Bordeaux : « Un métro aurait un coût de deux milliards d’euros, mais avec une rentabilité supérieure au tramway »

INTERVIEW Vice-président de l’association Métro de Bordeaux, qui sort un nouveau de projet de métro en cette rentrée, Mickaël Baubonne à répondu aux questions de « 20 Minutes »

Propos recueillis par Mickaël Bosredon
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L'enseignant-chercheur Mickaël Baubonne a réalisé une étude sur la possibilité d'un métro à Bordeaux.
L'enseignant-chercheur Mickaël Baubonne a réalisé une étude sur la possibilité d'un métro à Bordeaux. — M.Bosredon/20Minutes
  • Métro de Bordeaux présente son projet alors que la métropole de Bordeaux va dévoiler sa stratégie des mobilités le 10 septembre.
  • Longue de 19 kilomètres, cette ligne automatique partirait de Talence sur la rive gauche pour aller jusqu’à Cenon sur la rive droite, traverserait cinq communes en tout, et desservirait dans l’hyper-centre l’hôpital Pellegrin, Gambetta-Mériadeck et la gare.
  • D’un coût de deux milliards d’euros, elle serait réalisée entre 2025 et 2035, imagine l’association.

« Il est temps d’arrêter de poser des rustines sur le réseau de tram et de bus », lance en cette rentrée l’association Métro de Bordeaux. Après avoir replacé en 2018 l’idée d’un métro à Bordeaux dans le débat public, le professeur de droit Mickaël Baubonne et l’association dont il est vice-président viennent de présenter un nouveau projet, quelques jours avant que la métropole ne dévoile sa stratégie des mobilités, le 10 septembre prochain. Interview.

Vous débarquez en cette rentrée avec un nouveau projet de métro, alors que la métropole doit dévoiler sa stratégie des mobilités. L’idée est de mettre la pression sur les élus, non ?

C’est cela. On a peur que cette stratégie des mobilités consiste en une simple refonte d’un plan déjà connu, avec peut-être un ou deux nouveaux trajets, et que l’on se contente de lancer encore une étude pour un éventuel métro, alors que la stratégie des mobilités est évidemment très différente selon qu’on intègre un métro ou pas. Dans tous les cas, nous pensons qu’on ne peut plus dire que l’on va « optimiser l’existant », ce que l’on fait déjà depuis dix ans, notamment au regard des projections de trafic de l'A'Urba [l’agence d’urbanisme de Bordeaux Aquitaine] qui annonce 250.000 voyageurs supplémentaires sur le réseau d'ici à 2030, soit une hausse de 42 %. D’où ce projet qu’il faudrait mettre en œuvre à partir de 2025 et qui s’étalerait sur dix ans.

Plan du projet de metro de lassociation Metro de Bordeaux
Plan du projet de metro de lassociation Metro de Bordeaux - Mickaël Bosredon/20 Minutes

Plusieurs élus de la métropole ne sont pas fermés à l’idée d’un métro, mais les sentez-vous néanmoins en mesure de franchir ce pas ?

Effectivement, ils ne sont pas fermés mais ils n’ont que des arguments contre. On a l’impression qu’ils se cherchent des excuses pour ne pas le faire, avec tantôt le coût, tantôt les travaux ou encore le bilan carbone…

Il n’empêche que ce sont de vrais arguments…

Pas vraiment. Certes, un métro aurait un coût de deux milliards d’euros, mais étalé sur une décennie, et avec au final une rentabilité bien supérieure au tramway. Les travaux, eux, seraient limités au droit des stations, ce qui est moins impactant qu’une ligne de tramway. Quant au bilan carbone, certes il faut creuser mais derrière cela permet d’économiser des tonnes de gaz à effet de serre.

Parlons du projet que vous présentez, qu’est-ce qui a changé depuis 2018 ?

Mon idée en 2018 était de remettre l’idée d’un métro sur la table, c’est fait. Ensuite, on a voulu associer des citoyens pour imaginer le meilleur projet pour Bordeaux. C’est pourquoi on ne présente pas qu’une ligne de métro, mais un projet global de mobilités, avec une refonte du réseau de bus et un réseau cyclable express autour du métro pour s’y connecter.

Et quelles sont les grandes idées de cette ligne de métro ?

Elle s’inspire largement de celle présentée par l’ingénieur missionné en 2019 par la métropole pour plancher sur un projet. Le long des 18 stations, il nous semblait important de desservir l’hyper-centre avec notamment un pôle Gambetta-Mériadeck, ce qui permet des correspondances avec le tramway et le futur BHNS de Saint-Aubin. Il nous a aussi semblé essentiel de desservir les cours de Bordeaux qui sont trop étroits pour assurer des liaisons en bus à haut niveau de service. Enfin, nous avons intégré la gare car c’est une anomalie qu’elle ne soit pas desservie par un métro. C’est une ligne qui serait à la fois aérienne et souterraine, sachant que la partie souterraine se trouve à Cenon et entre la gare Saint-Jean et Arts et Métiers. On aurait des temps de trajet nettement améliorés, avec par exemple Cité administrative-Gambetta en six minutes, ou Gradignan-gare Saint-Jean en 26 minutes.

La question du sous-sol de Bordeaux, qui avait été à l’origine de l’abandon du projet de métro dans les années 1990 sous Jacques Chaban-Delmas, revient encore dans les discussions quand on parle d’un métro à Bordeaux. Qu’en dites-vous ?

On a franchement du mal à se sortir de cette idée-là, qui a été bien ancrée dans la tête des Bordelais. Un métro ne serait pas faisable car nous sommes sur des marécages. Des marécages il y a en a aussi à Lille, à Lyon, à Rennes, où ils ont percé un métro. Il n’y a pas de difficulté par rapport à cela.