Harcèlement scolaire : Les premiers résultats d’une étude inédite sur les adolescents et les réseaux sociaux

ENQUETE L’étude Cyberlife, qui s’intéresse à l’usage par les adolescents des réseaux sociaux, a été lancée en septembre 2019 par un groupe de chercheurs de l’université de Bordeaux

Elsa Provenzano
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Adolescents et portable - Illustration
Adolescents et portable - Illustration — AP/SIPA
  • L' étude Cyberlife a été lancée en septembre 2019 par une équipe de recherche en psychologie de l’université de Bordeaux pour mieux évaluer l’influence des réseaux sociaux sur la réussite scolaire des adolescents et sur leur exposition au cyberharcèlement.
  • Les premiers résultats issus des questionnaires des parents sont disponibles et une publication scientifique est envisagée en février 2022.

Parents et institutions se retrouvent assez démunis pour lutter contre le harcèlement scolaire et le cyber-harcèlement qui touchent les adolescents. Et ces pratiques peuvent donner lieu à des gestes désespérés. Il y a quelques jours à Mulhouse, Dinah, une adolescente de 14 ans, s’est suicidée et la piste du harcèlement est envisagée à ce stade de l’enquête.

Après avoir répondu à un appel à projets de l’agence nationale de la recherche, l’étude Cyberlife a été lancée en septembre 2019 par une équipe de recherche en psychologie de l’université de Bordeaux pour mieux évaluer l’influence des réseaux sociaux sur la réussite scolaire des adolescents et sur leur exposition au cyberharcèlement. La professeur de psychologie Mathilde Husky et trois doctorants ont commencé début 2020 à interroger des élèves de la 5e à la 3e et leurs parents, et ils les solliciteront une fois par an, sur trois ans. Les premiers résultats issus des questionnaires des parents sont disponibles.

4 % d’ados cyber-harcelés ?

En septembre, sur la base des réponses de 1010 parents d’élèves, il ressort que 88 % des adolescents disposent de leur propre téléphone portable. Logiquement, plus ils sont âgés et plus ils sont équipés : en 5e, 17 % des adolescents n’ont pas leur propre téléphone, pour seulement 4 % en 3e. A l’aune des réponses des parents interrogés, 65 % ont un compte sur au moins un réseau social, les plus utilisés étant Snapchat, Tik Tok et Instagram. 71 % jouent aux jeux vidéo et, parmi eux, 62 % jouent en ligne. Et dans cette dernière catégorie, un sur deux joue en ligne avec des inconnus.

Il y aurait 4 % d’élèves harcelés sur les 12 derniers mois, selon ces résultats préliminaires. Parmi eux, 91 % ont au moins un compte sur un réseau social et 50 % jouent aux jeux vidéo en ligne. « On peut penser que c’est un chiffre sous estimé, pointe Margot Biscond, doctorante au sein de l’équipe Cyberlife. Il faudra le mettre en parallèle avec les résultats des questionnaires remplis par les adolescents ». Il y a bien sûr un écart entre les pratiques des adolescents sur les réseaux sociaux, et ce que leurs parents en savent.

Une publication scientifique envisagée pour juillet 2022

Pour l’instant il n’existe aucune étude de ce type, notamment parce que faire de la recherche sur des mineurs nécessite des autorisations supplémentaires. « On veut faire un état des lieux sur un sujet sur lequel il n’y a pas de publication, précise Margot Biscond. On va comparer nos données : croiser par exemple les réponses d’un parent de 5e avec celles d’un parent d’un 3e ou encore celles recueillies dans des collèges urbains avec celles des établissements ruraux. »

Une publication scientifique est envisagée pour février 2022, et une contribution à une politique de prévention dès la fin de l’année universitaire. L’idée est de permettre d’identifier des profils, des comportements types qui mènent au harcèlement et au cyberharcèlement pour les prévenir ou en limiter les dégâts. Des participants sont encore recherchés pour l’étude Cyberlife : les questionnaires sont disponibles en ligne par ici.