Bordeaux : Avec la Sunday Box, même les personnes en rupture avec le digital gardent un lien numérique avec leurs proches

TECHNOLOGIE La start-up bordelaise Sunday connaît une forte croissance grâce à sa box qui permet de recevoir photos et vidéos de ses proches, sur sa télévision

Mickaël Bosredon

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Denise Touron, 85 ans, est utilisatrice de la Sunday Box
Denise Touron, 85 ans, est utilisatrice de la Sunday Box — Mickaël Bosredon/20 Minutes
  • La start-up enregistre quelque 100.000 utilisateurs, et a vu son chiffres d'affaires multiplié par deux en 2020.
  • L’idée de la Sunday box, est de remplacer la tablette ou le smartphone, chez les personnes déconnectées des réseaux sociaux traditionnels, avec un usage extrêmement simplifié.
  • A la différence des réseaux sociaux « qui sont très individualistes et où l’on recherche le like et la reconnaissance », l’objectif de la Sunday box « est de faire plaisir à ses proches ».

Une croissance fulgurante en 2020, et des projets de développement pour les mois à venir. La crise sanitaire a permis à la start-up bordelaise Sunday, de trouver son public pour son produit phare, la Sunday box families.

Il s’est écoulé l’année dernière plus de 50.000 de ces box qui se branchent à la télévision, et qui permettent aux personnes en situation de fracture numérique et qui n’ont pas de smartphone, en particulier les personnes âgées, de recevoir des photos et vidéos de la part de leurs proches. La start-up compte désormais plus de 100.000 utilisateurs, depuis le lancement du produit en novembre 2018. Elle a plus que doublé son chiffre d’affaires, qui est passé d’un peu plus de 300.000 euros en 2019, à environ 800.000 euros en 2020.

« Dès que je vois le cœur clignoter, je vais voir ce qui est arrivé »

A 85 ans, Denise Touron, une habitante de Macau (Gironde), est fière de montrer comment elle pilote l’outil, fait avancer, reculer ses vidéos. « C’est très simple d’utilisation », soutient l’octogénaire, qui s’est fait offrir une Sunday box par son fils, en décembre 2019. « Il m’a expliqué le fonctionnement, et je m’en suite tout de suite servie. Je suis très heureuse car mes enfants et mes petis-enfants m’envoient régulièrement des photos. Dès que je vois le cœur clignoter, je vais voir ce qui est arrivé, et cela me permet de savoir ce que font les uns et les autres. »

Le cœur qui clignote. Indéniablement le gros plus de la Sunday box. « C’est notre marque de fabrique, souligne Nelly Meunier, présidente et fondatrice de Sunday, ainsi dès qu’une photo est envoyée sur la box, un cœur clignote sur la télécommande pour prévenir la personne, ce qui crée une petite sensation. »

Nelly Meunier, présidente-fondatrice de la start-up Sunday
Nelly Meunier, présidente-fondatrice de la start-up Sunday - Mickaël Bosredon/20 Minutes

L’idée de la Sunday box, est donc de remplacer la tablette ou le smartphone, pour les personnes déconnectées des réseaux sociaux traditionnels. Avec un usage extrêmement simplifié. « On évalue à environ dix millions de personnes en rupture avec le digital, toutes classes d’âge confondues », estime Nelly Meunier, qui reconnaît toutefois que le produit vise, à la base, les personnes âgées. « Quand vous avez 80 ans, vous n’allez pas sur Snapchat, et comme plusieurs générations sont nées et ont grandi avec la télévision, c’est l’objet que l’on a choisi pour connecter notre box. » La fondatrice de Sunday souligne que cette rupture numérique « est encore plus forte en Ehpad, où les aînés passent beaucoup de temps dans l’attente de nouvelles de leurs proches. »

« Cela a créé une véritable liaison intrafamiliale »

Mais à la différence des réseaux sociaux « qui sont très individualistes et où l’on recherche le like et la reconnaissance », l’objectif de la Sunday box « est de faire plaisir à ses proches », insiste Nelly Meunier. Elle remarque par ailleurs que la box « permet aux membres d’une famille de se retrouver autour de véritables "journées Sunday" pour visionner des albums photos ou des vidéos, dans des moments de convivialité. »

Ce que confirme Morgane, la petite-fille de Denise Touron. « A la base c’est pour notre grand-mère, mais en réalité cela a créé une véritable liaison intrafamiliale entre tous les membres de la famille, puisque nous avons tous l’application Sunday sur nos smartphones, et que l’on peut ainsi non seulement envoyer des photos, mais aussi voir ce que partagent les uns et les autres. » « C’est un réseau social, poursuit Nelly Meunier, mais avec une communauté restreinte aux seuls membres de la famille, et dans lequel on peut partager des photos d’enfants dans un cadre sécurisé. »

Une Sunday box pour les enfants hospitalisés

Un réseau qui s’est avéré « vital » dans plusieurs situations lors du premier confinement, chez des personnes extrêmement isolées, assure la patronne de la start-up. Mais parallèlement, Nelly Meunier a constaté que sa clientèle avait aussi tendance à rajeunir au fil du temps. « Nous avons aujourd’hui des utilisateurs qui ont 55 ans, qui ne sont pas du tout en rupture avec le numérique, assure-t-elle. Sunday devient pour eux une nouvelle façon de voir les photos de leurs enfants et petits-enfants, en complément des réseaux sociaux traditionnels. »

Aujourd’hui, la start-up bordelaise ambitionne de « reconnecter toutes les personnes isolées, que ce soit les personnes âgées comme les enfants. » Ainsi, après son service de caméras installées au-dessus des couveuses d’enfants prématurés, pour permettre aux parents de conserver un lien à distance avec leur enfant, Sunday va aussi connecter les enfants malades. « Nous installons au sein des hôpitaux Robert-Debré et Necker à Paris, et à l’hôpital de Rennes, des Sunday Box pour des enfants de 6 à 11 ans hospitalisés dans des services hématologiques pédiatriques. Ils vivent parfois des moments de solitude accrue, et recevoir des photos de la famille durant la journée leur fait vraiment du bien. »

La petite entreprise qui compte une dizaine de salariés, continue de travailler sur de nouveaux produits, « car on pense que les problèmes d’isolement vont toucher de plus en plus de monde, et pas que des personnes âgées ». La Sunday box est vendue 119 euros, et l’application est gratuite avec des abonnements premium payants en supplément.