Bordeaux : Caméras, effectifs policiers etc. Mairie et préfecture n’ont pas les mêmes méthodes pour améliorer la sécurité

DESACCORDS Un conseil sur la sécurité à Bordeaux a eu lieu jeudi, associant mairie et Préfecture de la Gironde. Des différences de fonds ont émergé à cette occasion

Elsa Provenzano

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Police municipale, sur les quais de Bordeaux
Police municipale, sur les quais de Bordeaux — Mickaël Bosredon/20 Minutes
  • L’État et la mairie peinent à s’accorder sur la stratégie à adopter pour améliorer la sécurité à Bordeaux.
  • La mairie veut un audit sur la vidéoprotection et demande un renforcement des effectifs de police nationale.
  • La préfecture veut déployer dès maintenant des caméras et estime qu’il n’y a pas de sous-effectifs de police nationale sur l’agglomération bordelaise.

Les attaques à l’arme blanche ont été nombreuses ces derniers mois sur l’agglomération bordelaise et les vols avec violences sont en forte augmentation en 2020 (lire encadré) en Gironde. C’est dans ce contexte de tensions croissantes qu’un conseil de sécurité et de prévention de la délinquance (CSLPD), réunissant notamment des représentants de la mairie de Bordeaux, de la préfecture, du Parquet et de la sécurité départementale s’est tenu ce jeudi. Censé mettre à plat les outils pour améliorer la sécurité de la ville, et poser les bases d’un contrat de sécurité intégrée, il a surtout mis au jour des divergences sur la stratégie à adopter.

Déployer la vidéoprotection ou faire un audit ?

« Sur le rythme de travail, les visions sont un peu différentes, madame la préfète souhaiterait qu’en matière de sécurité nous avancions plus vite, avance Delphine Balsa, directrice de cabinet de Fabienne Buccio, préfète de la Gironde. Par exemple sur la vidéoprotection, elle aimerait qu’on puisse rapidement travailler à élargir les zones de Bordeaux qui sont couvertes par cet outil qui a montré son efficacité, alors que monsieur le maire souhaite un diagnostic à l’été, ce qui reporte encore l’installation de vidéoprotection. »

De son côté, Amine Smihi, adjoint en maire en charge de la tranquillité publique et de la sécurité fait valoir que le système de vidéoprotection actuel s’appuie en fait sur les caméras des bornes qui régulent les accès au centre-ville. « Nous ne cherchons pas à gagner du temps et encore moins à contourner le sujet mais on veut être pragmatique et ne pas faire d’idéologie sur la sécurité, assure-t-il. On a besoin d’y voir plus clair, c’est pour ça qu’il nous faut un audit. » Il évoque une divergence de fond sur la méthode, rappelant que sa majorité préfère à un maillage serré de vidéoprotection des effectifs de police municipale et nationale, des médiateurs et des éducateurs.

Des effectifs de police à renforcer ?

Sur les effectifs aussi, les avis divergent. Pour la préfecture il n’y a pas de sujet : « Nous ne sommes pas dans une situation de sous-effectifs policiers, assure Delphine Balsa. En revanche, on peut réfléchir sur comment on fait mieux travailler les effectifs de polices municipale et nationale. » Un constat que ne partage pas le syndicat CFDT Alternative Police qui a réagi dans un communiqué : « La Gironde est désormais le département où la population augmente le plus chaque année. Une augmentation de 1,2 %, contre 0,4 % pour la moyenne nationale. Avec 1,6 million d’habitants. À côté de ça les effectifs de police n’augmentent pas voire sont en diminution… »

« On a un désaccord frontal avec la préfecture sur l’analyse du dispositif de police nationale à Bordeaux, pointe Amine Smihi. Tout le monde (riverains, acteurs de terrains, mairie) s’accorde et constate qu’actuellement il n’est pas à la hauteur des enjeux de la cinquième métropole de France. Elle est la seule de toutes les grandes métropoles à ne pas avoir une compagnie de CRS en exercice, sur son territoire ».

Une compagnie de CRS à demeure demandée

Une demi-compagnie de CRS a été affectée à Bordeaux en septembre. « Le ministère a compris que Bordeaux avait besoin de cette unité de force mobile mais on la partage, elle n’est pas que pour nous », clarifie la directrice de cabinet de la préfète. Présente jusqu’au 22 mars, elle part ensuite en mission après laquelle elle reviendra dans la capitale girondine. « Il faut une compagnie entière, réagit Amine Smihi. Et, il ne s’agit pas de savoir où les CRS dorment mais ou les CRS travaillent ».

« Bordeaux peut avoir des réponses très claires aux problèmes de délinquance qui sont identifiés, conclut Delphine Balsa. Et pour y répondre ce contrat partenarial est le bon outil, ce n’est pas la préfecture seule qui peut le faire ». En clair, la balle est dans le camp de la mairie, du point de vue de la préfète, qui représente l’État en Région. Si la mairie se dit prête à contractualiser, elle qualifie la position de l’État sur les effectifs de « mauvais signal ».

Prête à s’engager pour améliorer la sécurité des Bordelais, la ville ne veut pas le faire au détriment de sa « vision politique sur la prévention de la délinquance et de la sécurité ». Et l’argument sur l’urgence de la situation a le don de l’irriter : « Le précédent CLSPD datait de 2018, c’est vous dire combien ceux qui nous reprochent de ne pas aller assez vite ne se sont pas pressés », assène Amine Smihi.



 

Chiffres sur la sécurité

En 2020, les vols avec armes ont augmenté de 46,7 % en Gironde et les cambriolages de plus de 20 % sur l'agglomération bordelaise (en zone police). Dans le même temps les homicides ont diminué de 20 % et les vols simples de près de 24 %.