Bordeaux : « Quand les collègues ne vont pas bien, ils peuvent nous appeler », explique un policier bordelais qui a fondé Assopol

INTERVIEW L’association a été créée en 2018 pour proposer un soutien aux membres des forces de l’ordre qui souffrent de difficultés psychologiques dans le cadre de leur travail

Propos recueillis par Elsa Provenzano
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Assopol s'adresse à l'ensemble des forces de l'ordre.
Assopol s'adresse à l'ensemble des forces de l'ordre. — SYSPEO/SIPA
  • Assopol est une association cofondée par un policier bordelais qui porte assistance aux membres des forces de l’ordre en détresse psychologique.
  • Elle propose une écoute en ligne ou par téléphone et aide à la prise en charge de consultations auprès de spécialistes.
  • Les discussions entre pairs semblent permettre de lever certains blocages.

En 2018, Cyril Cros, policier bordelais, a co-fondé  l’association Assopol qui vise à venir en aide aux membres de forces de l’ordre en cas de souffrance au travail, dans un esprit d’entraide entre collègues. Basée à Pessac, l’association compte une vingtaine de bénévoles dans toute la France et participe à une centaine d’interactions par mois. Cyril Cros, lui-même victime d’un burn-out, a répondu aux questions de 20 Minutes sur le travail de l’association, dont l’activité se développe de plus en plus.

Cyril Cros, policier bordelais, a fondé l'association Assopol pour soutenir les agents des forces de l'ordre en difficulté psychologique.
Cyril Cros, policier bordelais, a fondé l'association Assopol pour soutenir les agents des forces de l'ordre en difficulté psychologique. - Assopol

Quel est le rôle d’Assopol ?

On n’est pas en concurrence avec les services de l’administration (comme le service de soutien psychologique opérationnel SSPO par exemple), mais on est complémentaires. Beaucoup de collègues hésitent à le solliciter de peur d’être pointés du doigt ou mis au placard. Nous ne sommes pas des thérapeutes mais des policiers comme les autres et on essaie de lever leurs blocages, par la parole. Dans 75 % des cas la discussion [par une boîte de dialogue ou par téléphone] suffit. Elle permet de désamorcer les situations, et de joindre une personne de l’entourage en complément. Mais, on n’est pas des apprentis sorciers et en fonction des cas, on oriente aussi vers des spécialistes. Les dons en faveur de l’association permettent de prendre en charge les dépassements d’honoraires pour les consultations les concernant.

Entre collègues, la discussion est plus facile ?

Oui, on n’est pas dans le jugement, on parle en tant que collègues. Alors on sert un peu d’exutoires voire de punching-ball, mais par exemple, moi je constate qu’avec mes 25 ans dans la police, j’ai souvent traversé des opérations similaires aux leurs. Chaque métier a ses codes et le fait qu’on soit membres des forces de l’ordre ça rassure les collègues qui font appel à nous.

Pourquoi les collègues craquent-ils et ont besoin de se confier à vous ?

Dans beaucoup de cas, ceux qui nous sollicitent ont 15 à 20 ans de carrière derrière eux et doivent faire face à la mort tous les jours : mort subite du nourrisson, morts accidentelles, agressions etc. C’est un trop-plein face à ces événements violents, qui ne les concernent pas forcément directement qui les amènent à avoir besoin d’aide. Ils se retrouvent démunis pour gérer la détresse d’autrui au bout d’un certain temps et doivent faire face à de l’épuisement. Quand on se laisse submerger, tout peut se mélanger et même gâcher la vie personnelle.

Avez-vous le sentiment que la situation des métiers liés aux forces de l’ordre se dégrade ?

C’est la société qui évolue vers davantage de violence au quotidien. Par exemple, des fois, rien que le fait de prendre les identités de personnes peut être une source de conflit, les gens ne comprennent pas. Ils ont systématiquement quelque chose à redire. Et comme on représente l’Etat, l’exutoire est facile. Mais c’est usant quand c’est répétitif, on a envie de prendre ses chaussures et son sac à dos et de partir au milieu de la montagne. Après, il faut aussi sortir un peu du cliché sur les insultes et tags adressés aux policiers, qui sont le fruit d'une minorité. Les gens comptent sur les forces de l’ordre et on reçoit beaucoup de messages de soutien. L’avantage des collègues (de Nouvelle-Aquitaine) par rapport à la région parisienne, ou aux grosses métropoles comme Lyon Marseille ou même Toulouse, c’est qu’après le travail, ils ont toujours une possibilité de prendre l’air ailleurs.