Bordeaux : Hyperion, la plus haute tour d’habitation en bois en France, ne laisse pas de marbre

ARCHITECTURE Culminant à 55 mètres, la tour Hyperion à Bordeaux est désormais la plus haute tour en bois d’habitation de France

Mickaël Bosredon
— 
Vue du quinzième étage de la tour Hypérion, présentée comme la plus haute tour en bois de France, à Bordeaux (Gironde)
Vue du quinzième étage de la tour Hypérion, présentée comme la plus haute tour en bois de France, à Bordeaux (Gironde) — Mickaël Bosredon/20Minutes
  • La tour Hyperion réalisée par Eiffage Immobilier et l’architecte Jean-Paul Viguier, vient d’être livrée à Bordeaux dans le quartier Euratlantique.
  • Présentée comme une tour en bois, il s’agit en réalité d’un mix bois-béton-métal, la tour devant reposer sur un socle en béton pour des questions réglementaires.
  • De l'extérieur comme de l'intérieur, le bois est toutefois quasiment invisible, puisqu'il est revêtu d'un bardage.

Avec sa hauteur de 55 mètres, elle dénote dans le paysage bordelais si horizontal. Mais surtout elle innove, grâce à une construction réalisée majoritairement en bois. Livrée ces jours-ci dans le quartier Carle Vernet, au cœur du périmètre Euratlantique à Bordeaux, la tour Hyperion d’Eiffage immobilier, signée de l’architecte Jean-Paul Viguier, est présentée comme la plus haute tour d’habitation en bois de France.

La tour Hyperion à Bordeaux
La tour Hyperion à Bordeaux - Mickaël Bosredon/20Minutes

On ne va pas se mentir, pour des raisons réglementaires elle n’est pas totalement en bois, puisqu’elle repose sur un socle de trois étages, abritant un parking, réalisé en béton. « Ce socle sert de contreventement [système statique destiné à assurer la stabilité d’un ouvrage] à la tour pour répondre aux contraintes sismiques », nous explique Marc Simon, directeur de programme chez Eiffage immobilier. Ensuite, un noyau central en béton lui aussi, tourne autour de la cage d’escalier et de la cage d’ascenseur, et monte jusqu’au seizième étage, comme le tronc d’un arbre.

Vue sur le quartier Euratlantique depuis le quinzième étage de la tour Hyperion à Bordeaux
Vue sur le quartier Euratlantique depuis le quinzième étage de la tour Hyperion à Bordeaux - Mickaël Bosredon/20Minutes

Construction deux fois plus rapide

« Du R + 3 jusqu’au seizième, nous avons greffé sur ce tronc les différents planchers et poteaux en bois, les poutres en structure mixte bois et métal, et les façades qui sont des panneaux à ossature bois fabriqués en usine. Sur place, nous faisions juste de l’assemblage, ainsi la cadence moyenne était d’une semaine pour réaliser six logements par niveau, ce qui est deux fois plus rapide qu’une production classique. » Les planchers ont été réalisés en CLT (bois lamellé croisé) de 20 cm d’épaisseur, constitués de pin douglas provenant essentiellement de Corrèze. Les 141 balcons, préfabriqués à Bordeaux et d’une surface de 30 m² pour les plus grands, ont ensuite été greffés sur la façade.

Les avantages du bois dans la construction seraient nombreux, notamment sa capacité à stocker le CO2. « Le bois permet aussi de réaliser un chantier "propre", énumère Marc Simon. Ensuite, les collectivités nous demandent d’utiliser des matériaux biosourcés, le bois en fait partie. Enfin il nous permet de diminuer le bilan carbone de l’opération. » Réglementairement, les matériaux biosourcés devront être de plus en plus systématiquement utilisés dans la construction de logements collectifs à partir de 2030.

