Bordeaux : Les Ehpad se préparent à une éventuelle canicule, avec des résidents affaiblis par l’épidémie de Covid-19

GROSSES CHALEURS Si les maisons de retraite se préparent à une canicule, annoncée pour fin juillet, elles s'inquiètent aussi d'un cumul avec une éventuelle nouvelle poussée épidémique 

Elsa Provenzano

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Le CHU de Bordeaux a présenté son plan canicule pour l'été 2021.
Le CHU de Bordeaux a présenté son plan canicule pour l'été 2021. — SOPHIE ROBICHON/JDD/SIPA
  • Le CHU de Bordeaux se prépare comme tous les ans à faire face à une éventuelle canicule, annoncée pour la fin juillet.
  • Cette année, la gestion est compliquée par des publics d’Ehpad affaiblis par la crise sanitaire et la menace d’une nouvelle bouffée épidémique.
  • Le CHU de Bordeaux a réalisé deux millions d’euros d’investissements pour faire face à ces grosses chaleurs.

Ce jour-là, les résidents sont concentrés à égrainer des brins de lavande, assis autour d’une table, dans une salle à la température maîtrisée. Les grains odorants finiront dans de petits sachets qui parfumeront les armoires de chaque chambre. C’est une des activités que le personnel de l’Ehpad ​des Jardins de l’Alouette, à Pessac, pourra proposer aux résidents, qui souffrent de la maladie d'Alzheimer, en cas de canicule.

« Quand il fait très chaud, on les promène dans les jardins de bonne heure et on privilégie des ateliers comme celui-ci et des temps d’échanges », explique Corinne Casaubieilh, animatrice. Le CHU de Bordeaux présente son plan anti-canicule en ce début juillet, alors qu’une vague de chaleur est annoncée pour la fin du mois et devrait être une nouvelle épreuve pour les soignants.

Une population affaiblie par la crise sanitaire

Les seniors ne ressortent pas indemnes de l’année et demie écoulée qui les a privés de liens sociaux, de stimulations mais aussi de certains soins. « Cette population a perdu de l’autonomie et est donc plus en difficulté pour boire seule ou aller chercher à boire ou même se déplacer dans des lieux rafraîchis, estime le professeur Nathalie Salles, chef du pôle gérontologie clinique au CHU de Bordeaux. On va encore avoir plus besoin des soignants qui sont déjà épuisés, je pense que ça va rendre plus difficile cette canicule si elle devait survenir cette année, même par rapport à l’année dernière. »

Ces soignants constatent eux aussi un affaiblissement des résidents. « Même si on a essayé de s’adapter avec des skypes, c’est compliqué pour ces générations et il y a eu un déclin cognitif chez certains, des gens qui se sont laissés aller », ajoute Stéphane Mespoulède, infirmier coordinateur à l’Ehpad de Lormont.

La menace d’une reprise de l’épidémie inquiète

« On est prêts, cet exercice on le répète depuis plusieurs années. Ce qui m’inquiète, c’est le Covid qui n’est pas loin, déclare Marie-Pierre Stayan, cadre de santé des Jardins de l’Alouette. L’exercice canicule on sait, l’exercice Covid on connaît puisqu’on a eu des clusters, mais si on se retrouve avec un cluster en période de canicule, là, ce sera inquiétant. » Dans son établissement les vacances d’été ont été données aux soignants, qui en ont bien besoin. Certains proposent de revenir en cas de manque de personnel. « Mais, il ne faut pas qu’on tire trop sur la corde non plus », avertit la cadre de santé.

Au CHU de Bordeaux la qualité sanitaire de l’air climatisé a été examinée de près. « On a une grande vigilance pour rendre confortable l’air de nos patients, mais aussi garantir une sécurité sur le traitement de l’air, assure le docteur Agnès Lasheras-Bauduin, du service d’hygiène hospitalière. On a des installations avec des centrales de traitement de l’air où l’on ne le recycle pas, mais on en injecte du neuf et, lorsqu’il doit être filtré, il l’est avec des filtres de haute sécurité. »

Des équipements adaptés

Des investissements à hauteur de deux millions d’euros (sur 2020 et le début d’année) ont été réalisés pour supporter les périodes de fortes chaleurs à venir, a annoncé Yann Bubien, directeur général du CHU de Bordeaux. En plus des frais engagés pour déployer le système de climatisation, des climatiseurs mobiles, des brumisateurs et près de 1.000 ventilateurs supplémentaires ont été achetés par le CHU. Les lieux sensibles : Ehpad, maternités, crèches etc. font l’objet d’une attention particulière.