Bordeaux : Aujourd’hui transformée en parking, la chapelle Saint-Jacques « pourrait être un magnifique lieu d’exposition »

PATRIMOINE La direction régionale des affaires culturelle espère que des investisseurs seront attirés par la chapelle Saint-Jacques à Bordeaux, cette église du Moyen-Age transformée en parking et qui a suscité un certain émoi sur les réseaux sociaux

Mickaël Bosredon
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La chapelle sert desormais de parking pour les voitures de riverains
La chapelle sert desormais de parking pour les voitures de riverains — Jean-Pierre Nicolas
  • Conservatrice régionale adjointe des monuments historiques, Muriel Mauriac confirme que la chapelle Saint-Jacques est désormais à vendre.
  • Redécouverte en 2020 à la faveur de la mobilisation du Collectif 1120, cette église du XVe siècle était transformée en parking depuis plusieurs années.
  • La direction régionale des affaires culturelles espère que ce site « exceptionnel » va attirer des investisseurs pour en faire « un lieu de spectacles ou d’expositions. »

Après son classement aux monuments historiques, quel avenir pour la chapelle Saint-Jacques à Bordeaux ? Cette église du XVe siècle, vestige de l’hôpital-prieuré Saint-Jacques fondé au XIIe siècle pour l’accueil des pèlerins du chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle, et cachée derrière une façade XVIIIe de la rue du Mirail, a été redécouverte il y a quelques mois à la faveur de la diffusion sur les réseaux sociaux d’une photo montrant sa nef transformée en parking.

La chapelle Saint-Jacques, rue du Mirail, se cache derrière cette façade XVIIIe siècle
La chapelle Saint-Jacques, rue du Mirail, se cache derrière cette façade XVIIIe siècle - Facebook/Collectif 1120

Cette photo a convaincu un historien spécialiste de l’Aquitaine du Moyen-Age, Guilhem Pépin, de créer le Collectif 1120 (date de création de l’hôpital-prieuré Saint-Jacques) pour mobiliser des citoyens autour de la sauvegarde de cette chapelle. Démarche qui a abouti au classement d’office au titre des monuments historiques de la chapelle, a annoncé la ministre de la Culture Roselyne Bachelot, le 19 août dernier.

Contactée par 20 Minutes, Muriel Mauriac, conservatrice régionale adjointe des monuments historiques à la direction régionale des affaires culturelles (Drac) de Nouvelle-Aquitaine, martèle que « notre priorité est de restaurer, sauver, puis donner à voir au plus grand nombre » cette chapelle.

« Ce classement d’office peut attirer des investisseurs au-delà de la Nouvelle-Aquitaine »

Confirmant que l’actuelle propriétaire a mis en vente le monument, Muriel Mauriac estime que « cela pourrait être un magnifique lieu pour en faire des événements, type spectacles ou expositions ». D’ailleurs, rappelle-t-elle, « après la Révolution la chapelle Saint-Jacques a été transformée en théâtre Molière. Toute la difficulté est de trouver le bon acquéreur, avec le bon projet à la clé, car il y a eu des projets par le passé, mais inadaptés. Seul quelque chose qui préserve la volumétrie générale de la chapelle est viable, au regard de l’intérêt exceptionnel de ce bien patrimonial. Je pense que ce classement d’office peut précisément attirer des investisseurs au-delà de la Nouvelle-Aquitaine, car il y a là un vrai beau projet à bâtir. »

L’option d’une préemption par une collectivité ne semble, pour le moment, pas d’actualité. « Pour l’instant, le prix souhaité par la propriétaire ne permet pas à une collectivité d’envisager de se porter acquéreur », estime la conservatrice régionale adjointe, qui prévient aussi que « tout cela peut prendre du temps, d’où le rôle que va jouer la conservation régionale des bâtiments historiques pour au moins stabiliser le bâtiment et éviter que des dégradations plus importantes ne surviennent dans les années qui viennent. »

Le classement va permettre « des travaux de première urgence et de mise en sécurité de la chapelle »

Justement, comment vont se dérouler les travaux à mener sur cet édifice ? Muriel Mauriac rappelle qu’il n’y a « pas eu de réponse de la propriétaire à notre demande de classement, d’où ce classement d’office qui est la mesure ultime avec un décret en conseil d’Etat. » Cette procédure administrative « va nous donner des outils réglementaires pour imposer des travaux de première urgence et de mise en sécurité de la chapelle. » Toutefois, « nous essayons de travailler en partenariat avec la propriétaire du monument, car nous comprenons également que c’est très lourd à porter pour elle. »

Aujourd’hui, beaucoup s’étonnent qu’il ait fallu attendre si longtemps pour s’intéresser au sort de la chapelle Saint-Jacques. Si le collectif 1120 « a relancé la dynamique autour du monument », Muriel Mauriac rappelle que c’est aussi « la révision du secteur sauvegardé, en 2018, qui, en incluant la rue du Mirail, nous a permis de réévaluer la place que devait avoir cette chapelle au sein des monuments de la ville de Bordeaux, alors qu’elle était un peu tombée dans l’oubli. »

Anciennement un lieu de stockage pour les Halles Lagrue

« A titre personnel, poursuit la conservatrice régionale adjointe, j’avais déjà visité cette chapelle il y a longtemps de cela, et je connais la propriétaire qui est quelqu’un de profondément attachée à ce lieu. Elle est blessée d’être stigmatisée comme laissant la chapelle à l’abandon, car quand elle l’a achetée elle voulait en faire une halle d’exposition, mais le temps de monter son projet elle l’a utilisée comme parking, puis elle a été stoppée dans son élan car il y a eu un effondrement de la voûte du chœur [au début des années 2000], qui a mis à mal ses projets puisque s’en sont suivis des contentieux avec des problèmes d’assurance. »

L'ancienne grande surface alimentaire les Halles Lagrue se servait déjà de la chapelle pour entreposer des denrées, et stocker des véhicules
L'ancienne grande surface alimentaire les Halles Lagrue se servait déjà de la chapelle pour entreposer des denrées, et stocker des véhicules - Facebook/Collectif1120

Auparavant, la chapelle servait de lieu de stockage pour les Halles Lagrue, une ancienne grande surface alimentaire du cours Victor-Hugo, et des véhicules y étaient d’ailleurs déjà entreposés, au moins dès les années 1970-80. A une époque où le patrimoine médiéval de Bordeaux soulevait moins de passion. « L’intérêt suscité par la chapelle Saint-Jacques va sans doute permettre de reconsidérer cette période moins connue de l’histoire de Bordeaux », espère aujourd’hui Muriel Mauriac.