Bordeaux : « Sur les boulevards, une baisse de 19 % du trafic routier » grâce aux aménagements, se félicite la ville

INTERVIEW « 20 Minutes » a interrogé l'adjoint au maire de Bordeaux en charge des quartiers apaisés, Didier Jeanjean, sur les questions de circulation, le dossier chaud depuis la rentrée

Propos recueillis par Mickaël Bosredon
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Couloir bus sur les boulevards à Bordeaux
Couloir bus sur les boulevards à Bordeaux — Mickaël Bosredon/20Minutes
  • Critiquée pour sa politique en matière de circulation, la ville de Bordeaux assure que des riverains se montrent à l'inverse satisfaits des choix réalisés en la matière.
  • Loin de se « barricader », la ville « irradie » et « s’ouvre » assure l’adjoint en charge des quartiers apaisés.
  • Sur les boulevards, une partie du trafic auto s’est « évaporée » poursuit-il, au profit du bus et du vélo.

A Talence, Villenave d’Ornon, au Bouscat, on reproche à la municipalité verte de Bordeaux de vouloir se « barricader ». De créer des aménagements routiers qui empêcheraient désormais de rentrer dans la ville, et reporteraient le trafic automobile sur leurs communes. Dernier exemple en date, le projet d’aménagement de la route de Toulouse, axe de circulation majeur de l’agglomération, et sur lequel la ville de Bordeaux a demandé que puisse être étudiée la possibilité d’une mise à sens unique. 20 Minutes a rencontré Didier Jeanjean, adjoint au maire en charge des quartiers apaisés et de la nature en ville, qui s’explique sur ces dossiers brûlants.

Didier Jeanjean, adjoint au maire de Bordeaux en charge des quartiers apaisés et de la nature en ville

La ville de Bordeaux fait l’objet d’une salve de critiques, notamment de la part des maires de Talence et de Villenave-d’Ornon, concernant le souhait d’étudier la possibilité de mettre la route de Toulouse en sens unique. Que leur répondez-vous ?

Sur la route de Toulouse, trois scénarios de réaménagement sont soumis à la concertation, et la ville de Bordeaux, comme les autres communes concernées, a émis un avis, privilégiant le scénario qui fait la part belle aux vélos et aux bus, mais en précisant que l’on aimerait que ce soit mutable en un scénario à sens unique. Au cas où. On demande seulement d’étudier la possibilité d’une mutabilité de cet axe, dans le seul but d’anticiper, si jamais dans dix ans il devait y avoir moins de circulation automobile. C’est tout. On est sur un projet qui sera mis en œuvre sur la période 2025-2027, que va-t-il se passer d’ici là en matière de circulation ? Et je rappelle qu’au final, c’est la métropole qui arrêtera un choix sur ce projet.

La Route de Toulouse, qui traverse Villenave d'Ornon, Talence, Bègles et Bordeaux
La Route de Toulouse, qui traverse Villenave d'Ornon, Talence, Bègles et Bordeaux - Mickaël Bosredon/20Minutes

Globalement, depuis la rentrée, vous essuyez beaucoup de reproches, concernant des mises à sens unique de rues, ou la création de voies en site propre pour les bus et les vélos…

Il y a aussi des gens qui sont très satisfaits de cela, et on ne le dit pas. J’ai par exemple une pétition au niveau du cours de la Somme de plus de 2.000 riverains qui me demandent d’aller plus loin encore sur les pistes cyclables. Et rue de Tivoli, beaucoup de gens viennent me voir pour me demander de ne surtout pas revenir sur nos décisions.

On vous reproche quand même un manque de concertation…

Tous les projets que l’on met en œuvre font l’objet de concertation, avec réunions publiques. Cours de la Somme, on a fait six mois de concertation, avec tous les usagers, pas seulement les riverains, c’est inédit. Même chose rue de Tivoli. Je comprends qu’on agite des chiffons rouges, mais dans les faits c’est faux.

Dans les communes extra-boulevards, comme au Bouscat ou à Talence, on assure récupérer du trafic automobile supplémentaire, à cause de ces aménagements, notamment ceux réalisés sur les boulevards où il n’y a plus qu’une voie pour les voitures. Vous ne l’aviez pas anticipé ?

Il y a un accroissement de circulation dans certaines communes comme Le Bouscat, mais ce ne sont pas des automobilistes qui cherchent un trajet alternatif aux boulevards, ce sont des gens qui partent de Bordeaux nord et qui vont vers l’ouest : Caudéran, Eysines… Et, nous l’avions un peu oublié, mais nous sommes revenus aux niveaux de trafic d’avant-Covid, sachant que Bordeaux était déjà la troisième ville la plus congestionnée de France avant la crise.

Il n’y a donc pas de problème par rapport aux aménagements sur les boulevards ?

Nous venons de réaliser des comptages sur les boulevards, le trafic routier a baissé de 19 % entre 2019 et 2021. C’est inédit. On a aussi analysé ce qu’il se passait sur les 500 mètres intra et extra-boulevards, pour voir si les automobilistes empruntaient des itinéraires bis. Dans Bordeaux on est à - 2 % de trafic, et sur l’extra-boulevard on est à - 13 %. Donc, on assiste à une évaporation du trafic, c’est-à-dire qu’il y a du report modal vers le bus, notamment la Liane 9, et vers le vélo avec une hausse de 50 % de cyclistes sur les boulevards. En octobre, nous avons enregistré sur l’ensemble de Bordeaux une hausse de 30 % du trafic vélos, c’est du jamais-vu.

Ce concept d’évaporation du trafic a du mal à passer, notamment auprès des automobilistes coincés dans les bouchons…

Pourtant c’est vrai. L’automobiliste a parfois l’impression que la voie en site propre est vide mais il se trompe : entre les gens dans les bus et les cyclistes, il y passe autant de monde que dans la file de voitures. Mais cela se voit moins, parce que dix vélos prennent beaucoup moins de place que dix voitures. Il est vrai en revanche que la congestion automobile sur les boulevards est un peu plus importante qu’avant, de l’ordre de 5 à 10 %. C’est normal puisqu’il n’y a plus qu’une voie de circulation, donc 50 % d’espace en moins. Mais rien que sur la première année nous enregistrons déjà 19 % de trafic en moins, imaginez ce qu’il va se passer dans deux ou trois ans. Et tout cela génère beaucoup moins de pollution sur les boulevards.

Bordeaux n’est pas en train de se « barricader » alors, comme vous le reprochent certains maires ?

Non seulement on ne se barricade pas mais on irradie, on attire. Tout cela ouvre Bordeaux. Notre politique n’est pas de travailler contre la voiture, mais sur les automobilistes qui ont le choix. A Bordeaux, plus de 50 % des automobilistes font des trajets de moins de 4 km. Parmi eux, beaucoup peuvent prendre un mode de transport différent. En revanche, certains n’ont pas le choix, comme les professionnels, mais si on arrive à enlever ce trafic superflu, ceux qui n’ont pas le choix pourront mieux circuler.