Bordeaux : « La question n’est plus de savoir s’il faut ou pas un métro, mais quand ? »

TRANSPORTS L’association Métro de Bordeaux organisait un débat avec différents élus autour du projet qu’elle a présenté à la rentrée

Mickaël Bosredon
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Le nouveau métro de Marseille sera entièrement automatisé
Le nouveau métro de Marseille sera entièrement automatisé — Alstom Design&Styling / Ora ïto & Fabien Bourdier
  • « 20 Minutes » a animé jeudi soir un débat sur les mobilités organisé par l’association Métro de Bordeaux, avec les élus Claude Mellier (PC), Christophe Duprat (LR), Emmanuel Sallaberry (centre droit) et une représentante de LREM, Véronique Juramy.
  • Pour Christophe Duprat, le réseau de tramway va « dans le mur » si l’on considère les perspectives de trafic d’ici à 2030.
  • « Le métro à Bordeaux est faisable financièrement » assure par ailleurs Emmanuel Sallaberry.

« A la métropole, on a parlé pendant quatre heures du métro, pas du schéma des mobilités… » L’ancien vice-président aux transports de Bordeaux Métropole, Christophe Duprat (LR), aime à rappeler que, le 23 septembre dernier, le métro avait largement occupé les débats, lors de la présentation du schéma des mobilités de la nouvelle majorité en conseil de métropole.

Jugé trop cher et d’un autre temps, le métro ne figure pourtant pas dans le projet de la coalition PS-Verts-PC. La majorité actuelle lui a notamment préféré le RER métropolitain, ce dernier lui semblant mieux répondre aux enjeux de transport de demain.

Pas de quoi refroidir l’association Métro de Bordeaux, qui avait relancé le débat en 2018 et présenté une nouvelle étude, très complète, en cette rentrée. Jeudi soir, elle organisait un débat sur la question, en présence de Christophe Duprat, du maire de Talence (et ex-vice président de la métropole en charge des finances) Emmanuel Sallaberry, de l’animatrice de la coalition mobilité de La République en marche Véronique Juramy, et d’une des rares élues de la majorité favorable au métro, la vice-présidente en charge des grandes infrastructures, Claude Mellier (PC). 20 Minutes, sans prendre position dans ce débat, avait accepté de l’animer.

« De mauvaises fées autour du berceau métro... »

Pour Christophe Duprat, « la question n’est plus de savoir s’il faut ou pas un métro, mais quand ?, a-t-il lancé, jeudi soir. Aujourd'hui, nous transportons environ 550.000 voyageurs par jour. Or, en 2030, il y en aura 800.000, ce que notre réseau de tramway ne pourra pas supporter. Nous serons dans le mur. La seule solution est de passer dessous, car dessus, il n’y a plus de place. »

Plan du projet de metro de lassociation Metro de Bordeaux
Plan du projet de metro de lassociation Metro de Bordeaux - Mickaël Bosredon/20 Minutes

Emmanuel Sallaberry considère, pour sa part, qu’il y a « de mauvaises fées autour du berceau métro. Comme si le débat qu’on doit avoir sur un élément indispensable, ne devait pas avoir lieu. Parce que c’est trop cher, trop compliqué, parce que les maisons vont s’effondrer… On a entendu plein de choses, mais je trouve vraiment dommage que l’on n’ait pas un débat politique. La décennie 2020-2030 aurait dû être celle du métro, celle où on aurait validé le métro, car aujourd’hui on est à bout de souffle. »

« Pas de métro de droite, de gauche ou du centre »

Pourquoi la majorité de droite et du centre, quand elle était aux manettes à la métropole jusqu’en 2020, a-t-elle alors enterré le projet après avoir commandé une étude à un ingénieur ? « On peut le regretter, considère aujourd’hui Christophe Duprat. Mais le contexte politique était particulier. Nous étions sur une fin de mandature, avec un changement de présidence à Bordeaux Métropole… Et nous étions sur la fin de la troisième phase du tramway, il y avait des interrogations sur le financement du RER Métropolitain, qu’il faut également réaliser j’en suis convaincu. Je considère quand même que l’étude sur le métro que nous avons commandée a été un déclic, car elle a permis d’ouvrir le débat et, aujourd’hui, il gagne du terrain dans les consciences. »

Pour Mickaël Baubonne, vice-président de Métro de Bordeaux, il n’y a en tout cas « pas de métro de droite, de gauche ou du centre, mais un métro qui présente des intérêts pour la population. »

Véronique Juramy insiste, elle, sur le souffle en matière d’aménagement qu’apporterait un métro, même si le projet présenté par Métro de Bordeaux ne traverserait que cinq communes sur les 28 de la métropole. « Le métro remodèle l’espace géographique, observe la représentante de La République en Marche. La métropole souffre de son étalement, on met les gens dans des situations impossibles à faire des heures en voiture. L'enjeu est aussi de polariser le logement autour de moyens de transport efficaces. »

« Mettre 100 millions d’euros de côté par an »

Les différents élus présents jeudi soir ont tous souligné la nécessité de mener plusieurs combats de front. « Je suis pour le métro, mais on a besoin de l’ensemble des transports, assène Claude Mellier. Le métro est une proposition d’avenir, le schéma proposé à la métropole répond, lui, à des objectifs immédiats. Ce qui est important, c’est de savoir comment nous allons connecter le RER Métropolitain au métro. »

Mais se pose alors la question du budget. Comment financer un projet qui se chiffrerait à 1,4 milliard d'euros selon l’étude commandée par Bordeaux Métropole, 2 milliards d'euros selon celle réalisée par Métro de Bordeaux - pour une seule ligne - tout en finançant du bus express, des pistes cyclables et en rénovant le réseau de tramway qui en a besoin ?

Une question d'autant plus cruciale, que le versement mobilité [la taxe versée par les entreprises] rapporte seulement 190 millions d’euros par an à Bordeaux Métropole, quand il représente 360 millions d’euros à Toulouse… « Toulouse bénéficie d’un endroit magique qui s’appelle Airbus », note Emmanuel Sallaberry. Qu’à cela ne tienne. L’ex vice-président aux finances est convaincu que « le métro à Bordeaux est faisable financièrement. » « C’est un choix politique, poursuit-il, c’est pourquoi nous préconisons de mettre 100 millions d’euros de côté par an. Avec ça, on arrive entre 700 millions d'euros et 1 milliard d’euros de fonds propres, sachant que l’Etat peut aussi subventionner. »

« Ce métro doit être le point d’orgue d’un schéma pour 2030-2035 »

Pour Claude Mellier, « il faut envisager le métro sur cinquante ans, ce qui donne des perspectives plus importantes. » D’accord sur la proposition de constituer une cagnotte de 100 millions d’euros par an, la vice-présidente en charge des grandes infrastructures demande aussi de se « rapprocher de ce qui a été fait au sein de la Société du Grand Paris, comme pour la LGV, c’est-à-dire des taxes sur les bureaux, sur les parkings d’hypermarché, et pourquoi pas sur les billets d’avion… »

« On peut se payer le métro, on en a les moyens, abonde Christophe Duprat. Après, il faut en avoir l’envie. Mais, en tout cas, on ne fera pas changer de mode de déplacement aux gens si on n’a pas un moyen efficace de le faire, et ce métro doit être le point d’orgue d’un schéma qui articulera tous les modes autour de lui, pour 2030-2035. » Bref, le débat ne pourrait faire que commencer…