Bordeaux : « Toutes les situations concernant l’habitat ancien font l’objet d’une attention particulière »

INTERVIEW Un nouvel arrêté de péril vient d’être pris concernant un immeuble du centre de Bordeaux, cours Victor Hugo, entraînant l’évacuation de cinq autres immeubles. L’adjoint au logement Stéphane Pfeiffer a répondu à nos questions

Propos recueillis par Mickaël Bosredon
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La ville de Bordeaux a émis un arrêté de mise en sécurité de l’immeuble situé 85 cours Victor Hugo, dont l’arrière donne dans la rue Buhan
La ville de Bordeaux a émis un arrêté de mise en sécurité de l’immeuble situé 85 cours Victor Hugo, dont l’arrière donne dans la rue Buhan — Mickaël Bosredon/20Minutes
  • Entre 55 et 70 habitants sont concernés par les nouvelles évacuations d’immeubles dans le centre de Bordeaux, vendredi dernier.
  • Les arrêtés de péril se multiplient depuis le mois de juin, même si l’adjoint au logement assure qu’ils ne sont pas plus nombreux que l’an passé à la même époque.
  • L’élu rappelle que dans le centre historique de Bordeaux, de nombreux immeubles ont plusieurs centaines d’années, et se dégradent naturellement.

Un nouvel arrêté de péril imminent a été pris, vendredi, concernant un immeuble ancien du centre historique de Bordeaux, au 85 cours Victor Hugo. Celui-ci a été évacué, ainsi que cinq autres immeubles à proximité et trois commerces, et un périmètre de sécurité a été établi dans ce quartier, près de la Grosse cloche. 20 Minutes a interrogé l’adjoint au maire en charge du logement, Stéphane Pfeiffer, pour faire le point sur la situation.

Combien d’habitants sont concernés par ces nouvelles évacuations, et comment cela va se passer pour eux ?

Il s’agit de 33 logements au total, et on estime qu’entre 55 et 70 habitants sont concernés. Nous avons déjà reçu des appels de gens qui rentrent de vacances ces jours-ci et qui se demandent ce qu’il va se passer pour eux. Quand ils sont locataires ils doivent prendre contact avec leur propriétaire, puisque c’est à lui de reloger dans ces cas-là, mais s’il ne veut ou ne peut pas la mairie intervient pour proposer des relogements, ce que nous avons déjà fait pour quatre personnes.

A proximité de l'immeuble du 85 cours Victor Hugo cinq autres immeubles ont été évacus
A proximité de l'immeuble du 85 cours Victor Hugo cinq autres immeubles ont été évacus - Mickaël Bosredon/20Minutes

Qu’avez-vous découvert sur cet immeuble du 85, cours Victor Hugo ?

C’est un signalement qui nous a été fait mercredi par le syndic de copropriété de l’immeuble, c’est suffisamment rare pour le souligner. L’expert de la ville s’est rendu sur place dès jeudi. Il a estimé qu’il y avait un risque important, au regard de fissures sur la façade du 85, cours Victor Hugo (côté rue Buhan), et des fondations en sous-sol qui sont très dégradées. Dans la foulée, nous avons sollicité le tribunal administratif pour qu’il mandate un expert, qui doit passer en début de semaine pour réaliser une contre-expertise. C’est lui qui décidera de la suite à donner.

Un périmètre de sécurité a été tabli rue Buhan
Un périmètre de sécurité a été tabli rue Buhan - Mickaël Bosredon/20Minutes

Concomitamment à l’effondrement des deux immeubles de la rue de la Rousselle en juin, les arrêtés de péril sur des immeubles anciens du centre historique se multiplient ces derniers mois, comment l’expliquer ?

Quelques jours avant la rue de la Rousselle [trois immeubles s'étaient effondrés le 20 juin, faisant trois blessés dont un grave], nous avions eu Planterose [onze immeubles évacués après l’effondrement d’un bâtiment] et Labirat-Lalande [neuf immeubles évacués après un arrêté de péril pris sur un bâtiment le 18 juin]. Fin juin, trois immeubles du quai de Bacalan ont été évacués en raison d’une corniche qui menaçait de s’effondrer. En juillet nous avons fait évacuer un immeuble rue Gaspard-Philippe. Et début août, nous avons eu une autre intervention, sans évacuation, après l’effondrement de quatre marches d’un escalier dans un immeuble, rue Buhan aussi.

Ces cas sont différents les uns des autres, mais toutes les situations concernant l’habitat ancien de Bordeaux font l’objet d’une attention particulière, je vous le confirme. Et nous avons engagé des cabinets extérieurs pour renforcer nos équipes, car nous avons eu entre 70 et 80 signalements depuis la rue de la Rousselle, et il faut vérifier tout cela. Mais nous n’avons pas pris en 2021 davantage d’arrêtés de péril que l’année dernière au même moment de l’année. N’oublions pas que nous sommes dans un centre historique avec des bâtiments qui ont plusieurs centaines d’années, et qui se dégradent naturellement, même si parfois l’entretien laisse aussi à désirer de la part de certains propriétaires.

Il a été évoqué une problématique de nature du sous-sol, dans ce périmètre du centre ancien de Bordeaux, confirmez-vous que cela peut aussi jouer un rôle ?

Nous avions sollicité dès la fin du mois de juin un bureau d’études qui estimait qu’il n’y avait pas d’inquiétude particulière à avoir sur la nature des sols, mais cela fait partie de nos pistes de réflexion et de vérification, notamment en raison des évolutions climatiques. Nous souhaitons mesurer quel pourrait être l’impact du réchauffement climatique sur les sols, en cas de forte chaleur ou de pluie. On sait notamment qu’il y a un phénomène d’humidité dans un grand nombre de caves du centre ancien, que les orages de juin ont peut-être aggravé.

Où en est-on de l’audit des bâtiments anciens que vous souhaitiez lancer ?

Une étude est en cours pour analyser avec précision les secteurs concernés par l’habitat dégradé. Le rapport devrait être nous être remis dans les prochaines semaines, et nous irons inspecter les adresses retenues par la suite. Par ailleurs, nous mettons en place à partir de janvier 2022 le permis de louer sur certains secteurs - Belcier, cours de la Marne, Saint-Michel et Victoire - ce qui va obliger les propriétaires à informer la mairie avant de mettre un bien en location, et nous aurons la possibilité de vérifier que le logement est en bon état. Certains propriétaires ne pourront plus faire n’importe quoi, même si notre objectif n’est pas de les mettre à l’amende, mais de les accompagner à réaliser des travaux quand cela sera nécessaire.