Gironde : Bientôt en manque d’eau, la métropole veut puiser dans les nappes du Médoc

EAU POTABLE L’idée est de préserver les nappes profondes surexploitées en prélevant dix millions de m3 d’eau par an dans les nappes moins profondes du Médoc

Elsa Provenzano
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Eau potable.(Illustration)
Eau potable.(Illustration) — G. VARELA / 20 MINUTES
  • La métropole de Bordeaux a lancé une concertation sur un projet de forages de puits dans le Médoc pour baisser les prélèvements actuels sur les nappes profondes.
  • Ce sont deux tiers des habitants de la Gironde qui sont concernés par cette nouvelle source d’approvisionnement.
  • Les forestiers installés sur la zone de captage sont très opposés au projet car ils craignent qu’il ne mette en péril leur activité, même si les études sur ce point sont rassurantes.

C’est un sujet majeur, celui de l’approvisionnement en eau potable de la Gironde dans les prochaines années. Les nappes très profondes de l’éocène sont surexploitées depuis une quinzaine d’années et la métropole, maître d’œuvre sur le projet, souhaite les ménager en trouvant une ressource de substitution. Un projet de champ captant est soumis à la concertation depuis ce 26 octobre, avant une enquête publique. La mise en service d’une nouvelle station d’épuration alimentée par 14 forages dans le Médoc est envisagée pour 2025.

Pourquoi la métropole cherche d’autres approvisionnements en eau ?

Les réserves qui alimentent la Gironde sont loin d’être à sec. Mais l’eau a plus de 400.000 ans, et on prélève davantage que ce qu’elle est capable de régénérer elle-même. « On est en train de dégrader en quantité et potentiellement en qualité cette réserve qui est à 300 mètres sous nos pieds, explique Guillaume Choisy, directeur régional de l’agence de l’eau Adour-Garonne. Depuis une quinzaine d’années, on puise une dizaine de millions de m3 de façon trop importante, en plus de ce que cette ressource, qui est de plusieurs milliers de millions de m3, nous propose. Il faut qu’on retrouve l’équilibre. » Chaque année 48 millions de m3 sont prélevées et si on porte ce volume à 38 millions de m3, en prenant les 10 autres millions dans le Médoc, on arriverait à l’équilibre.

Quel est ce projet de champ captant des Landes du Médoc ?

Le projet consiste à creuser 14 puits de forage de 250 m de profondeur sur les communes de Saumos et Le Temple. L’eau prélevée sera traitée dans une nouvelle station d’épuration avant d’être acheminée vers les réseaux de Bordeaux Métropole et des syndicats d’eau voisins. « L’eau substituée desservira la métropole pour 60 % mais aussi l’Entre-deux-Mers et le sud de l’agglomération pour 40 % », pointe Fabienne Buccio, préfète de la Gironde. Il s’agit de « la sécurisation en eau des deux tiers du département », renchérit Hervé Gillé, conseiller départemental du canton Landes des Graves. Son coût total est de 60 millions d’euros financé en grande partie par l’Agence d’Etat de l’eau mais aussi par la métropole et le département.

Qu’en pensent les forestiers ?

Ce sont les principaux opposants à ce projet de champ captant situé sur une zone forestière concernée de 15.000 hectares environ. « On est opposés à ce projet car on n’a pas assez de garanties, regrette Michel Robert, président de l’association pour le maintien de l’activité forestière en Médoc (AMAF), forestier et ingénieur eau environnement de formation On a fait quelques études de notre côté et quand la nappe descend un peu on voit de la mortalité sur les pins maritimes. » Il alerte sur les conséquences écologiques (zones humides et lagunes sur le secteur) et économiques. Sans forêt plantée, pas de papiers d’emballage, de charpentes, de contreplaqués, alerte-t-il. Environ 4.000 sylviculteurs sont installés sur le secteur. « Le Smegreg (Syndicat mixte d’étude et de gestion de la ressource en eau du département de la Gironde), le BRGM (bureau de recherches géologiques et minières) et l’Inrae (l’Institut national de la recherche agronomique) ont beaucoup travaillé sur ce projet et nous avons la conviction qu’il y aura peu ou pas d’impact », assure la vice-présidente en charge de l’eau à la métropole, Sylvie Cassou-Schotte. « Au maximum cela peut être une diminution de cinq centimètres des nappes de surface, une racine de pin sait s’adapter à cela », ajoute Guillaume Choisy.

Comment moins perdre d’eau sur le réseau et moins en consommer ?

L’année prochaine, la gestion de l’eau va être assurée en régie, et ce sera l’occasion de réaliser des investissements massifs pour lutter contre les fuites d’eau, une plaie sur le réseau girondin. « Un tiers de l’eau est perdu dans les canalisations sur le bassin Adour Garonne », pointe le directeur de l’Agence, précisant néanmoins que le zéro perte n’existe pas en gestion de l’eau. Le projet de captage est envisagé en parallèle d’une meilleure maîtrise de la consommation en eau sur le département. « Mais on est bon élève en Gironde puisque c’est le département du sud de la France dans lequel la consommation moyenne (50 m3 par habitant et par an) est la plus basse », souligne le président de la métropole, Alain Anziani.

L’idée n’est pas d’ouvrir les vannes en grand mais de rééquilibrer les prélèvements, tout en incitant à une consommation plus responsable. « Ces 15 dernières années le bassin a augmenté d' 1,5 million d’habitants et on a économisé 100 millions de m3 d’eau », témoigne le directeur de l’Agence de l’eau.

La concertation lancée

« Nous n’étions pas obligés de mettre en place d’une concertation publique, nous l’avons souhaitée pour aller recueillir tous les questionnements sur le sujet », rappelle Sylvie Cassou Schotte. La Commission nationale du débat public, organisme indépendant, a désigné deux garantes qui ont pour mission de veiller au bon déroulement de la concertation. Elles sont joignables par mail à cc.landesdumedoc@garant-cndp.fr

Des réunions publiques et concertations en ligne sont également organisées jusqu’au 8 décembre 2021. Une enquête publique est envisagée pour 2023.