Coronavirus à Bordeaux : « Les îles du sud de l'Europe seront plébiscitées cet été » au départ de l'aéroport de Mérignac

TRANSPORT « 20 Minutes » a rencontré Jean-Luc Poiroux, directeur du développement de l’aéroport de Bordeaux, qui fait le point sur le programme estival de l'établissement, dont le redémarrage réel est prévu pour la dernière semaine de juin

Mickaël Bosredon

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L'aéroport de Bordeaux Mérignac, attend un redémarrage de son activité la dernière semaine de juin
L'aéroport de Bordeaux Mérignac, attend un redémarrage de son activité la dernière semaine de juin — Mickaël Bosredon/20 Minutes
  • Le trafic de l’aéroport de Bordeaux a chuté de 80 % par rapport à la même période en 2019.
  • Un riche programme estival, notamment vers l’Europe du sud, doit sonner la relance de l’activité pour le terminal de Mérignac.
  • Le directeur du développement de l’aéroport n’envisage pas de retrouver les niveaux de trafic de 2019 avant plusieurs années, mais reste confiant sur la capacité du secteur aérien à rebondir à moyen terme.

Ajaccio, Majorque, Mykonos ou Palerme… Les aéroports français vont clairement mettre le cap vers le sud cet été, et celui de Bordeaux ne déroge pas à la règle. Alors que les vols repartent légèrement ces derniers jours, il vise une reprise d’activité conséquente dès la fin du mois de juin, après plus d’une année sinistrée. 20 Minutes fait le point sur la situation, avec le directeur du développement Jean-Luc Poiroux.

Jean-Luc Poiroux, directeur du développement de l'aéroport de Bordeaux
Jean-Luc Poiroux, directeur du développement de l'aéroport de Bordeaux - Mickaël Bosredon/20 Minutes

La baisse du trafic

L’aéroport de Bordeaux-Mérignac est remonté à 25 vols par jour cette semaine, contre une quinzaine il y a un mois. « Nous avons perdu 80 % de notre trafic par rapport à 2019, et 50 à 60 % de notre chiffre d’affaires, car il y a toujours des activités commerciales et domaniales qui continuent, explique Jean-Luc Poiroux. C’est évidemment l’activité aéronautique qui tire l’économie de l’aéroport, il nous faut donc revenir à des niveaux de trafic satisfaisants, même si on ne retrouvera pas le trafic de 2019 [qui était de 7,7 millions de voyageurs] avant plusieurs années.

L'activité de l'aéroport de Bordeaux reste toujours faible en ce mois de mai, mais devrait redécoller d'ici la fin du mois de juin.
L'activité de l'aéroport de Bordeaux reste toujours faible en ce mois de mai, mais devrait redécoller d'ici la fin du mois de juin. - Mickaël Bosredon/20 Minutes

« Le redémarrage sera long parce que la crise du Covid-19, qui est mondiale, va perdurer dans certains pays où les taux de vaccination resteront faibles, et où la circulation du virus sera donc assez forte, ce qui aura un impact sur les vols long-courriers. Or, l’activité économique d’une ville comme Bordeaux est planétaire. La reprise du voyage d’affaires prendra plus de temps que la reprise du voyage loisirs. »

Le programme estival

Le redémarrage réel de l’aéroport est prévu pour la dernière semaine de juin, puis tout devrait s’accélérer début juillet, pour un pic attendu entre le 15 juillet et le 15 août. « On devrait monter à 70-80 vols par jour, soit deux fois plus qu’à l’été 2020, mais très en dessous de l’été 2019 où nous étions à 150 », analyse le directeur du développement.

