Ils n'acceptent pas l'indifférence

Orianne Dupont

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« On leur dit qu'il y a des lois à respecter, alors on ne peut pas laisser passer ça... » Cette mère d'une élève de troisième au collège Jean-Jaurès, à Cenon, qui faisait partie du groupe d'élèves pris à partie jeudi dernier par des CRS à la gare Montparnasse, est venue hier, avec des professeurs, demander à l'inspection académique de rendre des comptes. « Nous n'avons pas eu de réponse ferme, mais le message a été entendu », indique Bertrand Gilardeau, professeur de français, qui requiert la venue de l'inspecteur au collège et une déclaration publique du ministre de l'Education pour soutenir profs et élèves, encore sous le choc.

Les parents des dix élèves molestés et les deux professeurs ont porté plainte. Mais si la douleur est passée, l'amertume persiste. D'autant plus après les propos de la ministre de l'Intérieur, Michèle Alliot-Marie, selon qui « il n'y a pas eu de problème particulier ». « Certains élèves ne mangent plus, l'une fait même des crises de somnambulisme, et on leur enlève leur statut de victimes ! », s'insurge Bertrand Gilardeau. Les profs ont même débrayé mardi après-midi pour protester, et ils envisagent de se mobiliser si cette affaire continue à être minimisée. « On voudrait qu'un représentant de l'Etat vienne leur dire que la République, ce n'est pas ça. Sans quoi, c'est quatre ans de notre travail quotidien qui n'auront servi à rien », ajoute-t-il. Christine trouve sa fille « déboussolée » : « Ce week-end, elle ne voulait rien faire, alors qu'elle est très sportive. Les enfants en parlent beaucoup entre eux. » Un groupe de parole sera mis en place demain, au sein du collège, par une association d'aide aux victimes. Plus d'une semaine après les faits. ■