Bordeaux, une bonne doublure de Paris pour les tournages de films

CINEMA L'architecture haussmannienne de Bordeaux séduit les réalisateurs qui veulent situer leur intrigue à Paris sans y tourner toutes leurs scènes 

Elsa Provenzano
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La cour administrative d'Appel de Bordeaux est aussi régulièrement investie par les équipes de tournage. Ici pour la saison 2 de Baron noir, tournée en 2017.
La cour administrative d'Appel de Bordeaux est aussi régulièrement investie par les équipes de tournage. Ici pour la saison 2 de Baron noir, tournée en 2017. — © Jean-Claude Lother / Kwaï / Canal+
  • Il est assez courant que les réalisateurs tournent des scènes qu’ils situent à Paris, à Bordeaux.
  • L’architecture Haussmannienne mais aussi la mise à disposition d’intérieurs qui sont de bonnes répliques de bâtiments parisiens participent à cette attractivité.
  • Moins débordée que l’Île de France qui concentre la moitié des tournages en France, la capitale girondine est aussi plus accessible pour les équipes.

Bordeaux, un petit Paris pour les décors de cinéma ? Depuis le 25 octobre, le réalisateur Rachid Bouchareb, césarisé pour Indigènes, tourne dans les rues de Bordeaux son prochain film Nos frangins, qui revient sur les manifestations étudiantes de 1986 à Paris et la mort de Malik Oussekine. Les rues du centre historique bordelais, dans lesquelles le tournage se fait principalement de nuit, font parfaitement illusion et ce n’est pas le premier réalisateur à choisir Bordeaux pour y filmer une intrigue se déroulant dans la capitale.

« Bordeaux a une architecture similaire à Paris puisqu’on est sur du Haussmannien, il existe des ressemblances mais Bordeaux n’est pas Paris. Déjà la ville est beaucoup plus basse, mais on peut trouver des similitudes et après c’est une façon de filmer pour pouvoir tricher », commente Marie Rateau, responsable du Bureau d’accueil des tournages de la Gironde (lire encadré). Et le travail de décoration est lui aussi très important pour entretenir l’illusion, le temps de quelques plans. « C’est toujours ça le cinéma, utiliser un site pour pouvoir en faire autre chose », précise-t-elle.

Des intérieurs pour la Sorbonne, l’Elysée...

Le rôle du Bureau est de proposer du prérepérage de lieux sans rentrer dans le travail de dentelle des régisseurs et des assistants réalisateurs, pour le repérage en lui-même. Si les rues et les parcs du Bordeaux historique peuvent vite prendre une allure parisienne avec le bon angle, certains bâtiments sont aussi réputés jouer le rôle de doublures. « On leur dit par exemple que s’ils cherchent quelque chose qui ressemble à la Sorbonne, on a l’université de la Victoire. On sait que l’université, avec laquelle on a opéré un référencement des lieux disponibles, est favorable à l’accueil de tournage », explique Marie Rateau.

L'hôtel de Nesmond, la résidence préfectorale est souvent utilisée au cinéma pour situer l'action à l'Elysée. Ici pour la saison 2 de Baron noir, tournée en 2017.
L'hôtel de Nesmond, la résidence préfectorale est souvent utilisée au cinéma pour situer l'action à l'Elysée. Ici pour la saison 2 de Baron noir, tournée en 2017. - © Jean-Claude Lother / Kwaï / Canal+

Des films comme Les Misérables de Robert Hossein (1982) et La Reine Margot de Patrice Chéreau (1994) ont été en partie tournés à Bordeaux. Plus récemment, la saison deux de la série Baron Noir, réalisée par Ziad Doueiri, Antoine Chevrollier et Thomas Bourguignon et tournée en 2017, met en scène beaucoup d’intérieurs bordelais. « Par exemple, Solférino c’est la cour administrative d’appel et l’équipe a utilisé la résidence préfectorale rue Vital-Carles pour faire des salons à l’Elysée », précise la responsable du bureau des tournages en Gironde. Et encore plus récemment, l'équipe du film Eiffel, sorti en 2021 a posé ses caméras cinq jours près du pont Eiffel de Cubzac-les-Ponts, près de Bordeaux.

L’Île-de-France concentre la moitié des tournages en France, donc la file d’attente pour les autorisations et l’accès à certains bâtiments est forcément très longue. A Bordeaux, ce n’est pas la même échelle et les productions apprécient de gagner du temps dans leurs démarches administratives. « Jouer Paris à Bordeaux c’est courant mais ce n’est pas non plus massif, nuance Marie Rateau. On a aussi beaucoup de tournages sur le littoral ».

Après deux années compliquées en 2019 et 2020, 2021 s’annonce une bonne année pour le Bureau qui estime que la Gironde accueille 300 à 350 journées de tournage par an. Le département devient de plus en plus une terre pour les longs métrages alors qu’il a longtemps été un décor pour les séries, en particulier parce qu’il y avait « un pôle d’unité de production fictions de France 3 [téléfilms, séries] à Bordeaux qui est parti suite aux réformes de FranceTélé », explique la responsable du Bureau des tournages.

Le bureau des tournages

Membre du réseau national Film France, le Bureau d’accueil des tournages de la Gironde propose un service gratuit d’assistance aux professionnels de l’industrie du cinéma dans l’idée de promouvoir l’activité de tournage sur les territoires. Hormis les documentaires et les publicités, toutes les fictions (longs-métrages, courts-métrages, séries, etc.) tournées en Gironde bénéficient de l’expertise du Bureau. « Soit c’est un projet qui cherche son décor, toutes les commissions sont sollicitées, et on va proposer des lieux en fonction des disponibilités, détaille Marie Rateau, responsable du Bureau des tournages en Gironde, soit c’est un projet qui a reçu une aide financière de la région, donc il faut qu’il trouve un lieu de tournage en Nouvelle-Aquitaine. »