Vendanges en Gironde : «Un boulanger parle à sa pâte, moi je parle à mes cuves, c'est normal», lance un vigneron bio

REPORTAGE La récolte des cépages de blancs a commencé dans le Bordelais 

Elsa Provenzano
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Julien Ferran a repris la propriété familiale depuis 2008.
Julien Ferran a repris la propriété familiale depuis 2008. — E.Provenzano / 20 Minutes
  • Les vendanges des blancs ont commencé dans l'Entre-Deux-Mers et si l'année a été difficile, le millésime s'annonce prometteur. 
  • Julien Ferran, installé en bio, vendange une partie de ses parcelles à la main, par exemple pour ses bouteilles haut-de-gamme. 
  • Il valorise uen grande partie de sa production à l'export, principalement vers les Etats-Unis et l'Allemagne. 

Dans la campagne vallonnée de l’Entre-deux-mers, à une petite heure de Bordeaux, s’étend sur une trentaine d’hectares, dont 25 d’un seul tenant, la propriété viticole de Julien Ferran. Ce quadragénaire a commencé les vendanges de ses parcelles de blanc, avec le sourire, même si l’année a été « compliquée », concède-t-il.

« Un peu de gel, un peu de mildiou (champignon qui s’attaque à la vigne), un peu de grêle, ce n’est qu’un petit peu mais en cumulé, cela a des conséquences, explique le vigneron. Je produis 400 hectolitres normalement en blancs et là, ce sera plutôt la moitié. » Néanmoins, rien à voir avec 2017 où 70 % de ses vignes avaient gelé, il y aura moins de volume, mais c’est un millésime plutôt prometteur qui s’annonce, avec une belle acidité.

Le domaine de Julien Ferran à Saint Pierre de Bat, dans l'Entre-Deux-Mers est entouré de bois.
Le domaine de Julien Ferran à Saint Pierre de Bat, dans l'Entre-Deux-Mers est entouré de bois. - E.Provenzano / 20 Minutes

Des vendanges sur-mesure

La machine à vendanger, louée pour l’occasion, est passée tôt ce jeudi matin et les grains sont maintenant en train d’être pressés. « On commence par les Sauvignon blanc et gris et après ce sera au tour des muscadelle et sémillon, détaille Julien Ferran pendant que le jus s’écoule lentement. On attend que les peaux soient bien mûres pour vendanger et on est aussi très attentifs à la météo. »

S’adapter à l’orientation de chaque parcelle, à chaque cépage, c’est le credo de ce fils de vigneron qui a repris en 2008 la propriété familiale, certifiée en agriculture biologique depuis 2000. « Cette vigne-là est vieille, c’est difficile à la machine donc on la fait à la main, précise-t-il. Et, pour mes vins haut de gamme, je prends la même parcelle pour garantir le même vin et je la vendange toujours à la main ». Autre avantage de la vendange manuelle, lorsqu’il y a eu un peu de mildiou, elle permet de trier les grappes.

« L’expression du terroir recherchée »

Le viticulteur raconte que ceux qui viennent l’aider dans le chai sont parfois surpris du peu d’équipements : pas de levures, pas de chaudières. « On cherche l’expression du terroir », précise celui qui a obtenu une certification en biodynamie en 2010 pour ce qu’il appelle sa ferme plutôt que son exploitation. Ravi de sa nouvelle vie et sous le charme de la beauté de son domaine, il prend du plaisir à travailler ses vignes, et à son sens, cela augmente ses chances de faire un bon vin. « Un boulanger parle à sa pâte, moi je parle à mes cuves, c’est normal », lâche-t-il. Cuivre, soufre (en quantités réglementées) et tisanes sont utilisés pour prévenir les maladies et renforcer l’immunité des plants de vignes.

Un couple de patous est chargé de guidé le troupeau de moutons qui broute l'herbe sur le domaine.
Un couple de patous est chargé de guidé le troupeau de moutons qui broute l'herbe sur le domaine. - E.Provenzano / 20 Minutes

Dans cette ferme, on trouve aussi une soixantaine de moutons qui broutent l’herbe entre les rangs en hiver, et entretiennent les abords de la parcelle principale, bordée de bois. Un couple de patous, qui vient d’avoir une portée, encadrent le troupeau, dont l’enclos se situe au milieu des vignes. Une quinzaine de ruches se trouve aussi disséminée sur la propriété. « On essaie d’avoir notre propre écosystème », résume Julien Ferran, appréciant la présence sur son domaine d’oiseaux, de lièvres et de sauterelles, par exemple.

Très tourné vers l’export

Quand il reprend les rênes de la propriété, ses parents n’avaient qu’un blanc et un rouge, en entrée de gamme. Il décide de diversifier les cuvées pour pouvoir mieux valoriser sa production. Constatant qu’en France il a du mal à écouler ses vins aux prix qu’il souhaite, il se tourne vers l’export. Résultat : aujourd’hui 70 % de ce qu’il produit se vend à l’étranger, principalement vers l’Allemagne et les Etats-Unis.

Mais loin de tout miser sur ces gros marchés, il ne délaisse aucun client si petit qu’il soit et exporte au Japon, en Corée, Thaïlande, Australie, Russie, Ukraine, Pologne, République tchèque, Norvège, Suède, Danemark, Finlande, Angleterre, Belgique, Brésil, Mexique, Canada, à la Réunion et même à Saint-Pierre et Miquelon. « Partout là où personne ne veut aller », plaisante-t-il. Il est aussi présent dans certains magasins biologiques en France. Ses vins sont vendus aux particuliers entre 9 et 15 euros.

Le chai de barriques de sa propriété, pour une partie de la production en rouge.
Le chai de barriques de sa propriété, pour une partie de la production en rouge. - E.Provenzano / 20 Minutes

Attentif à son terroir et à la nature, il sait aussi s’adapter aux demandes du marché pour séduire sa clientèle. Son vin orange, un vin blanc travaillé comme un vin rouge (les pellicules fermentent avec le jus comme cela se faisait à l’Antiquité dans les amphores), connaît un succès particulier depuis huit ans. S’il n’avait pas d’attrait premier pour les affaires, il a visiblement la fibre commerciale pour valoriser les fruits issus de la terre familiale.