depuis 1991 mais longtemps resté dans les cartons, ce Grand projet du Sud-Ouest (GPSO) a été ressuscité avec l’arrivée de Jean Castex à Matignon, à la grande joie de la Région  Occitanie qui en appelait encore vendredi à la « solidarité territoriale ».

Il prévoit, dans le prolongement de la LGV Paris-Bordeaux, la création de deux nouvelles lignes, vers Toulouse et Dax. La première fera gagner une heure de trajet, mettant ainsi la 4e ville de France à trois heures de Paris en 2030, et 20 minutes pour Dax. Le chantier, estimé à 14 milliards d’euros, sera financé à hauteur de 40 % par l’État, qui débloquera 4,1 milliards pour la ligne Bordeaux-Toulouse mais ne s’est pas encore engagé sur Bordeaux-Dax.

Les départements néo-aquitains réticents

Les collectivités – régions, départements et agglomérations d’Occitanie et Nouvelle-Aquitaine – devraient se partager le financement de 40 %, les 20 % restants étant complétés par des fonds européens. Au total, plus d’1,7 milliard d’euros doit être provisionné du seul fait des collectivités néo-aquitaines.

Si en Occitanie, les jeux ont été rapidement faits, il n’en est rien en Nouvelle-Aquitaine où certaines des onze collectivités sollicitées freinaient jusqu’ici des quatre fers. Car des quatre départements concernés, Gironde, Lot-et-Garonne, Pyrénées-Atlantiques et Landes, seul ce dernier n’a pas rechigné officiellement à mettre la main à la poche. Le Lot-et-Garonne et la Gironde ont tous deux dit non « à toute » participation financière, préférant porter leurs efforts sur les « trains du quotidien ». La Gironde a ainsi voté un « fonds de concours pour le développement des lignes ferroviaires locales » de 170 millions d’euros afin de « stimuler le démarrage » d’un RER « métropolitain » avec Bordeaux Métropole.

L’option RER à Bordeaux

De son côté, la métropole de Bordeaux a validé sa participation de 354 millions d’euros, mais en la « fléchant » vers l’aménagement de 12 km de lignes au sud de Bordeaux, en espérant créer ce RER local grâce aux nouvelles voies LGV. Très hostiles à cette nouvelle LGV pour la protection de l’environnement, les écologistes, par la voix du maire EELV de Bordeaux  Pierre Hurmic, ont dénoncé un « projet insensé » et « anachronique ». Mais pour certains élus, c’est l’ardoise trop salée qui fait grincer. « Des collectivités négocient pour un million alors qu’on parle d’une infrastructure qui va durer 200 ans », tempête une source proche du dossier.

Le président Alain Rousset a sorti la calculette : « sur les 14 milliards, il y a une impasse de 150 millions d’euros » estimés. Rien d'« insurmontable », assure-t-il en prévenant néanmoins que la Région ne jouera pas au pompier. Jusqu’au dernier moment, les téléphones vont chauffer en coulisses, et les négociations aller bon train.