Gironde : Vers davantage de jets privés sur l’aérodrome de Libourne, une pétition lancée

ECONOMIE La communauté d’agglomération du Libournais (CALI) et le Grand Saint-Emilionnais, bientôt nouveaux propriétaires de l’aérodrome, veulent y développer l’aviation d’affaires

Elsa Provenzano
— 
L'aérodrome du Libournais pourrait accueillir jusqu'à un jet privé par jour dans les prochaines années.
L'aérodrome du Libournais pourrait accueillir jusqu'à un jet privé par jour dans les prochaines années. — Barley Bill/SUPERSTOCK/SIPA
  • Les nouveaux propriétaires de l’aérodrome de Libourne veulent y développer l’aviation d’affaires, envisageant de passer de 100 à 400 jets privés par an.
  • Une pétition a été lancée en ligne pour s’opposer à ce projet jugé écologiquement et socialement nuisible pour le territoire du Libournais et ses habitants.

Moins d’une centaine d’avions privés se posent chaque année sur le petit aérodrome des Artigues de Lussac, à Libourne, où sont réalisés principalement des baptêmes de l’air et des vols en ULM au-dessus des vignobles de Saint-Emilion.

Les nouveaux acquéreurs de l’infrastructure, deux intercommunalités, veulent aménager la piste pour lui permettre d’accueillir jusqu’à 400 avions par an, soit environ un par jour. Un projet qui a déclenché la mise en ligne d'une pétition il y a quelques jours. « Plus de six millions d’euros d’argent public doivent ainsi être investis pour faciliter les excès des plus riches au détriment de la santé des habitants du Libournais. Dites non à ce projet aberrant », peut-on lire dans le texte de la pétition, soutenue par Extinction Rebellion Bordeaux et ANV COP21.

La piste allongée et élargie ?

La communauté d’agglomération du Libournais (CALI) et la communauté d’agglomération du grand Saint-Emilionnais ont racheté l’aérodrome à la chambre de commerce et d’industrie, qui souhaitait s’en séparer. Au 1er janvier, elles vont créer un syndicat mixte et espèrent y développer des activités dès 2022 et 2023. L’idée est « d’allonger de quelques dizaines de mètres la piste et de l’élargir de quelques mètres, pour permettre à des avions d’affaires plus importants de se poser », explique Philippe Buisson, président de la CALI.

Il s’agit aussi de permettre aux entreprises à la recherche de foncier de s’installer sur les terrains autour de l’aérodrome afin de créer une nouvelle zone économique. Le développement d’une branche de la filière aéronautique est aussi espéré, en lien avec la Région, notamment sur la filière drones.

Une promesse à l’entreprise Céva

« Cela nous dérange d’un point de vue écologique et social, explique Sabrina, membre du collectif Non à l’aéroport du Saint-Emilionnais, porteur de la pétition. Voir des jets privés au-dessus des têtes des gens qui vivent en dessous du seuil de pauvreté, je trouve ça aberrant. Il n’y a aucun intérêt pour les habitants ». « Des gens sont contre, réagit Philippe Buisson. Ils ont le droit d’être déclinistes. Moi, je suis pour développer de façon rationnelle, pragmatique et responsable le territoire du Libournais, et c’est ce que je fais. »

Il était aussi lié par un engagement pris auprès de Céva Santé animale, troisième laboratoire pharmaceutique vétérinaire au monde, qui emploie un millier de personnes dans le Libournais, dont beaucoup de cadres. « Ceva a maintenu son siège mondial à Libourne parce que la société avait la promesse d’un maintien d’un aérodrome, c’était une condition », explique Philippe Buisson. D’autres grands propriétaires de Châteaux, parmi lesquels on trouve des groupes comme Dassault et Fayat, « des gens qui créent des emplois » selon le président de la Cali, auraient un intérêt à l’aménagement de la piste d’aviation d’affaires.

Le coût total de l’opération s’élève à six millions d’euros. « Dans toutes les études de marché qu’on a réalisé, on arrive au petit équilibre, déclare Philippe Buisson, car quand un avion se pose, le propriétaire s’acquitte de taxes ». Un point qui ne devrait pas faire changer d’avis les opposants au projet, préoccupés davantage par les volets écologiques et sociaux que par la rentabilité de l’opération.