Halloween : « La tête était presque tranchée »… En 1875 un boucher égorge un jeune et traumatise la région bordelaise

MONSTRES DE NOS VILLES (6/10) À l’occasion d’Halloween, « 20 Minutes » vous fait découvrir des tueurs ou des tueuses en série, des brûleurs de pied ou des ogresses qui ont sévi dans nos régions avant le XXe siècle

Elsa Provenzano
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L'affiche de la pièce de théâtre inspirée du meurtre de Baptiste Méry.
L'affiche de la pièce de théâtre inspirée du meurtre de Baptiste Méry. — Paul Berthelot et Claude Roland
  • 20 Minutes, on aime raconter des histoires qui font peur au coin du feu. Pour Halloween, on vous raconte les « Monstres de nos villes »Tueur de bergères, étrangleuse d’enfants, dépeceur de veuves, etc., ils ont jeté l’effroi de Toulouse à Lille et partout en France.
  • Le crime de Lormont a coûté la vie à un jeune homme de 19 ans, qui a eu la tête quasiment tranchée avant d’être détroussé.
  • Le procès et l’exécution ont passionné les foules et une pièce de théâtre a même été inspirée par ce meurtre sauvage.

Cela fait quasiment 146 ans jour pour jour que le meurtre a eu lieu mais il donne encore froid dans le dos. « L’aspect des blessures était terrible : la tête était presque tranchée et la figure baignait dans une mare de sang », écrit La Petite Gironde le 9 mai 1876 dans un article rendant compte de l’audience de la Cour d’ assises du 8 mai. Le crime de Lormont a secoué Bordeaux et sa région à la fin du XIXe siècle et 20 Minutes revient dessus à l’occasion de sa série spéciale Halloween.

Baptiste Méry, 19 ans, décrit comme « honnête et travailleur », a été sauvagement assassiné le 29 octobre 1875 par Jean-Baptiste Pascal avec la complicité de Jean Bouchau, dit le Manchot, après avoir été attiré dans un guet-apens par une prostituée, Juliette Garnier.

Un guet-apens mortel

« On est dans la période d’après-guerre de 1870 : il y a encore beaucoup de pauvreté en France et notamment à Bordeaux, décrit Dominique Lormier, essayiste, écrivain et historien, auteur des Crimes du Sud Ouest. Les gens qui exhibent un peu d’argent peuvent s’attirer des ennuis, comme s’est arrivé à notre personnage. » Le jeune homme, a été égorgé pour 40 francs…

Venu de Jonzac où il travaille dans l’atelier de serrurerie familiale, il veut revoir Juliette Garnier qu’il avait rencontrée dans une baraque foraine et à qui il avait offert « du vin et des gaufres », précise Dominique Lormier. Il ne se méfie pas quand elle l’attire sur le chemin du Rouquey à Lormont, un secteur un peu reculé et campagnard, et tombe dans un véritable traquenard.

Une fascination pour la sauvagerie du meurtre

Pour lui voler les pièces qu’il a exhibées un peu plus tôt, le Manchot lui assène un coup de couteau sur l’arrière de la tête, et Jean-Baptiste Pascal, boucher de métier, l’égorge ensuite. « Juliette assiste à la scène le sourire à la bouche, comme si elle y trouvait un certain plaisir », assure l’historien, qui a travaillé à partir des archives de la presse quotidienne régionale. La justice et la presse, marquées par l’ordre moral du début de la IIIe République, ramènent beaucoup la jeune femme à une « frivolité » coupable.

« Les affaires criminelles étaient surmédiatisées à l’époque, cela faisait la Une des journaux pendant plusieurs semaines, constate Dominique Lormier. On en a reparlé dans les chaumières pendant un moment. » La couverture du procès est aussi très suivie par la population. Le boucher « rentre dans les détails sordides sur la façon dont il s’est jeté sur lui. Il n’y a pas été de main morte, il l’a quasiment décapité », note l’historien. Il précise que les crimes crapuleux suscitaient un intérêt particulier à l’époque où l’on craignait pour sa sécurité et où régnait une « curiosité un peu malsaine sur ce genre d’événement. »

Le meurtre a inspiré une pièce de théâtre

Jugés le 8 mai 1876, le Manchot et Juliette Garnier, qui bénéficient de circonstances atténuantes, sont condamnés aux travaux forcés à perpétuité tandis que le boucher est condamné à mort. Son exécution attire 25.000 personnes place du Repos à Bordeaux, proche de l’actuelle place Gaviniès. « Voir le sang couler cela excitait la curiosité de la population et à l’époque on voulait qu’une justice, assez expéditive, soit rendue », commente l’écrivain.

Notre dossier Halloween

Près de 23 ans après les faits, une pièce de théâtre de Paul Berthelot et Claude Roland, ravive cette affaire. Elle est encore très présente dans la mémoire des Bordelais puisque les sœurs de Juliette Garnier tentent en vain de la faire interdire, faisant valoir qu’elle leur porte un préjudice moral alors qu’elles vivent encore à Bordeaux.