Gironde : Loin des fleurs standardisées et hors saison, elle lance une ferme florale locale

A CONTRE COURANT Installée à Génissac, la ferme florale bio de Gabrielle Brault « Fleurs d’Aquitaine » approvisionne une quinzaine de fleuristes en Gironde

Elsa Provenzano
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Elle développe sa ferme florale à Génissac, depuis 18 mois.
Elle développe sa ferme florale à Génissac, depuis 18 mois. — Benjamin Marilley
  • Une jeune girondine de 28 ans a créé une ferme florale à Génissac il y a dix-huit mois, dans une zone de test dévolue aux projets agricoles.
  • Elle cultive une cinquantaine de variétés de fleurs locales, en agriculture biologique, qu’elle vend à une quinzaine de fleuristes de Gironde.
  • Elle doit s’associer dans un an avec une autre floricultrice pour développer son activité et elles cherchent ensemble un terrain sur le département.

« On arrache tout, on remet du compost, des toiles tissées et on plante », explique Gabrielle Brault en plein travaux d’automne sur sa petite ferme florale « Fleurs d'Aquitaine » à Génissac, en Gironde. Installée il y a 18 mois après un parcours dans le secteur touristique, cette jeune femme de 28 ans ne regrette pas un instant sa reconversion professionnelle. Elle avait déjà plusieurs expériences dans le maraîchage et une furieuse envie de mettre les mains dans la terre.

Sa rencontre avec des productrices de fleurs a été le déclic qui l’a poussée à se lancer. Elle loue aujourd’hui une parcelle à la mairie de Génissac pour tester son activité. Sur les cinq hectares au total du terrain communal, on trouve aussi des jardins partagés et du maraîchage. Tout est en agriculture biologique certifiée Ecocert.

Gabrielle Brault s'est lancé dans la floriculture après une reconversion.
Gabrielle Brault s'est lancé dans la floriculture après une reconversion. - Benjamin Marilley

Un secteur très industrialisé

« Neuf fleurs sur dix qu’on trouve dans le commerce viennent d’Equateur, de Colombie ou du Kenya, explique la floricultrice. Elles transitent par les Pays-Bas, pays qui s’est inscrit comme l’acteur incontournable de la floriculture dans le monde. Le bilan carbone est désastreux, avec des transports par avions réfrigérés : l’industrie de la fleur n’est pas du tout belle ». Elle ajoute que certains pesticides, interdits en France, sont même utilisés par des pays producteurs et constituent un risque pour ceux qui les cultivent mais aussi les clients qui les manipulent.

La tradition des roses rouges pour la Saint-Valentin s’inscrit dans cette logique industrielle, déconnectée de la saisonnalité des fleurs. « Ce n’est pas du tout la saison de la rose, qui va de juin à octobre, déplore-t-elle. La rose rouge qui vient d’Equateur à la Saint-Valentin c’est une catastrophe écologique. » A cette période, il est plus adapté d'offrir des anémones ou des renoncules par exemple qui « peuvent faire de beaux bouquets », promet-elle. La Saint-Valentin mais aussi la Fête des mères et la Toussaint sont des pics d’activité pour les fleuristes qu’elle approvisionne et elle essaie d’y répondre avec des variétés de saison.

Des fleurs de saison en plein champ

La majorité de ses fleurs sont cultivées en plein champ et donc davantage exposées aux intempéries que celles en serres : un coup de vent peut plier les tiges et la pluie peut abîmer les pétales. « Une fleur qui n’est pas standard peut être intéressante pour des fleuristes qui travaillent différemment et ne veulent pas d’une fleur standardisée toute droite », fait valoir Gabrielle Brault. Au printemps, la parcelle fleurie a aussi l’avantage d’attirer nombre de pollinisateurs. « C’est un réservoir à biodiversité dans un département très marqué par les vignes », précise-t-elle.

Elle cultive une cinquantaine de variétés au total.
Elle cultive une cinquantaine de variétés au total. - E.Provenzano / 20 Minutes

Elle a néanmoins installé deux serres pour les fleurs les plus fragiles. « Les anémones par exemple, c’est pour qu’elles arrivent quelques semaines plus tôt, en primeur, comme pour les légumes », explique-t-elle. Ces fleurs seront ensuite proposées au réseau d’une quinzaine de fleuristes avec lesquels elle travaille.

A l’automne, on peut découvrir au détour des rangs bien fournis des chrysanthèmes, des anémones du Japon, des dahlias, des échinacées, etc. Au total, la jeune femme cultive une cinquantaine de variétés sur l’année. De novembre à janvier, il n’y aura plus de fleurs mais après fleuriront anémones, renoncules, narcisses, tulipes, avant les autres fleurs de printemps.

Dans un an, la ferme devra quitter la parcelle louée à titre provisoire. Sa créatrice va s’associer avec une autre floricultrice installée à Blanquefort et elles cherchent ensemble un terrain faisant entre 5.000 m² et un hectare en Gironde. « On a besoin d’avoir un accès à l’eau et à l’électricité et il faut qu’on puisse installer des serres », pointe la jeune femme qui ne doute pas que la demande en fleurs locales va s’épanouir de plus en plus.