Pass sanitaire : « On aurait dû avoir beaucoup plus de gens pour la sortie de "Kaamelott'' », se désole un directeur de cinéma

REPORTAGE Alors que le premier volet de la saga d’Alexandre Astier, très attendu, sortait ce mercredi, les clients ont été rebutés par l’entrée en vigueur du pass sanitaire

Elsa Provenzano

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L'obligation de présenter un pass sanitaire a rebuté les clients à l'entrée du Mégarama de la rive droite bordelaise, ce mercredi.
L'obligation de présenter un pass sanitaire a rebuté les clients à l'entrée du Mégarama de la rive droite bordelaise, ce mercredi. — E.Provenzano / 20 Minutes
  • A partir de ce mercredi, le pass sanitaire est demandé à l’entrée des lieux de culture et de loisirs accueillant plus de 50 personnes par salle.
  • A Bordeaux, le cinéma Mégarama n’a pas attiré autant de spectateurs que la sortie du film Kaamelott lui laissait légitimement espérer.
  • Il envisage de réduire sa jauge pour les projections de la matinée, afin de pouvoir accueillir des clients sans la contrainte du pass sanitaire.

On s’attendait à une file d’attente de fans en furie, se remémorant les meilleures vannes de la série Kaamelott  pour patienter jusqu’à la salle où ils allaient découvrir le tant attendu premier opus concocté par Alexandre Astier. Mais rien de tout cela ce mercredi matin, les clients du Mégarama de la rive droite bordelaise arrivent au compte-goutte. En revanche, les avant-premières du film Kaamelott ont cartonné la veille, date à laquelle le pass sanitaire​ n’était pas encore entré en vigueur pour les activités de loisirs et de culture accueillant plus de 50 personnes.

« Le jour de sortie de Kaamelot on aurait dû avoir beaucoup plus de gens, se désole François Garcès, directeur du Mégarama. Le pass sanitaire a un effet dissuasif. » Il raconte qu’un appel téléphonique sur deux depuis une semaine concerne le pass sanitaire. « Il y en a beaucoup qui font demi-tour parce qu’ils n’ont pas leurs résultats à temps pour leurs tests ou parce qu’ils sont en cours de vaccination, constate-t-il. Il y a tellement de cas différents pour lesquels les gens ne peuvent pas accéder à la salle, que ça pénalise un peu au niveau des entrées. »

Familles séparées

« On n’est pas vaccinés, puisqu’on a eu le Covid, on a eu une attestation de rétablissement qu’on a rentré dans l’application (une des trois options du pass sanitaire). Pour moi par exemple, ce pass est valable jusqu’au 6 novembre et cela ne me bloque pas ma liberté », explique Laetitia, 46 ans venue voir Kaamelott avec son fils Thomas, 20 ans. Elle raconte que c’est plus compliqué pour son mari qui va voir le premier volet de la saga à Paris, ce soir : « Lui n’a eu qu’une dose et il a son rappel début août. Il a donc été faire un test antigénique très rapidement à la pharmacie hier matin. »

Etant l’unique fan de Kaamelott à la maison, un père de famille se présente seul au cinéma pour découvrir avec délectation le film d’Alexandre Astier. Il préfère ne pas donner son prénom : « Je suis professionnel de santé donc je suis vacciné depuis longtemps. C’est vrai que tout est compliqué mais il faut s’adapter. Quand on voit que ça repart, il vaut mieux des mesures de sécurité supplémentaires. Si on pouvait ne plus avoir de cas de Covid dans six mois, ce serait tellement bien ! J’adorerais ça. »

Certains font demi-tour

« C’est chiant ! » lâche Christine, 69 ans, quand on lui demande ce qu’elle pense du pass sanitaire. Vaccinée depuis début février, elle « subit et s’exécute » notamment quand elle a ses petites-filles de 6 et 7 ans pour les vacances : « il faut bien que je les occupe ». Mais au moment de dégainer son téléphone pour rentrer dans le cinéma, elle a quelques difficultés à dénicher le pass dans l’application. « Il me faut celui avec un QR code », souligne à l’entrée l’employé du cinéma, qui vérifie scrupuleusement les pass sanitaires et les identités de tous les clients. Plusieurs personnes font demi-tour la mine déconfite, quand il leur explique que le pass sanitaire est bien obligatoire à partir de ce mercredi.

Certains cinémas ont fait le choix de limiter leurs jauges à 49 pour ne pas imposer de présentation du pass sanitaire. « Ce n’est pas notre optique parce que forcément avec 17 écrans, on a une capacité d’accueil de 3.000 personnes », pointe le directeur du Mégarama. Mais cette semaine a valeur de test et s’il n’accueille pas plus de 50 spectateurs par salle le matin, il pourrait faire autrement la semaine prochaine. Les séances du matin pourraient être accessibles sans pass sanitaire, en limitant chaque salle à 49 places.

« On essuie les plâtres donc on va voir comment ça se passe, si on est débordés sur les contrôles peut-être cela nécessitera des embauches, estime François Garcès. Mais c’est compliqué économiquement parce qu’on fera moins d’entrées tout en mettant plus de personnes au travail. » Bref, les cinés ne sont pas encore (complètement) sortis des ronces.