Bordeaux : Jusqu’à 3 ans de prison pour le vol de 278 caisses de vins de grands crus

PROCES Outre les voleurs, deux personnes impliquées dans un recel s’étendant à Hong Kong étaient sur le banc des accusés

20 Minutes avec AFP
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Mouton-Rothschild, Petrus et château Margaux étaient visés par les voleurs.
Mouton-Rothschild, Petrus et château Margaux étaient visés par les voleurs. — FRANCOIS GREUEZ/SIPA

On ne plaisante pas avec le vin en Gironde. Le tribunal correctionnel de Bordeaux a prononcé vendredi soir des peines jusqu’à 3 ans d’emprisonnement au procès d’un vol juteux de grands crus pour une valeur d’un million d’euros, dont une partie s’était envolée pour Hong Kong. Des peines sont en deçà des réquisitions du parquet qui avait réclamé jusqu’à 4 ans d’emprisonnement et pour cinq des prévenus, des mandats de dépôt ou maintien en détention.

Le tribunal jugeait depuis jeudi dix personnes soupçonnées de vol ou recel après un casse dans l’entrepôt d’un important négociant en vins à Bruges, aux portes de Bordeaux, en septembre 2020. En un week-end, un groupe de huit voleurs avaient emporté 1.520 bouteilles de grands vins, d’une valeur totale de 1 million d’euros, en profitant d’une défaillance des systèmes de détection. L’affaire illustre un « phénomène criminel » qui a secoué la place bordelaise : « entre novembre 2019 et janvier 2020, pas moins de 20 cambriolages ont touché des négoces de vins », a souligné la procureure de la République Céline Pagès.

278 caisses de grands crus

La procureure a souligné « l’audace des protagonistes », membres de deux familles entre la trentaine et la quarantaine, « qui sont revenus à trois reprises » dans l’entrepôt « pour récupérer un maximum de caisses ». Uniquement des grands crus : Mouton-Rothschild, Petrus, château Margaux… soit 278 caisses au total, dont la moitié a été récupérée par la justice. Mais les prévenus, au casier judiciaire fourni, ont assuré avoir agi « au hasard » et n’avoir rien organisé. « Vous n’êtes pas face à une organisation criminelle, alors il reste quoi ? Une bande d’amis qui a fait de très mauvais choix », a plaidé Me Elena Badescu, avocate de deux prévenus.

A l’issue du délibéré, deux prévenus en détention provisoire ont été libérés. Seule femme à être jugée, la receleuse présumée, Vanessa B., 33 ans, a été condamnée à 3 ans d’emprisonnement dont 30 mois assortis d’un sursis probatoire de deux ans et reste détenue pour une autre affaire. Poursuivie pour recel, elle était soupçonnée d’avoir joué les intermédiaires pour la revente de 190.000 euros de belles bouteilles à un négociant en vins d’origine chinoise installé en Gironde, Yan Z., 42 ans, qui les avait exportées vers ses clients habituels à Hong Kong.

Deux receleurs libérés

Les voleurs avaient fait appel à la jeune femme pour écouler les précieux « flacons », grâce à ses contacts dans le monde viticole, et sa connaissance des « circuits ». Chez cette animatrice périscolaire, « on a retrouvé une compteuse à billets, personne n’a ça à la maison », a relevé la procureure. « J’avais un doute sur l’origine du vin, je savais que ce n’était pas net, mais j’ai accepté pour aider mon père en prison », s’est défendue cette mère de trois enfants, qui se présente comme une « exécutante ».

Le négociant d’origine chinoise, diplômé en droit du vin, a assuré lui qu’il ignorait tout de l’origine du vin, malgré les conditions douteuses des transactions effectuées en liquide, dans un box de parking, à un prix 20 % inférieur au marché. Poursuivi pour « recel par professionnel », il a été condamné à 12 mois d’emprisonnement avec sursis et 10.000 euros d’amende.