Bordeaux : « Je sais, je suis âgée pour apprendre à faire du vélo », lance Nabilla, 49 ans

SOCIAL Le dispositif Vélo expresS vise à aider les personnes en situation d’exclusion sociale ou économique à apprendre à faire du vélo

Elsa Provenzano

— 

La première étape de l'apprentissage consiste à appréhender l'équilibre en faisant de la draisienne.
La première étape de l'apprentissage consiste à appréhender l'équilibre en faisant de la draisienne. — E.Provenzano / 20 Minutes
  • L’association vélo-cité, en lien avec la structure nationale AF3V, propose des cours de vélo à des adultes afin de faciliter leur projet d’insertion sociale et professionnelle.
  • L’objectif visé est de permettre une autonomie dans les déplacements aux personnes qui n’ont pas eu l’occasion d’être initiées à la pratique du vélo dans leur enfance.
  • Les bénéficiaires des vélos école de l’association sont dans leur très grande majorité des femmes, âgées de 15 à 70 ans.

« Il faut bien regarder loin devant soi », conseille Jean Labille, bénévole auprès de l’association Vélo-cité à Karima, 49 ans, qui prend son troisième cours sur les quais bordelais, ce lundi. Elle et Nabilla, 41 ans, habitent à Cenon près de Bordeaux et n’ont pas eu l’occasion d’apprendre à faire du  vélo dans leur enfance. Accompagnées par l’association Vélo-cité et l’AF3V (association française pour le développement des véloroutes et des voies vertes), on leur apprend à se familiariser avec la petite reine, tout en douceur.

« J'ai des problèmes d'équilibre...»

« Pour l’instant je vais travailler en bus mais j’aimerais y aller à vélo, explique Karima. C’est aussi pour le plaisir, pour pouvoir faire des balades avec ma fille et mon mari ». Elle n’avait jamais essayé de faire du vélo mais n’a pas d’appréhension particulière. Ce lundi, les deux élèves font des allers-retours façon draisienne pour apprivoiser l’équilibre, un premier stade indispensable. « Je sais, je suis âgée pour apprendre le vélo, sourit Nabilla. J’ai essayé plusieurs fois seule mais j’ai des problèmes d’équilibre, j’ai même un vélo à la maison dont je ne me sers pas ». Mais une fois qu’on est plus au bord de la chute à chaque fois qu’on enfourche son vélo, l’apprentissage ne fait que commencer. « Savoir faire du vélo ce n’est pas maîtriser l’équilibre mais être autonome dans ses déplacements », souligne Sébastien Rousseau, éducateur mobilité au sein de l’association Vélo-cité

« On forme environ 200 personnes par an au travers de cours collectifs (insertion socioprofessionnelle ou sessions de remise en selle) et cours particuliers », explique Sébastien Rousseau. Le dispositif vélo expresS, porté par AF3V, « permet de recruter des personnes en recherche de mobilité, avec un projet d’insertion sociale et professionnelle, pointe-t-il. L’objectif c’est de leur apprendre à faire du vélo et à les rendre autonomes ». « On est en lien avec la Maison Départementale de la Solidarité et de l’Insertion de Cenon (MDSI) pour les recrutements des apprenants », précise Sophie Verdellet, cheffe de projet vélo Express à l’AF3V. L’association a noué des partenariats similaires avec des associations locales dans huit départements en France.

« Des cris et des larmes »

Le public accueilli par l’association dans ses cours est très féminin (80 % des apprenants) et il est âgé de 15 à 70 ans. « C’est très difficile de se mettre au vélo et elles sont très courageuses de le faire, insiste l’éducateur-vélo. On ne se rend pas compte des difficultés des gens qui viennent de l’étranger, ils ne connaissent pas la signalisation, par exemple ».

Si les premières séances peuvent être un peu laborieuses, quand la confiance est installée c’est une vraie récompense pour les bénévoles de lire la joie sur les visages de leurs élèves. « Ce sont des cris, des larmes parfois, on est toujours remerciés de ce qu’on fait, pourtant c’est très simple », raconte Sébastien Rousseau.

Et quand ils sont un peu plus sûrs d’eux, ils veulent tous « faire le tour des ponts », la balade typique bordelaise de sept kilomètres environ. « C’est un peu l’examen final, la consécration », plaisante Jean Labille. Karima estime, elle, qu’elle aura atteint son objectif quand elle pourra être « autonome » dans ses déplacements.