Bordeaux : Amende et relaxe dans l’affaire du classement de Saint-Émilion

JUSTICE Hubert de Boüard a été condamné à 60.000 euros d’amende alors que Philippe Castéja a été relaxé

C.C. avec AFP
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Dégustation de vin à Saint-Emilion, le 5 avril 2016
Dégustation de vin à Saint-Emilion, le 5 avril 2016 — GEORGES GOBET AFP

Une grande figure du vignoble bordelais, Hubert de Boüard, a été condamnée ce lundi à Bordeaux à 60.000 euros d’amende, dont 20.000 avec sursis, pour avoir joué un rôle dans le classement 2012 des grands crus de Saint-Emilion alors qu’il avait des intérêts dans plusieurs propriétés candidates, dont le célèbre château Angélus. Son coprévenu Philippe Castéja, important négociant et propriétaire du Château Trotte Vieille, a, lui, été relaxé.

Ces deux pontes du Bordelais, respectivement âgés de 65 et 72 ans, avaient comparu fin septembre pour « prise illégale d’intérêt » pour leur implication présumée, à des degrés divers, dans l’élaboration entre 2010 et 2012 de ce prestigieux classement qui garantit d’importantes retombées commerciales, financières et médiatiques. Trois propriétés recalées, parties civiles, leur reprochaient notamment d’avoir été juges et parties.

Les deux prévenus avaient nié en bloc

En 2012, le classement avait promu Angélus premier grand cru classé « A », sommet de la pyramide, et maintenu Trotte Vieille « B », récompensant huit autres propriétés pour lesquelles Hubert de Boüard était consultant ou superviseur. Les deux hommes étaient alors membres du comité national des vins de l’Inao, organe rattaché au ministère de l’Agriculture et qui a validé le règlement du classement et ses résultats, élaborés par une commission dont il avait préalablement nommé les membres. En outre, Hubert de Boüard était membre de l’Organisme de défense et de gestion (ODG) des vins de Saint-Emilion, qui avait participé à l’élaboration du cahier des charges avec l’Inao, selon l’instruction.

Au procès, les deux prévenus avaient nié en bloc avoir usé d’une quelconque influence. Mais le tribunal correctionnel a finalement estimé que le comportement de M. de Boüard, absent lundi, était « manifestement l’expression d’un entre-soi » et un « trouble grave à l’ordre public économique et social ». « Des termes cinglants », a relevé Me Eric Morain l’avocat des parties civiles, trois propriétés familiales recalées en 2012. « C’est un bel épilogue et un soulagement après huit ans de parcours du combattant », a-t-il ajouté, malgré la pointe de déception de ses clients qui n’ont pas obtenu de dommages et intérêts.

Un classement menacé

Conseil de M. Boüard, Me Antoine Vey a indiqué qu’ils se laissaient le temps de comprendre le jugement avant de décider de faire appel ou non. Même si la tentation de laver son nom pourrait l’emporter, un appel prolongerait la procédure pénale de plusieurs mois avec le risque de jeter le discrédit sur la mouture 2022 du classement, en cours d’élaboration sur des critères plus ou moins semblables à celui de 2012 et attendue pour juin. D’autant plus que sur un autre front judiciaire, la cour administrative d’appel de Bordeaux doit se prononcer sur la validité de ce classement, contestée pour la pertinence de certains critères de notation. Une décision est attendue pour début 2022, avant la publication du nouveau classement.

Hors des prétoires, la stature du classement a été égratignée cet été par la non-candidature pour 2022 des châteaux Ausone et Cheval-Blanc, un séisme à l’échelle locale. Comme d’autres, ces poids lourds historiques, les deux seuls à être premiers grands crus classés « A » depuis l’origine, jugent que ses critères laissent trop de place à des « éléments secondaires » (notoriété, accueil du public…) au détriment des « fondamentaux » (terroir, dégustation…). Un claquage de porte que tout le monde ne peut pas se permettre. Selon l’INAO, il y a plus de domaines candidats en 2022 qu’en 2012.