Bordeaux : Une étude montre l'intérêt d'une intelligence artificielle pour faire gagner du temps aux régulateurs du Samu

SANTE Pendant le premier confinement, un nouvel outil pour analyser les appels passés au Samu a été testé en Gironde et pourrait permettre d'ébaucher un système de surveillance de santé publique à une plus grande échelle

Elsa Provenzano

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Illustration Samu au CHU Bordeaux
Illustration Samu au CHU Bordeaux — Mickaël Bosredon/20 Minutes
  • Un outil basé sur une IA a été testé en Gironde pendant le premier confinement pour analyser les appels passés au Samu.
  • L’étude menée conjointement par le CHU de Bordeaux et l’Inserm permet d’imaginer la mise en place d’un système de surveillance de problèmes de santé publique (accidents de voitures, abus d’alcool etc.)
  • L’IA pourrait aussi permettre d’alléger le travail des régulateurs du Samu en les délestant des tâches les plus rébarbatives.

Avec une moyenne d’environ 1.500 appels par jour en Gironde, en 2020, les assistants régulateurs du Samu, travaillent dans l’urgence et rédigent des comptes rendus en temps réel. « Le nombre d’appels en régulation est énorme tout comme le nombre d’admissions, et clairement un triage humain pour faire de la santé publique à partir de tout ça est inimaginable, estime le docteur Cédric Gil-Jardiné du service des urgences du centre hospitalier universitaire de BordeauxD’où l’idée d’ une intelligence artificielle (IA) capable de « lire » ces comptes rendus et d’en extraire les contenus utiles pour faire de la surveillance syndromique. »

En ce sens, une étude a été menée conjointement par le CHU de Bordeaux et l’Inserm à partir des appels passés au Samu en Gironde. Commencée en janvier, elle s’est évidemment intéressée, entre autres, à l’épidémie de Covid-19. Entraînée de façon adéquate, l’IA se révèle capable « de surveiller stress, douleurs thoraciques, symptômes respiratoires mais aussi malaises, intoxications dues à l’abus d’alcool et accidents de circulation qui sont des problèmes majeurs de santé publique », détaille Cédric Gil-Jardiné.

Mieux appréhender l’épidémie de Covid-19

Dans le cas du coronavirus, tout est alors à apprendre au moment de l’étude qui démarre un peu avant le premier confinement. « Toux et fièvre arrive en premier et ensuite laissent place à d’autres symptômes comme les problèmes respiratoires, c’est un peu l’histoire naturelle de la maladie », pointe Emmanuel Lagarde, chercheur à l’Inserm. Sur un plan davantage pratique, l’étude permet aussi de donner des éléments utiles en termes d’organisations des moyens hospitaliers. « On a un pic d’activité en régulation et 20 jours plus tard on l’observe aux urgences, en termes de réflexion pour anticiper les moyens pour les structures d’urgence et l’aval hospitalier, c’est une information importante », souligne Cédric Gil-Jardiné.

« Il ne s’agit là que de résultats préliminaires. Nous travaillons par exemple aujourd’hui à construire des indicateurs qui permettraient de mieux distinguer les signes d’épidémie, de façon par exemple à différencier le plus tôt possible une poussée de Covid-19 de celle de la grippe saisonnière », écrivent le docteur Catherine Pradeau du service Samu-Smur et le docteur Cédric Gil-Jardiné, dans un article paru dans The Conversation.

Aider et non remplacer l’humain

« Cette IA n’a pas vocation à remplacer les humains, elle intervient dans un deuxième temps pour être en mesure d’extraire les informations qui nous intéressent pour la surveillance », précise le docteur Cédric Gil-jardiné. Une fois l’IA entièrement fiabilisée, elle pourra effectuer une surveillance automatisée des données.

L’idée est aussi d’intégrer l’IA dans la pratique quotidienne de l’assistant régulateur pour le dispenser des tâches les plus répétitives. Par exemple, il doit sélectionner un motif d’appel dans une liste prédéfinie de 100 à 150 réponses. On peut imaginer que l’IA soit capable de réduire de façon pertinente la liste, pour aider le régulateur « mais on n’en est pas encore là », nuance le médecin. Il ne s’agit pas de demander à une machine d’apprécier l’état de santé du patient qui appelle mais bien de « gagner du temps sur des choses qui n’ont pas de conséquences directes sur le patient, mais qui ont besoin d’être justes », clarifie-t-il.

Une autre partie de l’étude s’intéresse à ce qui ressort des appels lorsque les gens sont confinés. « Ce qui nous a surtout surpris c’est la diminution des malaises et des intoxications aïgues liées à l’alcool, car on pouvait s’attendre à l’inverse », pointe Emmanuel Lagarde.

« Notre but à terme, c’est de tester ces outils-là dans d’autres centres de régulation, de la Nouvelle Aquitaine dans un premier temps, pour construire la surveillance syndromique de demain à partir de la régulation médicale », conclut le docteur Cédric Gil-Jardiné.