« Trouver des outils pour une forêt durable »

recueilli par Marion Guillot

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Une création qui ne pouvait pas mieux tomber. Un mois après le passage de la tempête Klaus dans le Sud-Ouest, une équipe de recherche consacrée à la gestion durable des forêts cultivées de l'arc atlantique a vu le jour, hier, à Bordeaux. Lancé il y a un an et demi par l'European forest institute (EFI), ce projet sera hébergé à Cestas-Pierroton par l'Institut national de recherche agronomique (Inra) et l'Institut européen de la forêt cultivée (IEFC). Son directeur, Christophe Orazio, explique les objectifs.

Comment étudier l'adaptation des forêts au changement climatique ?

Des cultures expérimentales vont être lancées le long de l'arc atlantique, de l'Angleterre au sud du Portugal, pour voir comment s'adaptent les mêmes essences d'arbres aux différents climats. Nous allons également comparer plusieurs techniques de sylviculture, dites adaptatives, que nous confronterons aux risques tempête et sécheresse. Nous devons trouver des outils pour une forêt durable.

Peut-on rendre la forêt plus résistante aux tempêtes ?

Les Anglais et les Irlandais, par exemple, sont très exposés au vent depuis de nombreuses années. Ils sont habitués aux rafales de plus de 120 km/h, avec des fréquences de retour de 2 ou 3 ans. Ils ont beaucoup travaillé sur les techniques d'implantation. Cette sylviculture préventive privilégie les sites d'implantation les moins exposés au vent. Elle implique aussi un travail spécifique des lisières, pour qu'elles résistent mieux. On peut enfin habituer les arbres au vent, en les installant dès leur plus jeune âge dans des zones exposées.

Notre région est-elle en retard dans ce type de recherches ?

Ces techniques n'ont pas encore été expérimentées dans notre contexte et on ne sait pas encore quels résultats seront obtenus. Les sylviculteurs du Sud-Ouest n'ont rien changé après la tempête de 1999, car ils n'avaient pas imaginé qu'elle se reproduirait dix ans plus tard. Cette fois-ci, je pense qu'ils seront plus attentifs, notamment à la localisation des peuplements.

Dans trente ans, à quoi pourrait ressembler notre massif ?

Il serait peut-être plus diversifié d'un point de vue paysager. On peut aussi imaginer des lisières plus travaillées, composées de pins ou d'autres essences, afin de protéger le massif. Réduire la taille des parcelles est une autre piste, mais il faut attendre le résultat des études pour se prononcer. ■