Coronavirus en Gironde : Face à la pénurie de main-d’œuvre, la restauration ou le BTP « doivent proposer autre chose qu’un CDD au Smic »

ECONOMIE Le patron de la Chambre de commerce et d’industrie de Bordeaux Gironde tire un premier bilan de la crise sanitaire, et se projette dans le monde d’après face à la pénurie de main-d’œuvre dans certains secteurs

Mickaël Bosredon
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Plus d'un millier de restaurants sont en activité sur la ville de Bordeaux - Photo : Sebastien Ortola
Plus d'un millier de restaurants sont en activité sur la ville de Bordeaux - Photo : Sebastien Ortola — S. ORTOLA / 20 MINUTES
  • Le bilan de la saison estivale est mitigé, notamment chez les restaurateurs et les commerçants même si ces derniers ont été peu impactés par le pass sanitaire.
  • En revanche, la crise n’a pas entraîné la vague de faillite redoutée à un moment, « les dispositifs du quoi qu’il en coûte ayant porté leurs fruits. »
  • Le président de la CCI de Bordeaux Gironde est plus inquiet concernant les pénuries de main-d’œuvre dans la restauration et le BTP et demande à ces secteurs une remise en cause.

Un été à géométrie variable pour les professionnels en Gironde. Selon une étude de la CCI Bordeaux Gironde, 47 % des professionnels interrogés parmi les commerçants et les CHR (Cafés, Hôtels, Restaurants) qualifient la saison estivale de « satisfaisante, voire très satisfaisante », davantage chez les commerçants (54 %) que dans les CHR (39 %).

Le mois de juillet aurait été meilleur qu’août. Conséquence du pass sanitaire ? Quelque 79 % des restaurateurs et cafetiers estiment que son impact a été « fort, voire très très fort » sur leur activité, et 83 % évaluent des baisses de plus de 20 % de leur chiffre d’affaires. En revanche, 80 % des commerçants déclarent que l’impact du pass sanitaire a été neutre.

« Le "quoiqu’il en coûte" a porté ses fruits »

Dix-huit mois après le début de la crise sanitaire, la CCI a aussi dressé un premier bilan de la crise pour les entreprises girondines. Curieusement, « nous avons beaucoup moins d’entreprises en difficulté qu’auparavant, alors qu’on prédisait des quantités phénoménales de faillites, assure le président de la CCI Patrick Seguin. Sur les périmètres des tribunaux de commerce de Bordeaux et Libourne, nous sommes à – 26 % d’entreprises qui se sont mises sous la protection du tribunal par rapport à 2018 et 2019. Le "quoiqu’il en coûte" a porté ses fruits. »

Un « quoi qu’il en coûte » qui va progressivement s’arrêter, puisque le fonds de solidarité doit cesser au 30 septembre. Et après ? « L’après démarre dès le 14 septembre avec le lancement du comité de sortie de crise, annonce Patrick Seguin, qui doit permettre l’accompagnement du monde économique. Nous devrons faire du cas par cas pour étudier les dossiers des entreprises qui peuvent rencontrer des problèmes, par exemple celles qui auraient du mal à rembourser un PGE (prêt garanti par l’Etat). »

« Pendant la crise, des employés ont passé plus de temps en famille »

Il n’empêche que si la santé économique des entreprises en Gironde est « plutôt bonne » estime le président de la CCI, il subsiste « un point noir : le recrutement. » « Pendant la crise du Covid, des employés, notamment dans la restauration et le BTP, ont passé plus de temps en famille, se sont aperçus qu’il y avait une autre vie, et maintenant il y a un manque de main-d’œuvre », analyse Patrick Seguin.

Le patron de la CCI n’accable pas pour autant (que) le personnel. « Les patrons dans ces secteurs doivent aussi proposer autre chose qu’un CDD au Smic, cela passe par des augmentations de salaire, mais pas seulement, les nouvelles générations veulent un projet de vie, de la bienveillance. Il y a une transformation sociale qui est en train de se faire, et les entreprises doivent être sexy. La solution passe peut-être par donner plus de liberté aux collaborateurs, en leur accordant par exemple des soirées… »