Bègles : Pour sauver leurs emplois et leur usine, les salariés de la papeterie ont un projet tourné vers l’écologie

ECONOMIE Réunis en association, les salariés du site Etex à Bègles proposent un projet de reprise pour transformer le papier recyclé en isolant et en paillage pour l’agriculture

Elsa Provenzano
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Les salariés de la papeterie de Bègles portent un projet de reprise pour le site qui va bientôt fêter ses 100 ans d'existence.
Les salariés de la papeterie de Bègles portent un projet de reprise pour le site qui va bientôt fêter ses 100 ans d'existence. — Claude Duthil
  • Les 90 salariés de la papeterie de Bègles ont un projet de reprise pour le site.
  • Un autre repreneur, Global Hygiène, a noué un accord avec le propriétaire Etex, pour fabriquer de l’essuie-tout.
  • Les salariés réunis en association comptent sur le soutien de la municipalité, qui a le pouvoir d’octroyer ou pas un permis de construire, indispensable au projet de Global Hygiène.

Le groupe Etex a décidé de se désengager du site de Bègles, au sud de Bordeaux, en octobre dernier. La papeterie qui produisait jusqu’alors du papier pour les plaques de plâtre à partir de papier recyclé s’apprêtait à fêter ses 100 ans. Les 90 salariés du site se sont mobilisés pour créer une association et réfléchir à un projet pour continuer à faire vivre les lieux.

Le groupe Global Hygiène s’est manifesté auprès d’Etex pour un projet d’usine de fabrication d’essuie-tout mais qui supposerait de démanteler une grande majorité du site existant pour reconstruire des locaux neufs. « L’usine repartirait avec 40 personnes puis 50 autres deux ans plus tard, le temps que la construction sorte de terre, pointe Claude Duthil, président de l’association avenir papeterie de Bègles. Mais qui pourra attendre deux ans ? »

De la ouate de cellulose avec des déchets papiers

Les salariés de leur côté ont repris l’idée d’un repreneur qui s’est retiré et leur a rétrocédé les droits. Il s’agirait de faire tourner l’usine avec le même nombre d’employés et avec les machines existantes mais de produire une matière avec une bien plus grande valeur ajoutée qu’auparavant. « On propose de faire de la ouate de cellulose à partir des 100.000 tonnes de vieux papiers traitées chaque année par l’usine pour faire tout ce qui est isolation et qui représente un marché très porteur », souligne Claude Duthil.

Autre idée de débouché, l’agriculture. « Au lieu de pailler avec du plastique, on propose de le faire avec du papier recyclé. On est capable de rendre ce papier à la terre », ajoute le président de l’association, pointant le rôle précieux de ces matériaux dans la transition énergétique. L’exportation d’une « pulpe recyclée propre » après décontamination sur le site béglais, pourrait aussi être envisagée vers la Chine, en demande de ce type de matière première.

Ce projet de reprise, proposé un peu avant le plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) a été présenté à la direction d'Etex début mars. « Elle a gagné du temps jusqu’à signer un contrat d’exclusivité avec Global Hygiène et nous a mis gentiment sur la touche », estime Claude Duthil. Résultat : jusqu’au 31 juillet, les négociations avec les dirigeants semblent bloquées. En attendant l’association a défendu son projet auprès des collectivités pour décrocher des soutiens. « Global Hygiène ne pourra réaliser son projet qu’après l’obtention d’un permis de construire, délivré par la ville de Bègles », glisse le président de l’association.

La municipalité bèglaise et la métropole bordelaise ont déjà manifesté leur soutien au projet de reprise des salariés, dont les représentants rencontrent pour la deuxième fois la Région à la fin du mois. Pour écrire une nouvelle page de l’histoire de la papeterie, les salariés sont persuadés qu’il ne faut pas tout changer de fond en comble, mais réorienter son activité vers des produits plus écologiques, en s’appuyant sur le savoir-faire des techniciens et la qualité des machines, qui ont fait leurs preuves.