Le bois quasiment invisible

Le bâtiment est par ailleurs raccordé à un réseau de chaleur urbain alimenté par l’usine d’incinération de déchets de Bègles, et les dépenses énergétiques des habitants sont censées « être plus faibles que pour un bâtiment traditionnel. » « Chaque occupant peut suivre sur une application ses consommations énergétiques, qu’il s’agisse de l’eau, l’électricité, ou la production de calories pour le chauffage ou l’eau chaude. »

Les plus beaux appartements de la tour Hyperion à bordeaux se sont vendus 6.000 euros du m2
Les plus beaux appartements de la tour Hyperion à bordeaux se sont vendus 6.000 euros du m2 - Mickaël Bosredon/20Minutes

Au final, 1.400 m3 de bois, soit environ 60 % de la surface totale de la tour, ont été mis en œuvre pour la réalisation de l’édifice. Pourtant, « les gens qui passent à côté nous disent qu’il n’y a pas de bois » avoue Marc Simon, directeur du développement chez Eiffage Immobilier. Effectivement, le bois n’est quasiment pas visible, hormis sous les balcons. « Il est pourtant bien présent dans la structure » explique le directeur de programme.

Pas de bonnes propriétés acoustiques

Mais alors que ce matériau est régulièrement mis en avant pour ses qualités, pourquoi le cacher ? A l’intérieur des logements, « le bois n’a pas de bonnes propriétés acoustiques, nous avons donc été obligés de réaliser un double plafond et une chape en ciment de 5 cm avant de poser le revêtement du sol. »

Côté extérieur, « le bois est sujet aux intempéries, on peut voir comment sur le long terme il se met à griser », complète Jean-Marie Layus, directeur commercial régional chez Eiffage immobilier. « L’objectif étant d’avoir une tour qui reste propre et qui ne nécessite pas un entretien trop important, surtout avec une telle hauteur », il a été décidé de l’habiller avec des panneaux de bardage minéraux Rockpanel fabriqués à partir de basalte, une roche volcanique naturelle.

« Le but est de pouvoir dupliquer cette tour »

Lancé en janvier 2019, le programme Hyperion est composé en réalité d’un ensemble, avec cette tour de seize étages et de 100 logements, et deux autres petits immeubles de construction classique situés juste à côté, soit un total de 182 logements. Le coût total de ce programme, qui compte aussi des bureaux, est de l’ordre de 50 millions d’euros, mais Eiffage a été accompagné financièrement par l’Ademe pour l’aspect innovant du projet.

« Nous sommes environ 40 à 50 % plus cher par rapport à une construction béton traditionnelle, analyse Marc Simon, Mais il y a eu aussi beaucoup de tests et de brevets en laboratoire, le côté expérimental fait que l’on a essuyé les plâtres. Les prochaines opérations devraient coûter moins cher. » Eiffage a effectivement déposé un brevet après ce bâtiment pilote, « car le but est de pouvoir dupliquer cette tour. »

Jusqu’à 6.000 euros du m²

Le prix moyen des appartements est de l’ordre de 3.700 euros TTC « pour les logements libres hors surface extérieure, et hors parking » indique Jean-Marie Layus. Mais le beau 85 m² avec terrasse de 30 m² au seizième étage et sa vue imprenable sur tout Bordeaux, s’est vendu plus de 500.000 euros, soit 6.000 euros du m². Le groupe immobilier glisse au passage qu’il reste encore 14 logements à vendre, dans la tour ou dans l’autre partie du programme.

Les plus grandes terrasses de la tour Hyperion, comme celle du seizième étage, mesurent 30 mètres carrés
Les plus grandes terrasses de la tour Hyperion, comme celle du seizième étage, mesurent 30 mètres carrés - Mickaël Bosredon/20Minutes

L'Etablissement public d'aménagement Euratlantique (EPA) s’est engagé à réaliser au moins 25.000 m² de construction en bois par an dans ses projets. Une autre tour en bois, de 50 mètres de haut celle-là, doit bientôt voir le jour dans le quartier. La tour Silva de Kaufman and Broad, dessinée par Bellecour Architectes et Art & Build, comprendra 20.000 m² de logements.