Une tournée, rempart à l'exclusion des Roms

Stéphanie Lacaze

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Des cabanes bricolées de planches et de plaques de ferrailles tout près d'un dépôt d'ordures et posées au milieu d'un terrain qu'on imagine complètement boueux à la première pluie. Nous sommes à Cenon, à deux pas du centre du Bas-Cenon. « Ici, c'est le pire squat de l'agglomération bordelaise », prévient le Dr Fabrice Guicheney, de Médecins du monde, qui effectue sa tournée hebdomadaire chez les Roms.

Dans les cabanes qui ont poussé il y a quelques mois, le confort est évidemment des plus sommaires, mais il y a quand même le chauffage - de grands bidons en métal dans lesquels on fait brûler du bois - et surtout, l'électricité pour faire marcher la télé. Les hommes du camp ont tiré une ligne en la piratant et ont installé un bloc de prises électriques au-dessus de la porte, au mépris de toutes les règles de sécurité. « C'est de la débrouille. Pour nous, c'est difficile à comprendre », lâche le médecin. Quoi qu'il en soit, il n'est pas là pour ça. Les soignants demandent aux deux hommes présents s'ils ont des problèmes ou mal quelque part. Sans grand succès. « Ils ne parlent pas français, alors c'est vraiment difficile ici », souligne Aloys Vimard, un étudiant infirmier qui participe à la tournée. Finalement, un des Roms montre ses dents gâtées à Fabrice Guicheney qui lui donne une boîte de comprimés contre la douleur. « Les antalgiques, c'est quasiment tout ce qu'on peut leur laisser. On a arrêté de donner des anxiolytiques ou des antidépresseurs car ils les revendent », précise le médecin.

A quelques dizaines de mètres de là, d'autres Roms occupent une ferme vouée à la démolition. Des épis de maïs pourrissent sur pied, sous le linge qui sèche. Rapidement, une dizaine d'hommes et de femmes se pressent autour du médecin et de l'infirmier. Un homme dit souffrir d'une tumeur. Une femme se plaint de maux de dos et demande à être examinée. Fabrice Guicheney la suit dans une chambre. Finalement, il la convoque pour passer une radio dans les locaux de Médecins du monde, le lendemain. « Le problème c'est qu'il faut qu'elle vienne, souligne-t-il. On est là pour qu'ils fassent eux-mêmes les démarches pour se soigner. » Mais ces recommandations restent souvent lettre morte. « Ils n'ont pas la même notion des soins que nous. » D'ailleurs, l'homme à la tumeur n'a pas attendu, il est parti sans se faire examiner. Heureusement pour les volontaires de Médecins du Monde, il y a aussi des satisfactions. « La plupart des femmes enceintes sont maintenant suivies par des sages-femmes et les enfants par la Protection maternelle et infantile. Certains vont même à l'école quand ils ne font pas la manche », soupire le médecin avec un sourire un peu las. ■