Déconfinement à Bordeaux : Au TnBA, « une excitation particulière » avant de rejouer la première pièce depuis six mois

LIBERATION Le Théâtre national de Bordeaux en Aquitaine (TnBA) est le premier de la scène bordelaise à rouvrir ce mercredi

Mickaël Bosredon
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Le TnBA (Théâtre national de Bordeaux en Aquitaine) est le premier théâtre bordelais à rouvrir ses portes ce mercredi 19 mai
Le TnBA (Théâtre national de Bordeaux en Aquitaine) est le premier théâtre bordelais à rouvrir ses portes ce mercredi 19 mai — Mickaël Bosredon/20 Minutes
  • Les spectateurs étaient au rendez-vous pour la reprise du TnBA, à Bordeaux, ce mercredi.
  • Lieu de création, le théâtre n’avait toutefois pas cessé ses activités durant la période de fermeture.
  • Exceptionnellement, il proposera cette année une programmation courant jusqu’à la fin du mois de juillet.

Plus de six mois après le baisser de rideau sur la vie culturelle, le TnBA (Théâtre national de Bordeaux en Aquitaine) est ce mercredi le premier théâtre bordelais à rouvrir ses portes. Deux spectacles sont au programme, Exécuteur 14 et Un ennemi du peuple, ce dernier ayant été programmé à 17h30, couvre-feu à 21h oblige…

20 Minutes a passé tout l’après-midi dans les coulisses du célèbre théâtre bordelais, pour prendre la température et suivre la montée d’adrénaline au sein des équipes avant cette reprise. Les spectateurs habitués du théâtre étaient tout aussi impatients. Marie-Jo Martinez et Hilary Ordoqui, deux Bordelaises abonnées depuis de nombreuses années au TnBA, sont arrivées dès 16h15 devant le théâtre. « On a commencé notre journée par une séance au cinéma, à l’Utopia, pour y voir un très beau film espagnol qui s’appelle Une vie secrète, raconte Marie-Jo Martinez. Et ça va être cinéma quasiment tous les jours, prévient-elle. On en a besoin. »

Une pièce qui résonne avec l’actualité

En attendant, ce mercredi, c’est théâtre, avec Un ennemi du peuple, donc. « Une pièce d’Ipsen, mise en scène par Sivadier, avec le grand Nicolas Bouchaud… Cela promet une soirée d’enfer, s’enthousiasment les deux amies. L’histoire résonne en plus avec l’actualité ! »

La trame se déroule dans une station thermale. Alors qu’une bactérie découverte dans l’eau vient tout empoisonner, faut-il fermer les bains pour préserver la santé de ses usagers ? Ou fermer les yeux pour préserver celle de leur portefeuille ? « Cette pièce fait penser à l’actualité à un point qu’on n’avait jamais imaginé avant de créer le spectacle, car elle parle d’une catastrophe écologique et sanitaire, qui peut remettre en question l’économie d’une petite ville voire d’un pays, nous confirme le metteur en scène, Jean-François Sivadier. Il s’agit de la valeur des êtres humains face aux marchés financiers. »

« Il y avait un côté absurde, l’impression de travailler pour rien »

Le metteur en scène était particulièrement impatient que sa pièce soit enfin jouée. « C’est une journée particulière, nous dit-il. Il y a une énergie, une excitation particulière, je le ressens énormément. Il y a des acteurs qui n’ont pas joué depuis deux ans, ils ont une telle faim de plateau. Donc là, se remettre tout d’un coup devant un public qui est lui aussi très excité… C’est très émouvant. »

Directrice du théâtre, la metteuse en scène Catherine Marnas souligne aussi « le vrai plaisir » de rouvrir. « Cette période a été très longue. Rendez-vous compte qu’en général, on fait entre 170 et 180 représentations par an. Là, en plus d’un an, on n’a pu en faire que 19. Le plus douloureux a été l’incertitude, surtout pour les équipes. Je les appelais les Pénélope – qui détissait la nuit ce qu’elle tissait le jour. Nous, on repoussait sans cesse… Il y avait un côté absurde, l’impression de travailler pour rien. Espérons que c’est une période révolue. »

« On ne s’est jamais arrêté »

Centre dramatique national avec une mission d'intérêt public de création dramatique, le TnBA a toutefois eu la chance d’avoir le droit de continuer à répéter durant la période de fermeture. « On ne s’est jamais arrêté, et on a accueilli tout un tas de compagnies », souligne Catherine Marnas. Les équipes ont aussi eu le temps de peaufiner les protocoles sanitaires et de préparer la fin de saison.

« Exceptionnellement, nous avons décidé de proposer une programmation d’été, jusqu’à fin juillet, explique Ariane Braun, administratrice générale du TnBA. Notre plus grande difficulté va porter sur l’accueil du public. Nos horaires devant respecter le couvre-feu, nous allons perdre une partie du public, car il y a des gens qui travaillent à 17h30. » Et la jauge à 35 % limite le nombre de places à 244, au lieu de 701 en temps normal. Quant au protocole sanitaire, « nous l’appliquerons strictement évidemment, avec notamment une ouverture des salles une demi-heure avant le spectacle. »

« On s’est aperçu que les lieux culturels étaient carrément vitaux »

Reste à préparer l’avenir. La rentrée de septembre, voire l’après-Covid… « J’espère qu’on n’en viendra pas au pass sanitaire pour l’entrée dans les salles de spectacle, prévient Ariane Braun. Même s’il y a un an, j’espérais que nous n’aurions pas à accueillir des spectateurs avec des masques… Mais clairement, cette crise nous fait réfléchir à la suite, notamment la dématérialisation de nos programmes, notre politique d’abonnement, nos tarifs. On ne mesure pas encore l’impact de la crise économique qui va arriver, mais cette question va se poser. On avait déjà vu une baisse de notre fréquentation en 2010, après la crise des subprimes aux Etats-Unis. »

Aujourd’hui, l’heure est encore au soulagement. Notamment pour Marie-Jo Martinez et Hilary Ordoqui, qui ont traîné leur peine durant plus de six mois. « On a vécu cette période très difficilement. Cela a été très douloureux d’être privés des lieux culturels, qui sont des lieux essentiels. Et tous les gens qui aiment le théâtre, les lieux culturels, ont eu un sentiment d’injustice, parce qu’il n’y avait pas de raison d’ouvrir les grandes surfaces et pas les cinémas ni les musées. » Jean-François Sivadier enfonce le clou. Pour le metteur en scène, « on s’est aperçu que les lieux culturels étaient carrément vitaux ». Alors, en piste !