Bordeaux : « Ça va nous faire drôle quand on va croiser des policiers avec la tenue qu’on a dessinée », lance une étudiante de SupMode

CREATION « 20 Minutes » est allé à la rencontre des étudiants de l’école SupMode à Bordeaux, qui a remporté le concours lancé par le ministère de l’Intérieur sur la nouvelle tenue urbaine de la police nationale

Mickaël Bosredon
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Une partie des étudiants et leur professeur qui ont remporté le concours sur le nouveau design de la tenue de la police nationale.
Une partie des étudiants et leur professeur qui ont remporté le concours sur le nouveau design de la tenue de la police nationale. — Mickaël Bosredon/20Minutes
  • L’école SupMode à Bordeaux a été lauréate parmi 26 écoles de mode de l’appel d’offres « Revisiter la tenue de la police nationale » lancé par le ministère de l’Intérieur.
  • Les 35 étudiants qui ont participé au concours ont travaillé sur le polo et le couvre-chef, changeant la casquette pour un calot.
  • « Même aujourd’hui on a encore du mal à réaliser », explique une des étudiantes, qui revient sur cette aventure qui s’est avérée très enrichissante pour ces élèves.

C’était l’une des annonces d’Emmanuel Macron, le 14 septembre dernier en conclusion du Beauvau de la sécurité : les policiers porteront un nouveau polo modernisé et un calot au lieu de la casquette à partir du premier trimestre 2022. Cette nouvelle tenue a été choisie à l’issue d’un appel d’offres lancé auprès de 26 écoles de mode et de design, et remporté par l’école SupMode de Bordeaux.

« Ça va nous faire drôle quand on va croiser des policiers dans la rue avec la tenue qu’on a dessinée », lance Léa, l’une des 35 élèves en Bachelor « Responsable Design & Marketing de Mode » qui a participé au projet. « Moi, ce sera selfie direct » prévient-elle.

« Ils ont très vite compris que cela représentait un sacré défi »

« Nous avons reçu un courrier du ministère de l’Intérieur au mois de mars nous demandant de travailler sur cet appel d’offres, il a alors fallu qu’on réajuste très vite nos emplois du temps pour participer », explique Florence Traumat, fondatrice et directrice de SupMode. « Le cahier des charges était précis mais laissait place à un minimum de créativité quand même, poursuit-elle. Il y avait des contraintes en matière de tissu qui devait être résistant et antitranspirant, sur le placement des insignes, tout était bien carré, du coup nos étudiants ont apprécié de travailler sur ce projet. »

Les étudiants de l'école SupMode à Bordeaux qui ont redessiné la tenue urbaine de la police nationale
Les étudiants de l'école SupMode à Bordeaux qui ont redessiné la tenue urbaine de la police nationale - SupMode

« Au départ, ils étaient un peu réticents, se souvient une de leurs enseignantes et cheffe de projet, Betty Mahen. Mais ils ont très vite compris que cela représentait un sacré défi ». D’autant plus qu’il fallait succéder à un grand nom de la mode, la Maison Balenciaga, qui avait dessiné le dernier uniforme de la police en 2004.

A la rencontre de policiers dans la rue

« C’était un beau défi car il fallait allier le côté fonctionnel et esthétique, poursuit l'enseignante, accompagner le policier dans son métier qui peut être éprouvant physiquement, et en même temps le ministère de l’Intérieur voulait des produits qui rapprochent les policiers des citoyens. »

Plusieurs étudiants sont même allés directement à la rencontre de policiers dans la rue, pour avoir un retour d’expérience. C’est là qu’ils ont appris que la couleur bleu clair n’était pas pratique car salissante, et que le gilet pare-balles frottait parfois sur le tissu de l’uniforme au niveau des hanches et des épaules. « On a donc essayé de trouver des matières qui pouvaient s’adapter, et après on a apporté de petits détails, notamment avec les griffes de leur nouveau logo », explique Mathilde, une autre étudiante. « On a fait énormément de recherches sur les matières, sur ce qui était le plus respirant, sur ce qui pouvait le mieux s’adapter à la température », ajoute Léa.

« On est parti sur une forme de polo classique, comme celui que vous portez dans la rue »

« On est parti sur une forme de polo classique, comme celui que vous portez dans la rue, leur but étant de se rapprocher des citoyens », poursuit Léa. « Ce sont des polos qui ne sont ni trop amples, car cela pourrait être dangereux, ni trop près du corps », précise Betty Mahen. Le col en revanche est celui qui a été dessiné par le lycée du Dolmen, à Poitiers. « Et pour le couvre-chef, les policiers que l’on a rencontrés nous ont dit qu’ils ne voulaient plus de casquette, car ce n’était pas pratique, on est donc parti sur cette idée du calot, que l’on a modernisé », poursuit Léa.

Après le dépôt du dossier, l’école SupMode s’est retrouvée en finale. Il a alors fallu aller défendre le projet lors d’un grand oral, devant une vingtaine de fonctionnaires en uniforme à l’Ecole nationale de police de Périgueux. Et ce n’est qu’à la rentrée que les étudiants ont appris qu’ils avaient remporté le concours. « Au fil du temps on voyait que le projet prenait de l’ampleur et quand on s’est retrouvé finaliste, là on a compris que ce n’était pas n’importe quoi, se souvient Léa. Même aujourd’hui on a encore du mal à réaliser. » 

« Cela s’inscrira désormais dans l’histoire de l’école »

« Ce qui est vraiment impressionnant dans ce qu’ils ont réalisé, ce sont les délais car ils ont eu l’info très tard et ils n’avaient que trois jours pour présenter un premier projet », insiste Betty Mahen. Selon la directrice Florence Traumat, « ce projet leur a permis d'apprendre à être très réactif, comme dans la vraie vie, quoi ».

L’école SupMode est régulièrement sollicitée pour travailler sur des prototypes pour des entreprises, des institutions. « Dernièrement nous avons proposé un prototype pour les uniformes de travail du nouveau restaurant de Philippe Etchebest qui va bientôt ouvrir aux Chartrons, souligne ainsi Florence Traumat. Nous avons aussi travaillé avec La Poste, la brasserie Gordon Ramsey… »

Mais travailler sur une aussi grande échelle que la tenue de la police nationale est évidemment une grande première. « Cela s’inscrira désormais dans l’histoire de l’école », assure sa directrice. La fabrication de l'uniforme, avec des tissus français, démarrera prochainement dans le Lot.