Bordeaux : Après les effondrements, la ville est obligée de se substituer aux propriétaires pour les premiers travaux

LOGEMENT Tous les propriétaires n’ont pas réussi à s’entendre et c’est la ville qui prend la main pour assurer un premier chantier sur le site de l’effondrement de deux immeubles, rue de la Rousselle

Elsa Provenzano
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La mairie va s'occuper de la sécurisation du secteur de la Rousselle.
La mairie va s'occuper de la sécurisation du secteur de la Rousselle. — E.Provenzano / 20 Minutes
  • Après l’effondrement de deux immeubles du centre de Bordeaux, la ville prend la main pour piloter les premiers travaux de sécurisation.
  • Tous les propriétaires ne sont pas en mesure de verser leur part ou ne le souhaitent pas, or le chantier de mise en sécurité doit être réalisé rapidement.
  • Une information judiciaire a été ouverte contre X pour blessures involontaires et mise en danger de la vie d’autrui.

Ce mardi se tenait le premier conseil municipal depuis les effondrements de deux immeubles du XVIe siècle intervenus le 21 juin, rue de la Rousselle dans le centre de Bordeaux. On ignore encore les causes de la chute des deux bâtiments qui a occasionné trois blessés dont un grave, aujourd’hui hors de danger. Treize immeubles au total ont dû être évacués dans le secteur, par crainte d’un effet domino. La majorité a fait le point sur ce dossier sensible alors qu’une information judiciaire contre X pour blessures involontaires et mise en danger de la vie d’autrui a été ouverte le 7 juillet dernier par le parquet de Bordeaux.

Les travaux à réaliser dans cette rue de l’hypercentre sont complexes : il faut d’abord consolider les bâtiments qui menacent de s’effondrer pour que les gravats restés sur le site puissent être retirés et que d’autres travaux de sécurisation puissent être envisagés. Le bureau d’études, mandaté par les propriétaires privés des immeubles, s’est rapproché d' entreprises qui ont fourni un devis d’environ 480.000 euros. Mais voilà, tous les propriétaires ne peuvent pas ou ne veulent pas verser leur part, selon les cas.

Des travaux pilotés par la ville

Le délai légal pour lancer les travaux étant dépassé, « la ville a pris la décision de se substituer aux propriétaires, au moins sur les phases une et deux, et si besoin pour la phase trois », annonce Stéphane Pfeiffer, adjoint au logement à la mairie de Bordeaux. Elle va exécuter les travaux d’office, et portera aussi la responsabilité de la réalisation des travaux. La facture sera adressée aux propriétaires ; qui attendent impatiemment les suites judiciaires. « Les propriétaires lésés pourront se retourner contre le responsable mais cela pourra prendre un peu de temps » estime Stéphane Pfeiffer.

Les travaux vont commencer dès jeudi et devraient prendre entre cinq à sept semaines. Un expert sera ensuite dépêché sur place pour les valider. Onze immeubles sont concernés. Une sécurisation lourde est prévue sur les quatre immeubles côté impair, les plus proches des bâtiments effondrés, avec de l’étrésillonage (qui consiste à mettre des cadres en bois dans les fenêtres) et des renforts au sol seront aussi installés. Côté pair, ce sera une sécurisation plus légère avec juste un étrésillonage des façades. « Aujourd’hui l’expert n’a pas pu rentrer dans tous les immeubles concernés pour des raisons de sécurité », précise l’adjoint au logement. Les relogements côté pair pourront être envisagés dès la fin de ces travaux mais ce sera plus long côté impair.

« La question du logement insalubre et indigne était déjà dans nos priorités mais cela met un coup d’accélérateur », ajoute l’adjoint qui rappelle qu’un audit pour recenser les logements dégradés a été lancé après les effondrements. Pour l’aider sur cet épineux dossier, La ville compte sur l’aide de l’Etat et porte une demande de prolongation de fonds de l' ANRU (agence nationale de renouvellement urbain) alloués au financement de la réhabilitation du centre ancien dégradé de Bordeaux. « On a bon espoir d’arriver à trouver une solution avec l’Etat après une bonne écoute de la ministre lors de sa visite ; le 8 juillet », glisse l’adjoint au logement.