Bordeaux : Cinq mois après l’effondrement de deux immeubles, le temps presse pour les 130 victimes

LOGEMENT La deuxième phase de sécurisation du secteur a commencé et comprend notamment l’enlèvement des gravats sur la rue

Elsa Provenzano
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Cinq mois après l'effondrement de deux immeubles, la deuxième phase du chantier de sécurisation du secteur commence.
Cinq mois après l'effondrement de deux immeubles, la deuxième phase du chantier de sécurisation du secteur commence. — E.Provenzano / 20 Minutes
  • Il y a cinq mois deux immeubles anciens du centre historique bordelais s’effondraient. Par précaution 13 immeubles abritant 130 personnes ont été évacués.
  • Ce lundi, la mairie a fait un point sur l’avancée des travaux de sécurisation dont la deuxième phase commence.
  • Les 130 riverains évacués par précaution dénoncent l’inaction des assurances et espèrent des travaux les plus rapides possible pour retourner dans leurs logements.

Il y a cinq mois deux immeubles situés aux 19 et 21 de la rue de la Rousselle dans le centre historique de Bordeaux s’effondrent. « Il y a eu un fracas énorme, comme si on renversait des bouteilles de verre, tout ça mêlé à un bruit de tonnerre, et il y a eu énormément de poussière », se souvient Anne-Laure Etcharry-Ferré, propriétaire d’un appartement au 15 rue de la Rousselle, au troisième étage. Son immeuble fait partie des treize qui ont fait l’objet d’un arrêté de péril imminent par crainte d’un effet domino. Elle a été évacuée avec les autres riverains, avec pour seuls biens sa tenue au moment de la catastrophe, un « jogging du dimanche soir » et des baskets. Ce lundi, la mairie a fait un point sur l’avancée des travaux de sécurisation dont la deuxième phase commence. Les 130 riverains, dont 100 sont réunis au sein d’une association suivent de près le chantier, espérant un retour dans leurs logements, au plus vite.

Des gravats filmés et triés pour l’instruction judiciaire

Ce lundi matin, une grue qui prend toute la largeur de la rue de la Rousselle a été installée pour déblayer les gravats qui encombrent toujours la voie publique. Alors que le temps de la procédure juridique est très long, Pierre Hurmic, le maire de Bordeaux, a insisté sur la volonté de la ville d’accélérer les choses. « Finalement, on a décidé de procéder à des commandes directes pour mettre en œuvre exactement ce que l’expert aurait fait c’est-à-dire trier les gravats, filmer leur retrait et les conserver pour une analyse par l’expert, explique-t-il. Cela a permis de débloquer la situation et de relancer le chantier ». Un huissier de justice sera présent pour le déblayage et les biens qui seront découverts pendant l’opération seront transférés au service des objets trouvés de la ville pour être ensuite restitués à leurs propriétaires.

Cette deuxième phase est annoncée pour trois à quatre semaines, elle doit permettre d’enlever les éléments encore en suspension qui pourraient chuter, d’agrafer les façades des immeubles directement voisins de ceux qui se sont effondrés et d’étrésillonner (consolider avec des pièces de bois) les autres. Des capteurs sont installés pendant cette opération de sécurisation. « On vérifie qu’il n’y ait pas de mouvement inquiétant des façades, précise Jean-Jacques Chautant, directeur des bâtiments de la ville de Bordeaux. C’est une opération exceptionnelle sur un bâti très dégradé. »

Une urgence pour les victimes

Après l’évacuation forcée de leur logement, Anne-Laure Etcharry-Ferré et son compagnon Laurent ont passé six semaines en appart-hôtel. « On est allés constamment au CCAS et à la mairie de quartier pour se battre et obtenir 10 jours de plus d’appart hôtel », se souvient la jeune femme. Le couple vit aujourd’hui dans un logement social à Pessac, un logement vide qu’il a fallu meubler parce que cette solution temporaire risque de durer un moment. « Certains ont simplement mis une table de camping et un matelas parce qu’ils n’ont pas les moyens », raconte Laurent. Trois personnes vivent encore à l’hôtel, cinq mois après la chute des immeubles. « Qu’on soit locataire ou propriétaire, on a tout perdu, estime sa compagne. Cela va nous coûter dix ans de procédure et on est déjà à 17.000 euros de dépenses tout compris depuis juin, ça va nous coûter des sommes folles ». Ils ont réussi à suspendre pour quelques mois le prêt de leur appartement qui continue à courir mais devront y faire face prochainement, en s’acquittant d’intérêts.

L’adjoint au logement Stéphane Pfeiffer dénonce une « vraie défaillance des sociétés d’assurance sur la gestion de crise » dans cette affaire et les riverains ne peuvent que partager son avis. Leur association essaie de faire reconnaître cet accident comme collectif pour que l’Etat intervienne et leur impose de trouver une solution à cette situation exceptionnelle, sur le modèle de ce qui s’est passé après l’explosion rue de Trévise à Paris.

La procédure judiciaire a été ouverte au cours de l’été et à ce stade on ignore encore les causes de l’effondrement qui n’avait heureusement pas fait de victime.