L'aéroport de Bordeaux Mérignac
L'aéroport de Bordeaux Mérignac - Mickaël Bosredon/20 Minutes

Le programme estival sera assez copieux, les compagnies aériennes se concentrant essentiellement sur la France et l’Europe, et particulièrement l’Europe du sud. « Toutes les îles grecques, italiennes, espagnoles et françaises avec la Corse sont plébiscitées, annonce Jean-Luc Poiroux. Il est prévu jusqu’à 35 fréquences par semaine sur la Corse, ce qui est historique pour l’aéroport de Bordeaux. On aura aussi deux à trois vols quotidiens vers Majorque. Clairement, ce sera cap vers le sud cet été, même si je conseille aussi des villes comme Berlin ou Amsterdam. »

Le contexte sanitaire

Le masque restera obligatoire dans les halls de l’aéroport, et dans les avions. « Mais un des avantages que nous avons en France, relève Jean-Luc Poiroux, c’est le test PCR et antigénique gratuit, que les passagers peuvent faire à l’aéroport, sans rendez-vous, deux à trois jours avant de prendre leur vol. » Un test qui devrait toutefois s’avérer de moins en moins obligatoire, au fur et à mesure que la vaccination augmentera et que le passeport sanitaire européen se généralisera.

L’avenir du trafic aérien

La crise sanitaire et les enjeux environnementaux posent avec vigueur la question de la place de l’avion dans les prochaines années. Parallèlement, les confinements successifs suscitent, eux, une véritable envie de voyage et d’évasion. Alors, quel avenir pour l’avion dans nos déplacements de demain ? « L’avion sera moins utilisé pendant quelques années, mais la nécessité de voyager sera conservée et je suis persuadé que dans dix ans le volume de trafic aérien sera supérieur à ce qu’on a connu », estime Jean-Luc Poiroux. « Les notions de développement durable, de poids carbone, vont s’inscrire de plus en plus dans notre cortex, ajoute-t-il, et peut-être que certains voyageurs réfléchiront avant de prendre l’avion pour des destinations domestiques, même si je suis convaincu qu’un jour l’avion sera plus vertueux que le train, grâce à l’électrique, l’hydrogène… »

Les conséquences de la suppression de la navette Bordeaux-Orly

Conséquence directe de la crise, Air France a dû supprimer plusieurs liaisons domestiques, notamment celle entre Bordeaux et Paris-Orly, qui effectuait dix liaisons quotidiennes. « Cela représente une perte de 8 % de notre trafic, et de 12-13 % de l’activité économique » annonce le directeur du développement. « A cause de cela l’aéroport de Bordeaux mettra plus de temps que les autres pour revenir à ses trafics antérieurs, alors que nous étions l’un des aéroports qui croissait le plus en France depuis 2009. » Bordeaux-Mérignac prévoyait d’atteindre 9,6 millions de voyageurs en 2023, « ce qui nous aurait permis de passer un palier et lancer de nouvelles destinations long-courriers, vers l’Asie et l’Amérique du nord. » Tout cela « est repoussé aux années 2030. »

Les projets d’agrandissement de l’aéroport

Pour accompagner sa forte croissance, l’aéroport de Bordeaux avait engagé un ambitieux plan d’investissement pour ces prochaines années. « La plupart de nos projets sont arrêtés, le plus emblématique étant le bâtiment de jonction entre les halls A et B, explique Jean-Luc Poiroux. Cela aurait aussi permis de créer une grande place commerciale, pour aller chercher de nouvelles recettes dans l’extra-aéronautique. On envisageait de l’ordre de 160 millions d’euros d’investissement, dont une grosse partie sur ce terminal, tout cela est balayé. »

Les parvis de l'aéroport de Bordeaux sont en travaux en vue de l'arrivée du tramway pour fin 2022
Les parvis de l'aéroport de Bordeaux sont en travaux en vue de l'arrivée du tramway pour fin 2022 - Mickaël Bosredon/20 Minutes

Seul gros investissement conservé, la finalisation du satellite 3 du hall A, dont les travaux avaient déjà commencé. « Et nous refaisons les parvis des aérogares, ce qui est lié à l’arrivée du tram et du « technobus » pour fin 2022. »