Bordeaux : Un centre de prise en charge des auteurs de violences conjugales inauguré

SOCIETE L'hopital psychiatrique Charles Perrens et l'association Groupe SOS pilotent ensemble la structure, qui propose des consultations en ambulatoire et un accompagnement social

Elsa Provenzano
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Illustration du centre hospitalier Charles Perrens.
Illustration du centre hospitalier Charles Perrens. — UGO AMEZ/GUILLAUME COLLET/SIPA
  • Un centre de prise en charge des auteurs de violences conjugales (CPCA) a ouvert à Bordeaux et doit couvrir le centre de la Nouvelle Aquitaine.
  • L’hôpital psychiatrique bordelais Charles Perrens et l’association Groupe SOS pilotent la structure, inaugurée officiellement ce jeudi.
  • Devant l’augmentation des procédures liées à des violences conjugales, celle-ci s’annonce déjà sous-dimensionnée.

Depuis huit mois, un centre de prise en charge des auteurs de violences conjugales (CPCA) a ouvert à Bordeaux et doit couvrir le centre de la Nouvelle-Aquitaine (deux autres existent à Pau et Limoges). L’hôpital psychiatrique bordelais Charles Perrens et l'association Groupe SOS pilotent la structure, inaugurée officiellement ce jeudi à l’occasion de la journée contre les violences faites aux femmes. Elle propose un accompagnement à la fois sanitaire et social.

Des consultations en ambulatoire sont proposées aux auteurs de violences conjugales au sein de l’hôpital Charles Perrens. Il s’agit de prévenus sous le coup d’un contrôle judiciaire et en attente d’un jugement, de condamnés dans le cadre d’un suivi, ou encore de personnes qui se présenteraient volontairement. « Par exemple, un homme en couple qui a repéré chez lui une sorte de potentiel de violence et qui ne souhaite pas passer à l’acte », explique Florent Cochez, psychiatre et coordinateur du CPCA Centre NA pour le centre hospitalier Charles Perrens.

Dépister et orienter les auteurs

Les personnes qui se présentent au centre font d’abord l’objet d’une évaluation sanitaire et sociale, et leur situation judiciaire est aussi prise en compte, avant qu’une commission de suivi et d’orientation ne décide du parcours le plus adapté. Les soignants commencent à dépister certaines maladies : les troubles psychiatriques par exemple (ils représentent moins de 10 % des cas), les addictions et les psycho traumatismes, puisque souvent, les « auteurs reproduisent en quelque sorte ce qu’ils ont vécu », précise Florent Cochez. Un travail plus profond sur la personnalité des auteurs, leur gestion des émotions et leurs représentations sur la féminité et la masculinité interviennent par la suite.

« Prendre en charge les auteurs, c’est aussi, dans bon nombre de cas, éviter que les femmes aient à quitter le domicile et se précarisent, explique Gaëlle Tellier, membre du directoire du groupe SOS en charge des solidarités. A ce titre, nous avons ouvert un premier dispositif d’hébergement en Gironde, placé sous main de justice. Sur 50 personnes accueillies depuis 2020, 33 étaient auteurs de violences conjugales. »

Un centre déjà sous-dimensionné ?

Depuis 2019, les violences intrafamiliales ont explosé. Frédérique Porterie, procureure de la République à Bordeaux, rapporte que le nombre de procédures liées à ce type d’affaires était de 1.900 plaintes en 2019, de 2.459 en 2020, et déjà de 2.700 au 30 octobre 2021… Le nombre de personnes déférées a lui bondi de 200 % entre 2019 et 2020.

Ces chiffres laissent craindre que le centre soit déjà sous-dimensionné. « Sur huit mois on a déjà dépassé les objectifs et on a des suivis plus longs que ce que l’on prévoyait, pointe Chantal Bergey, psychiatre et co-coordinatrice du CPCA Centre NA pour le centre hospitalier Charles Perrens. Un recalibrage des moyens sera sans doute nécessaire. »

Le numéro 09 77 38 98 70 est ouvert aux auteurs, du lundi au vendredi de 9 h à 17 h 30.

Une justice spécialisée ?

Le département de la Gironde a demandé au ministère de la Justice de pouvoir expérimenter « comme en Espagne depuis le début des années 2000, une justice spécialisée contre les violences faites aux femmes », après le vote d’une motion lundi.

La Gironde a notamment été marquée par le cas de Chahinez Daoud, 31 ans, une mère de trois enfants brûlée vive par son ex-conjoint à Mérignac le 4 mai 2021. L’enquête diligentée par les ministères de l’Intérieur et de la Justice avait notamment pointé « un certain nombre de défaillances entre les différents services de police et de justice », rappellent les signataires de la motion.