Bordeaux : Une visite où les murs investis par les artistes street art se racontent

ART URBAIN My Urban Experience propose une plongée dans l’univers des artistes graffeurs via une visite aux Chartrons

Elsa Provenzano
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L'artiste Alber est connu pour ses visages composés d'aplats de couleurs.
L'artiste Alber est connu pour ses visages composés d'aplats de couleurs. — E.Provenzano / 20 Minutes
  • La société My Urban Experience propose des loisirs urbains et notamment des visites sur le thème du street art, dans le quartier des Chartrons à Bordeaux.
  • Pendant 1h30, le parcours donne à voir les œuvres d’une quinzaine d’artistes, bordelais ou non et la visite est ponctuée d’anecdotes sur l’histoire du quartier.

Vous n’y connaissez rien en street art ou vous vous y intéressez et suivez quelques artistes ? Dans les deux cas, la visite proposée par  My Urban Experience aura forcément quelque chose à vous apprendre. Elle est organisée dans le quartier des Chartrons de Bordeaux par Jourdan O' Mullan, guide conférencière, qui s’avère une mine d’informations sur les artistes dont elle suit les carrières avec passion mais aussi sur l’histoire du quartier marqué par le négoce et la Seconde Guerre mondiale. Et pointue il faut l’être quand on a l’ambition d’embarquer des locaux à la découverte de leur propre ville, sous l’angle de l’art urbain.

Des supports d’expression variés

Des quais jusqu’au marché des Chartrons, la visite d’1h30 évoque une quinzaine d’artistes street art, bordelais ou de passage à Bordeaux. Si vous avez déjà admiré une œuvre décorant un coin de rue, en spéculant sur les motivations de l’artiste, la visite vous donnera du grain à moudre. Elle démarre avec une œuvre forte d’A-MO, un artiste bordelais adepte du paint-tag (superposition de lettres taguées). Commandée par la ville à la demande de l’association Mémoires et Partages, elle fait référence au naufrage de l’Afrique, le Titanic français, qui a fait 568 victimes, dont des tirailleurs sénégalais, en 1920.

Clet Abraham est connu pour ses détournements de panneaux de signalisation.
Clet Abraham est connu pour ses détournements de panneaux de signalisation. - E.Provenzano / 20 Minutes

Et, en levant la tête à l’invitation de Jourdan O' Mullan, on peut aussi avoir des surprises. On découvre par exemple deux sens interdits retouchés par Clet Abraham, connu pour ces détournements de panneaux signalétiques. Sur l’un, la barre blanche a été surplombée d’un pont et sur l’autre une fleur s’y est frayé un passage. « Le but n’est pas de dégrader ou de rendre illisible mais d’apporter une note d’humour ou d’envoyer un message », commente la guide. Cet artiste compte sur la tolérance des autorités pour que ces œuvres perdurent.

D’autres choisissent de s’exprimer sur des bâtiments en construction, résolus à la destinée éphémère de leurs productions. A travers les barrières d’un chantier, on aperçoit encore, de loin, un mur orné de graffitis. « Je fais des repérages hebdomadaires avant les visites », explique Jourdan O' Mullan, dont le parcours n’est jamais tout à fait le même.

Charles Foussard a commencé sur les blockhaus du littoral aquitain.
Charles Foussard a commencé sur les blockhaus du littoral aquitain. - E.Provenzano / 20 Minutes

Il existe aussi des supports réservés à cette pratique, comme les murs du skate park des quais. Ils ont été investis en 2021 par le collectif Skinjackin Crew. On peut y admirer les œuvres teintées de pop surréalisme de Charles Foussard, autodidacte, qui a fait ses armes sur les blockhaus du littoral. Tatie Prout a pour sa part été initiée par sa grand-mère à l’aquarelle, à la broderie et au point de croix. Elle partage un univers enfantin et un peu décalé. Cependant, la rénovation du skate park va remettre en cause ces surfaces d’expression laissées à l’art urbain. Passionnée, la guide suit les artistes sur les réseaux sociaux et quand l’un d’eux poste une photo d’une nouvelle œuvre, elle se précipite pour la trouver in situ « comme dans une chasse au trésor ».

Une visite documentée et ludique

En s’enfonçant un peu plus dans le quartier, on découvre l’œuvre très colorée de Spaïk, un artiste mexicain, réalisée en 2015. Invité par l’association Pôle Magnetic, il a peint deux immenses renards chatoyants. « Il s’inspire du folklore de son pays pour imaginer souvent des animaux à quatre pattes et il a même un peu débordé sur la pierre calcaire, alors que c’est interdit », souligne la guide à qui aucun détail n’échappe. Juste à côté, sur un mur jouxtant une école, une fresque de speedy Graphito, « un des précurseurs du street art en France », explique-t-elle. A l’aide de pochoirs, il a réalisé une œuvre qui « fait appel à la mémoire collective avec notamment des personnages de jeux vidéo », précise la guide.

Speedy Graphito est l'un des précurseurs du street-art en France.
Speedy Graphito est l'un des précurseurs du street-art en France. - E.Provenzano / 20 Minutes

La visite est très riche : on admire les blocks stop décorés par Matth Velvet, designer industriel de métier, l’œuvre monumentale et énigmatique de Monkey Bird sur la façade du gymnase des Chartrons, ou encore un personnage cyclopéen de Skou, un artiste grec passé par Bordeaux. Au bout d’un parking, on tombe sur une tête de femme d’Alber, un artiste qui connaît beaucoup de succès et dont les œuvres sont composées d’aplats de couleurs. La guide s’appuie sur des images d’archives du quartier et des photos des œuvres des artistes présentés pour enrichir encore son propos.

« Le meilleur compliment qu’on peut me faire quand on vit à Bordeaux, c’est de me dire qu’on a appris quelque chose », glisse la guide qui partage ses connaissances avec un plaisir non dissimulé.