Femme brûlée vive à Mérignac : Le policier qui avait pris la plainte avait été condamné pour violences intrafamiliales

ENQUETE Le « Canard enchaîné » révèle que le policier qui a enregistré la plainte de Chahinez, le 15 mars et victime d’un féminicide le 4 mai, avait lui-même été condamné pour des violences intrafamilales

20 Minutes avec AFP

— 

Une voiture de police devant la maison théâtre d'un féminicide le 4 mai 2021, à Mérignac.
Une voiture de police devant la maison théâtre d'un féminicide le 4 mai 2021, à Mérignac. — UGO AMEZ/SIPA
  • Le policier chargé d’enregistrer la plainte de la jeune femme de 31 ans quelques semaines avant qu’elle ne soit brûlée vive par son mari violent récidiviste venait lui-même d’être condamné pour violences conjugales.
  • Le policier doit être entendu par un conseil de discipline.
  • La mission d’inspection demandée après le meurtre de la jeune femme a révélé une série de défaillances relatives au suivi du conjoint violent et à la protection de la victime.

C’est un coup de tonnerre dans l’affaire du féminicide de Mérignac. Le policier qui avait recueilli le 15 mars la plainte de Chahinez Daoud contre son mari violent avant qu'il ne la brûle vivante le 4 mai dernier à Mérignac, près de Bordeaux, venait d’être condamné pour « violences intrafamiliales », a-t-on appris auprès du parquet, confirmant une information du Canard enchaîné.

« Nous avons été informés le 24 juin par le juge d’application des peines de Bordeaux qu’un des fonctionnaires ayant pris la plainte du 15 mars 2021 de Mme Daoud avait lui-même fait l’objet d’une condamnation pour violences intrafamiliales », indique le parquet de Bordeaux. Le tribunal correctionnel de Bordeaux l’avait condamné le 10 février à une peine de huit mois de prison avec sursis probatoire et non inscription de cette condamnation au casier judiciaire B2, selon le parquet. Le policier « a reconnu les faits, précisant être suivi par un addictologue », écrit le Canard enchaîné.

Un conseil de discipline à venir

La police nationale précise qu'« une enquête administrative avait été ouverte dès que l’épouse du policier avait déposé plainte ». A la suite de cette enquête, le fonctionnaire a fait l’objet d’une « demande de renvoi devant un conseil de discipline », « qui ne s’est pas encore tenu », précise la police nationale.

Selon le Canard enchaîné, sa hiérarchie était « parfaitement au courant, l’un de ses chefs » reconnaissant que « son affectation au bureau des plaintes “était discutable” ». Chahinez, 31 ans, mère de trois enfants, est morte le 4 mai, après avoir été blessée par balles par son mari violent récidiviste dont elle était séparée, qui l’avait ensuite immolée par le feu dans la rue. Ce drame a suscité une vague d’indignations et provoqué une mission conjointe de l’inspection générale de l’administration et de l’inspection générale de la justice.

Le gouvernement a annoncé le 10 juin de nouvelles mesures à la suite du rapport de cette mission, mettant en lumière une série de défaillances dans le suivi du conjoint violent multirécidiviste et la protection de la victime. Le 15 mars, la mère de famille était allée porter plainte au commissariat pour dénoncer une nouvelle agression de son conjoint, expliquant qu’il l’avait frappée et tenté de l’étrangler. Dans son rapport, la mission d’inspection souligne que « la grille d’évaluation du danger et la fiche d’évaluation des victimes » ont effectivement été « remplies » puis transmises par le policier au parquet, mais selon elle « il existe un doute sérieux sur le soin avec lequel ces grilles ont été renseignées ».