Bordeaux : La majorité présente sa vision d'un urbanisme régulé

LOGEMENT La nouvelle majorité veut rompre avec les années Juppé en matière d’urbanisme. Elle a l'ambition de construire « la ville sur la ville », en augmentant la production de logements sociaux

Elsa Provenzano

— 

L'éco-quartier Ginko, dans le quartier du Lac à Bordeaux, le 20 septembre 2013
L'éco-quartier Ginko, dans le quartier du Lac à Bordeaux, le 20 septembre 2013 — M.B./20MINUTES
  • La majorité écologiste a présenté les grandes lignes de son programme en matière d’urbanisme.
  • Elle veut rompre avec les grandes opérations immobilières des dernières années tout en continuant à construire.
  • Elle se concentrera sur les zones déjà artificialisées, en augmentant la production de logements sociaux.

« Les Bordelais constatent qu’on ne peut plus se loger et qu’on a bétonné outrageusement, c’est ça la situation dont nous héritons ! », résume Pierre Hurmic, le maire (EELV) de Bordeaux. Partant de ce constat, la majorité a présenté ce mardi en conseil municipal son projet qui inaugure l’ère d’un « urbanisme régulé » par opposition à « l 'urbanisme ​en liberté » illustré par le projet engagé sur Brazza. 

Fabien Robert, conseiller municipal d’opposition du groupe Bordeaux Ensemble (LR-Modem), a repris l' argument cher à Alain Juppé, selon lequel c’est une nécessité de construire toujours plus pour maîtriser les prix. Il s’est alarmé de la baisse de la production, avec la volonté annoncée du maire de stopper le projet sur le secteur Amédée-Saint-Germain, par exemple. « Le choc de l’offre est un leurre qui ne fonctionne pas, on a bien vu que les prix n’ont fait qu’augmenter », lui a répondu Bernard Blanc, l’adjoint à l’urbanisme.

Un bilan sévère

Les grandes opérations menées ces dernières années sont jugées durement par la nouvelle majorité. « On observe qu’il y a eu une standardisation et une évolution de la ville confiée au privé dans ces différentes figures d’urbanisme, estime Bernard Blanc. Ainsi entre 2015 et 2016 : 70 % de la production de logement s’est faite sur la logique de produits défiscalisés ». L’adjoint illustre son propos en faisant défiler des visuels de Ginko, des Bassins à flot ou d’Euratlantique.

« Bordeaux avait un patrimoine foncier important qui a été dilapidé, surtout sur la rive droite », ajoute Marie Claude Noël, conseillère municipale déléguée auprès de Bernard Blanc. Ce dernier estime que la ville a été livrée à l’appétit des promoteurs et que l’une des conséquences a été une augmentation des prix du foncier, dommageable notamment pour les bailleurs sociaux pour qui il est devenu inabordable.

Augmenter le nombre de logements sociaux

La nouvelle majorité veut construire 3.000 logements par an dont 1.500 logements sociaux. Actuellement la ville compte 18,5 % de logements sociaux, alors que la loi fixe un objectif de 25 % pour 2025. « Ne soyez pas inquiets, on s’est fixés des objectifs ambitieux et comptez sur nous pour y arriver », a lancé le maire de Bordeaux à Thomas Cazenave, du groupe Renouveau Bordeaux (LREM) qui estime que l’objectif ne sera pas atteint.

Mais voilà, elle veut limiter au maximum l’artificialisation des sols donc elle va continuer à construire mais sur des secteurs déjà bâtis. « Le zéro artificialisation, la ville sur la ville, c’est une pirouette, s’agace Thomas Cazenave. Où est-ce que vous allez construire ? ». « On a des leviers pour construire dans le diffus », lui répond Bernard Blanc, évoquant des opérations de précision qui seront permises par une modification du PLH (programme local de l’habitat.) « On n’est pas contre la densité et elle est là sur des opérations que vous avez engagé », ajoute-t-il.

« A vous écouter on se croirait dans un Disney, commente Philippe Poutou, du groupe Bordeaux en luttes (FI, NPA) mais on ne voit pas quels moyens vous allez vous donner. pour contrecarrer les appétits illimités des promoteurs ? Nous défendons l’idée d’un service public du logement, et la mise en place d’outils de contrôle et de contraintes du privé. »

La majorité a fait valoir qu’elle avait prévu pour ce pan de son programme une enveloppe qui est supérieure d’1,7 million d’euros à celle de l’ancienne mandature. Signant l’arrêt des grandes opérations immobilières (mais celles déjà lancées vont se poursuivre), la majorité écologiste veut construire dans les dents creuses de la ville, en végétalisant au maximum et en travaillant à rendre la ville plus accessible. La ville de Bordeaux a aussi été retenue pour participer à l'expérimentation de l'encadrement des loyers.