Les « Experts » à l'affût de la moindre trace

Orianne Dupont photos : Pascal SAURA

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Pinceau et poudre volcanique à la main, Philippe, brigadier-chef à l'unité d'enquête criminalistique de Bordeaux, relève des empreintes. Pourtant, nous ne sommes pas sur une scène de crime sanglant, mais dans une pizzeria qui a signalé un cambriolage durant le week-end, lors duquel des Tickets-Restaurants inutilisables, un lecteur MP3 et des chèques ont été volés. Les empreintes relevées sur le lieu du larcin et sur une porte, les agents enchaînent vers des bureaux dans le centre-ville où une porte a été forcée et un ordinateur portable volé.

Le samedi précédent, Stéphanie, agent spécialisé de police scientifique a eu une dizaine d'appels. « Si le lieu peut être préservé, nous prenons rendez-vous pour plus tard », explique-t-elle. A la pizzeria, la zone du cambriolage a certes été sauvegardée, mais tous les objets touchés par le voleur ont été rangés par les employés. « C'est souvent le cas, souligne Stéphanie, surtout pour des cambriolages chez les particuliers. » Malgré tout, dans cette affaire, une trace se révèle exploitable et est envoyée au laboratoire qui va procéder à l'analyse.

Depuis trois ans, les agents chargés des vols et cambriolages sont formés aux techniques de relevés d'empreinte. « Qu'est-ce qui empoisonne la vie des gens ? Ce ne sont pas les homicides, mais les cambriolages », explique Christophe Carpentier, le capitaine de la brigade. Pour combattre cette petite délinquance, les interventions de policiers scientifiques ont été systématisées sur 93 % des cambriolages. Seules les affaires liées à des vols d'accessoires sur voiture peuvent être mises de côté car « les gens viennent porter plainte sans leur véhicule, le vol a eu lieu depuis plusieurs jours ou les victimes ont déjà fait changer la portière... », précise Christophe Carpentier. Aujourd'hui, 9 % des affaires sont élucidées grâce à ces méthodes. En 2007, dix traces étaient identifiées, contre 57 en 2008 avec un nombre d'affaires en baisse. Si la police parvient à mettre un nom aujourd'hui sur une trace sur deux, c'est surtout lié à la croissance de la base de données.

Le Fichier automatisé des empreintes digitales (Faed), créé en 1987, compte aujourd'hui plus de trois millions d'individus. « Les empreintes de toutes les personnes qui sont en garde à vue et mises en cause [pour des délits mineurs] sont enregistrées. » Et depuis 2004, après l'affaire du tueur de l'Est parisien, Guy Georges, un fichier national automatisé des empreintes génétiques (Fnaeg) a vu le jour. Il compte 600 000 individus. L'ADN est également relevé pour la petite délinquance via du sang, un mégot, des cheveux... Une seule cellule de contact laissée sur un stylo, par exemple, est suffisante pour identifier une personne, en quelques jours. « Dans les années 1980, il était difficile de répondre aux plaintes pour cambriolage, la petite délinquance augmentait, ainsi que l'insécurité », indique Christophe Carpentier, qui se réjouit de voir la tendance s'inverser.

Mais toutes les traces ne sont pas exploitables et surtout, l'auteur du délit ou du crime ne figure pas forcément dans les fichiers. Les traces qui ne donnent pas de réponse restent en mémoire trois ans pour un délit et dix pour un crime. Et si un nom ressort, il ne dispense pas d'enquête. « Il faut lui donner une légitimité juridique, mais l'identification facilite souvent le passage aux aveux. »

Malgré tout, les magistrats n'ont pas constaté d'augmentation des affaires à traiter : « Ces derniers temps, on a surtout des outrages et de la rébellion, ce qui n'a rien à voir avec la police scientifique », explique un magistrat, sceptique quant à l'efficacité de cette police. « Aujourd'hui sur des gros cambriolages, on ne trouve aucune trace, même les violeurs mettent des préservatifs... Mais c'est bien que la police le fasse, ça donne aux gens le sentiment d'être protégés. » ■