Bordeaux : Des riverains du Bouscat excédés par le trafic automobile provoqué par les couloirs de bus sur les boulevards

MOBILITES Depuis la création des couloirs de bus sur les boulevards à Bordeaux, de plus en plus d’automobilistes cherchent des itinéraires de délestage, notamment en passant par Le Bouscat où le trafic a explosé suscitant la colère des riverains

Mickaël Bosredon
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Couloir bus sur les boulevards à Bordeaux
Couloir bus sur les boulevards à Bordeaux — Mickaël Bosredon/20Minutes
  • Selon le maire du Bouscat Patrick Bobet, ce sont désormais 8.000 véhicules par jour qui empruntent l’axe Sadi Carnot-Marcelin Berthelot et Lagardère, contre un peu plus de 5.000 en 2017.
  • Il s’agirait en partie de la conséquence de la création des couloirs bus sur les boulevards de Bordeaux.
  • Une réflexion sur le plan de circulation dans ces quartiers va être engagée, mais la métropole va continuer à accélérer sur la création de ces couloirs bus sur l’ensemble du territoire.

Le maire du Bouscat Patrick Bobet (LR) ne « compte plus les signatures des riverains » de l’axe Sadi Carnot, Marcelin Berthelot et Lagardère. Cette avenue qui part des boulevards au niveau de la place Ravezies, est en effet devenue depuis la mise en place des couloirs bus, un axe majeur de délestage pour les automobilistes coincés dans les embouteillages, sur des boulevards réduits à une file.

Patrick Bobet nous livre ce lundi, les résultats d’une étude réalisée par un cabinet indépendant au mois de juin dernier. « Nous sommes désormais à 8.000 voitures par jour sur cet axe, alors que nous étions à 5.167 en 2017, détaille le maire du Bouscat. Et j’avais demandé une étude origine-destination de ces véhicules, résultat nous sommes sur 80 % de transit. » Même dans de petites rues parallèles, la situation est explosive, avec par exemple 2.200 voitures comptabilisées rue Jules-Guesde. « Une rue dimensionnée pour 400 voitures par jour » note Patrick Bobet.

« Régulièrement des véhicules sont obligés de monter sur les trottoirs »

« Il y a un vrai ras-le-bol, nous confie Christine Serres, une riveraine de la rue Sadi Carnot. Cela a toujours été une avenue où il y avait de la circulation, mais depuis que le boulevard a été réduit à une voie pour les voitures, cela a particulièrement aggravé la situation. Il y a même désormais des camions et des bus qui passent par cet axe. Le problème est qu’il n’y a pas la place, et régulièrement des véhicules sont obligés de monter sur les trottoirs parce que l’avenue est complètement bloquée. Je ne vous dis pas le bruit et la pollution ! »

Ces riverains ont lancé une pétition qui a recueilli plus de 300 signataires. Ils demandent au maire du Bouscat « la mise en sens unique de notre avenue, ce qui permettrait de résoudre une partie du problème. » Les habitants réclament aussi qu’une réflexion à plus grande échelle soit lancée, « pour repenser l’ensemble des flux de circulation du quartier. »

Patrick Bobet assure avoir entendu l’appel de ces habitants. « Une réunion est prévue avec la métropole dans quelques jours, mais quelle que soit l’issue, une réflexion sur une mise à sens unique de cet axe est engagée, et une décision sera prise d’ici à la fin du mois d’octobre, car cela devient invivable ».

Un report sur les transports en commun et les vélos assure la métropole

Vice-président de la métropole en charge des mobilités, et maire de Bègles, Clément Rossignol-Puech déclare aussi que la situation sera prise en compte. « Au Bouscat il y a un double effet, il y a la conséquence des couloirs bus, mais aussi de la création de la ligne D du tram dont l’ouverture [qui s’est faite progressivement entre fin 2019 et début 2020] a modifié les plans de circulation. La solution passera en effet par des modifications de plans de circulation, car les petites rues résidentielles ne sont pas là pour supporter une circulation de transit. Nous sommes conscients que pour ces riverains c’est compliqué, on a des remontées à Talence également, mais on leur demande un peu de patience. »

Sur les conséquences sur la circulation, Clément Rossignol-Puech assure que la création de ces couloirs bus sur les boulevards a permis « un report vers les transports en commun (+ 10 à 15 % sur les lignes de bus des boulevards) et sur les vélos (+ 15 %). Et il n’y a pas tant de bouchons en plus que cela, on n’enregistre que quelques minutes de temps de trajet en plus pour les automobilistes empruntant les boulevards. »

« On essaye de nous démontrer que tout va bien, ce n’est pas ce qui est vécu »

« J’ai un peu l’impression qu’on se moque de nous en ce moment, s’agace de son côté Patrick Bobet, qui a lui-même été président de la métropole pendant un peu plus d’un an de 2019 à 2020. Le matin de 6h45 à 8h15 et le soir dès 16h30 et jusqu’à 18h30, tout est bloqué, vous avez des voitures à touche-touche sur les boulevards. On essaye de nous démontrer que tout va bien, ce n’est pas du tout ce qui est vécu au quotidien. Quand la métropole nous dit qu’il y a 5.000 voitures en moins entre Ravezies et la barrière de Médoc, elles n’ont pas toutes disparu de la circulation, une partie passe par les rues du Bouscat ! »

La décision a néanmoins été prise : les couloirs bus sur les boulevards seront pérennisés. « L’objectif est d’y créer une ligne de bus circulaire, y compris rive droite, une fois que le pont Simone-Veil sera construit, début 2024, annonce Clément Rossignol-Puech. Là, on est déjà à 80 % de couloirs bus côté rive gauche, ce qui veut dire que la ligne existe déjà pratiquement de ce côté-là, même si c’est encore de la préfiguration pour le moment. »

« Il faut donner plus de place aux transports en commun et aux modes actifs »

Pour le vice-président en charge des mobilités, il n’y a « plus le choix. » « Il faut donner plus de place aux transports en commun et aux modes actifs, marche et vélo. » La métropole annonce ainsi « un doublement des couloirs bus », qui vont passer de 80 à 160 km. « Pour chaque ligne on regarde là où il y a des difficultés de circulation, là où il y a des embouteillages aux heures de pointe, et parfois il suffira d’aménager quelques dizaines ou quelques centaines de mètres seulement » assure Clément Rossignol-Puech. « C’est un travail très fin réalisé en lien avec les 28 communes. »

Cela, c’est pour l’immédiat. Un plan de création de sept nouvelles lignes de bus express, dont trois circulaires, a par ailleurs été voté à la rentrée par le conseil de métropole. « Deux sont déjà en cours de réalisation, dont celle entre Bordeaux et Saint-Aubin-de-Médoc, qui sera en couloir protégé sur 50 % du trajet de 21 km. Ce sera le cas pour l’ensemble de ces lignes express, car il faut bien comprendre qu’il faut aménager des couloirs seulement là où il y a des difficultés de circulation. »

L’objectif de cette politique, est de faire passer d’ici à 2030 « la part modale de la voiture, qui est de l’ordre de 50 % aujourd’hui, à 33 %, et celle des transports en commun de 12 % à 17 %. »