Nouvelle Aquitaine : Ces entreprises qui rêvent d'un fret sur la Garonne

ENVIRONNEMENT Un groupement d'acteurs de la Nouvelle Aquitaine travaillent à démontrer toutes les vertus de transporter les marchandises sur la Garonne

Elsa Provenzano

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Un test a été réalisé le 8 mai dans l'objectif de donner un élan au frêt fluvial.
Un test a été réalisé le 8 mai dans l'objectif de donner un élan au frêt fluvial. — Manger Bio Sud Ouest
  • Organisé par Garonne fertile qui regroupe des acteurs du territoire (groupements de producteurs, associations de promotion du fluvial, restaurateurs, épiceries etc.), des marchandises ont rejoint Bordeaux début mai par péniche, sur la Garonne.
  • La plateforme basée à Damazan estime qu’elle pourrait transporter 25 tonnes par semaine vers Bordeaux.
  • Les handicaps de ce mode de transports sont toutefois sa lenteur (deux heures par la route contre deux jours par le fleuve) et son coût. Mais les clients sont aujourd’hui prêts à payer un peu plus cher pour des raisons écologiques selon les promoteurs.

Courgettes, miel, bières, confitures, savons etc. autant de marchandises venues du Lot-et-Garonne qui ont rejoint la métropole bordelaise au gré du courant, début mai, à bord de la péniche Tourmente, de L’équipage. Organisé par Garonne fertile qui regroupe des acteurs du territoire (groupements de producteurs, associations de promotion du fluvial, restaurateurs, épiceries etc.) cet acheminement avait valeur de démonstration. Si la filière entière reste à structurer, Garonne fertile a prouvé que le fret est envisageable entre Damazan (Lot-et-Garonne) et Bordeaux. « On espère aussi donner envie à d’autres acteurs de se saisir de ce moyen de transport », commente Benjamin Labelle, directeur de la plateforme Manger bio Sud Ouest.

Seules 10 tonnes ont été transportées, mais la capacité maximale est dix fois supérieure.
Seules 10 tonnes ont été transportées, mais la capacité maximale est dix fois supérieure. - Manger Bio Sud Ouest

Un manque d’infrastructures criant

« Je vais être auditionné par l’assemblée nationale à la rentrée car il y a assez peu d’expérimentations sur le sujet », explique-t-il. Les activités de Garonne fertile ont éveillé l’intérêt de la commission sur la relance du fret fluvial. Conscient qu’il manque beaucoup d’infrastructures sur un fleuve qui a été dépouillé de sa valeur économique au profit d’une valorisation exclusivement touristique, le groupement ne se fait pas d’illusion à court terme : les écluses, pontons de chargement et de déchargement, ne seront pas installés rapidement. « Le camion bénéficie d une autoroute nickel et de plateformes logistiques, pointe Jean-Marc Samuel de L’Equipage, transporteur fluvial. Il faut construire l’équivalent pour les bateaux. Où je peux m’amarrer sur les quais à Bordeaux ? Le port nous a accueillis à Bassens mais c’était pour un one shot ».

« Evidemment il faut des équipements mais cela va mettre dix ans, commente le directeur de Manger bio Sud Ouest. Il faut qu’on arrive à activer des choses d’ici là, avec nos moyens. » La plateforme basée à Damazan estime qu’elle pourrait transporter 25 tonnes par semaine vers Bordeaux. « On approvisionne les cantines des écoles, collèges et lycées, principalement en Gironde mais aussi dans toute la région et aussi, plus à la marge, les hôpitaux », explique Benjamin Labelle qui estime qu’il faudra attendre au moins deux ans à l'entreprise pour passer un nouveau cap vers le fret.

D’autres méthodes de travail

Pour y parvenir collectivement c’est un changement de façon de travailler qu’il va falloir opérer, souligne Garonne fertile. Au lieu de deux heures par la route il faut quasiment deux jours pour parcourir la distance entre Damazan et Bordeaux par le fleuve. « Un restaurateur classique va avoir l’habitude de passer commande le lundi pour le mercredi, là avec le transport fluvial il faudra anticiper et commander quatre à cinq jours plus tôt », prévient le directeur de Manger bio Sud Ouest. Au final, ce mode de transport coûte plus cher parce qu’il nécessite davantage d’intermodalités mais les clients sont aussi aujourd’hui prêts à payer un peu plus cher pour des raisons écologiques, assurent les promoteurs. « Il ne faut pas oublier que le coût de la congestion des camions a été monétisé et qu'il est très élevé », souligne Jean-Marc Samuel.

« Depuis 2000, on attaque la montagne à la petite cuillère », reconnait le gérant de la SAS L' équipage. Il porte un projet de construction de bateau à hydrogène qui pourrait notamment alimenter un compartiment frigorifique, indispensable pour transporter des produits périssables sur le fleuve.

Si beaucoup de choses restent à faire pour développer le fret, il estime qu’entre Damazan et Bordeaux la filière est mûre. C’est peut-être cette liaison qui va donner l’élan attendu, à l’image de ce qu’a souhaité faire Garonne fertile avec son voyage test.