Bordeaux : La réouverture des discothèques souhaitée comme un accélérateur de la vaccination des jeunes

VIE NOCTURNE A Bordeaux, les patrons des établissements de nuit craignent que les jeunes continuent à fréquenter les soirées clandestines où ils peuvent se dispenser de tout protocole sanitaire 

Elsa Provenzano
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Les établissements de nuit sont les derniers à rouvrir parce qu'ils représentent un fort risque de contamination.
Les établissements de nuit sont les derniers à rouvrir parce qu'ils représentent un fort risque de contamination. — VALENTIN FLAURAUD/AP/SIPA
  • Les discothèques bordelaises rouvrent leurs portes ce vendredi après plus d’un an et demi de fermeture forcée à cause de la crise sanitaire.
  • Elles s’inquiètent de la concurrence déloyale des soirées clandestines réunissant plusieurs centaines de personnes et qui se sont multipliées pendant l’épidémie.
  • Les autorités sanitaires espèrent, elles, que la possibilité de sortir en boîte va pousser les jeunes à se faire vacciner.

Avant de pouvoir se lâcher sur la piste de danse, les fêtards vont devoir montrer patte blanche à l’entrée des boîtes de nuit. Le sésame pour rentrer se défouler ce sera le fameux pass sanitaire. Il s’agit soit d’apporter la preuve d’un schéma vaccinal complet (une ou deux doses selon la situation des clients), soit un test de dépistage négatif de moins de 48 heures ou encore une attestation de rétablissement après le Covid. L’application TousanticovidVérif permet aux professionnels de scanner les QR Code présentés (sur l’appli ou en papier) pour vérifier leur authenticité.

La rivalité des fêtes clandestines, sans règles sanitaires

Si les autorités sanitaires espèrent que ces mesures inciteront les plus de 18 ans à se faire vacciner, les patrons des discothèques ont fait part ce mercredi, lors d’une réunion, de leur inquiétude vis-à-vis de la concurrence déloyale que représentent les fêtes clandestines, d’autant plus attractives qu’elles n’astreignent leurs participants à aucune règle sanitaire. Et, les organisateurs, en plus d’échapper à la fiscalité, n’ont pas de contrainte de jauge comme les gérants de boîte de nuit, qui ne peuvent dépasser 75 % de la capacité d’accueil classique à l’intérieur. Ils doivent aussi installer des distributeurs de gel hydroalcoolique, masquer leur personnel et l’inciter à se faire vacciner.

« Vendredi on va jouer le jeu parce qu’on est chefs d’entreprises, qu’on a été fermés pendant un an et demi et qu’on veut tous travailler, au plus vite et le mieux possible, mais à côté de ça, dix soirées privées de plus de 800 personnes sont organisées ce soir-là sur Bordeaux », déplore Laurent Danthez gérant de la boîte de nuit Le Theatro à Bordeaux et représentant régional du syndicat national des discothèques. « On espère qu’une attention particulière sera portée pour aller à la chasse aux événements anarchiques afin de laisser les professionnels travailler », renchérit Laurent Tournier, président général de l’union des métiers et des industries de l’Hôtellerie (UMIH) Gironde. La représentante de la préfète de la Gironde a assuré que tout l’arsenal juridique à sa disposition était déployé pour lutter contre ce type d’événement, dommageable sur le plan sanitaire.

Une impulsion pour vaccination pour les jeunes ?

« Les 18-49 ans sont encore trop peu vaccinés, avec 23 % de schéma vaccinal complet en Gironde. Vous allez pouvoir nous aider sur ce sujet-là », espère Patrick Dehail, Conseiller Médical du directeur général de l’agence régionale de santé de la Nouvelle Aquitaine. Sandrine Jacotot, adjointe au maire chargée des commerces, s’est montrée confiante sur ce point : « Je ne suis absolument pas inquiète parce que je sais que vos réouvertures vont motiver les jeunes pour aller chercher leurs premières doses ».

Du côté des patrons de boîtes, on se demande comment obliger les jeunes, jugés réticents à la vaccination. « Non, depuis qu’on a mis en place la vaccination pour eux, les 18 ans et plus n’appartiennent pas à une catégorie d’âge qui est résistante, ils savent qu’ils ont un bénéfice direct derrière, qui est celui de sortir et ils sont plutôt appétents », estime Patrick Dehail.

Le conseiller médical a tenu à rappeler que la discothèque était un lieu à haut risque : « si vous avez été fermés si longtemps c’est parce qu’il y avait des raisons, des études internationales démontrent que la boîte de nuit représente le milieu le plus favorable à la contagiosité et à la diffusion du Sars cov2 ». « Je vous entends, ces environnements sont peut-être plus compliqués que d’autres mais certainement moins que des rassemblements anarchiques non contrôlés, sans aucun protocole, on a toujours dit qu’on était l’outil qui vous permet de contrôler une situation qui de toute manière vous échappe », a rétorqué Laurent Tournier.