Bordeaux : Les 30 km/h partout en ville et l’extension de la zone piétonne font grincer des dents

DEPLACEMENTS Les groupes de l’opposition municipale ont réagi aux annonces de Pierre Hurmic sur l’instauration du 30 km/h presque partout en ville et l’extension de la zone piétonne

Elsa Provenzano
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Tramway à Bordeaux
Tramway à Bordeaux — Mickaël Bosredon/20 Minutes
  • Le Modem et LREM pointent un manque de concertation de la mairie sur l’abaissement à 30 km/h.
  • Le groupe Bordeaux en luttes (LFI-NPA) remarque l’absence d’annonce sur les transports en commun, alors même, remarque Fabien Robert du Modem, qu’un essor démographique important est annoncé sur la métropole.

Mercredi, le maire de Bordeaux a annoncé la mise en place de plusieurs mesures fortes qui figuraient dans son programme de campagne, dont le passage à 30 km/h dans la plupart des rues de la ville et une extension du secteur piétonnier d’environ 40 %. L’objectif est d’inciter ceux qui peuvent se passer de leur voiture à adopter d’autres modes de déplacements et permettre à ceux pour qui c’est une nécessité de mieux circuler dans une ville qui est aujourd’hui la troisième plus embouteillée de France.

Affirmant prendre la mesure de l’urgence climatique, le calendrier est serré. La vitesse de 30 km/h sera ainsi mise en vigueur à partir de janvier 2022. « Une forme de précipitation, pour Fabien Robert (Modem) et membre de l’opposition. Si la vitesse est effectivement abaissée à 30 km/h dans tous les quartiers de Bordeaux au 1er janvier 2022, dans quatre mois, il s’agira uniquement d’un remplacement des panneaux. Or, cela ne suffit pas : une zone 30 km/h fonctionne si elle est accompagnée de travaux [création de ralentisseurs, suppression des feux de circulation, rénovation des carrefours…] » Certes les travaux s'étaleront un peu dans le temps, précise le maire adjoint en charge de la nature en ville Didier Jeanjean. Mais, sur l'acceptation de la mesure en général, il met en avant un sondage Ifop qui marque 68 % de répondants en sa faveur et l'accompagnement de sa mise en oeuvre avec des réunions d'informations lors des conseils de quartiers. 

Une consultation des habitants demandée

Fabien Robert et le groupe Renouveau Bordeaux de Thomas Cazenave (LREM) pointent un manque de concertation en amont. « Pour les élus, la mesure visant à limiter la vitesse à 30 km/h dans Bordeaux est un élément d’apaisement cependant celle-ci nécessite une véritable concertation préalable avec les habitants et non pas un passage en force », pointe Renouveau Bordeaux. « Une nouvelle fois, le maire fait des annonces sans aucune concertation préalable. Les conseils de quartier seront consultés… après », renchérit Fabien Robert. Il rappelle que la ville écologiste de Bègles « avait adopté la même méthode radicale avant de revenir en arrière en rehaussant la vitesse à 50 km/h sur certains axes. » Cependant, Bordeaux a d’ores et déjà annoncé qu’elle conserverait certaines pénétrantes à 50 km/h.

Et les transports collectifs ?

Pour le groupe Bordeaux en luttes dont Philippe Poutou (NPA) a été la tête de liste, s’il est certain que « moins la voiture prend de place mieux c’est, notamment pour notre santé et l’environnement », il note que le maire écologiste « évite la question centrale de l’organisation des transports en commun ».

« Pour nous à Bordeaux En Luttes, la meilleure des réponses à la fois aux problèmes de santé publique (pollution atmosphérique) et sociaux (augmentation de la pauvreté et précarité) c’est l’instauration d’un véritable service public des transports dans toute l’agglomération qui seul peut mettre en place la gratuité pour l’ensemble de la population », explique le groupe dans un communiqué.

Pour Fabien Robert, la montée en capacité des transports en commun doit être abordée pour faire face aux enjeux démographiques. « Comment transporter 300.000 personnes supplémentaires par jour à l’horizon 2030 ? Pour mémoire, les modes doux sont utilisés essentiellement pour des courtes distances. Ainsi, ils représentent 50 % des déplacements mais seulement 10 % des km parcours… Or, 57 % des habitants de la métropole travaillent à plus de 7 km de leur lieu de vie. »