Coronavirus à Bordeaux : Comment le Covid-19 a rapproché le Grand-Théâtre et le CHU

CULTURE Propriété des Hospices de Bordeaux depuis Napoléon, le Grand-Théâtre n’intervenait pourtant jamais auprès du CHU, jusqu’à l’épidémie de Covid-19

Mickaël Bosredon

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Un Intermède musical avait été organisé le 10 avril 2020 par l'Opéra, dans la cour de l'hôpital Saint-André de Bordeaux
Un Intermède musical avait été organisé le 10 avril 2020 par l'Opéra, dans la cour de l'hôpital Saint-André de Bordeaux — Gil Bommelaere
  • Depuis la loi du 8 ventôse de l’an XII sous Napoléon, en 1804, les Hospices de Bordeaux sont propriétaires du Grand-Théâtre, même si c’est la mairie qui gère l’établissement culturel.
  • Les deux structures ont signé ce mercredi une convention pour se rapprocher car jusqu’à présent elles ne travaillaient jamais ensemble.
  • C’est l’épidémie de Covid-19 qui les a rapprochés, avec un concert à l’hôpital Saint-André en avril 2020, en plein confinement.

Exceptionnellement, le Grand-Théâtre de Bordeaux a rouvert ses portes, ce mercredi. Malheureusement pas pour un concert ni un opéra, mais pour signer une convention qui va permettre de rapprocher l’établissement culturel, du CHU de Bordeaux. Ce qui est déjà une bonne nouvelle.

Le directeur du CHU de Bordeaux Yann Bubien (au premier plan) et le directeur de l'Opéra de Bordeaux Mark Minkowski (au centre), ont signé une convention pour rapprocher les deux établissements
Le directeur du CHU de Bordeaux Yann Bubien (au premier plan) et le directeur de l'Opéra de Bordeaux Mark Minkowski (au centre), ont signé une convention pour rapprocher les deux établissements - Mickaël Bosredon/20 Minutes

Les deux structures ont des liens historiques. Le Grand-Théâtre est en effet la propriété du CHU de Bordeaux depuis… Napoléon. Une exception française. Mais curieusement, elles n’échangeaient quasiment pas, jusqu’à la crise du Covid-19.

« Les patients nous écoutaient aux fenêtres »

« C’est le 8 ventôse de l’an XII [soit en février 1804 sous Napoléon], qu’une loi a permis aux Hospices de Bordeaux de devenir propriétaires du Grand-Théâtre », rappelle le directeur du CHU Yann Bubien. Les Hospices accordaient toutefois à la ville de Bordeaux la jouissance du théâtre par un bail renouvelable de 99 ans, toujours en vigueur. « Nous n’avons pas vocation à nous occuper d’un opéra, c’est donc la mairie qui le gère, mais nous possédons toujours les murs », dit Yann Bubien. Malgré cela, à son arrivée à la tête du CHU de Bordeaux il y a un an et demi, le directeur du centre hospitalier s’aperçoit qu’il n’y avait « aucun partenariat » entre son établissement, et l’opéra de Bordeaux.

« J’ai alors appelé les directeurs du Grand-Théâtre Olivier Lombardie et Mark Minkowski pour formaliser les choses. Et puis le Covid-19 est arrivé… C’est là que Mark Minkowski m’a proposé d’organiser un concert pour les professionnels de santé et les patients, le 10 avril 2020, en plein confinement, dans le cloître de l’hôpital Saint-André à Bordeaux. C’était le premier événement que l’on créait ensemble. » « Nous étions en pleine explosion de l’épidémie, se souvient Mark Minkowski. Cela a été un moment d’émotion très fort, dans un site magnifique, avec des patients qui nous écoutaient aux fenêtres, des soignants qui défilaient dans le cloître… »

Places gratuites pour le personnel et concerts sur les sites du CHU

Les échanges se sont poursuivis depuis, avec notamment un autre concert dans la cour de l’hôpital Pellegrin en juin. « Mais nous nous sommes dit qu’il fallait aller plus loin, c’est pourquoi cette convention de trois ans va nous permettre d’avoir des relations efficaces », explique Yann Bubien. Elle prévoit notamment l’accueil « deux fois par an de tous nos internes au sein de l’Opéra, des places gratuites pour le personnel du CHU, et des concerts organisés sur les sites du CHU : Pellegrin, Haut-Lévêque, Saint-André et dans l’hôtel de Saint-Marc cours d’Albret que l’on va entièrement refaire. » De nouveaux concerts seront ainsi organisés au CHU pour la Fête de la musique.

C’est donc le Covid-19 qui « a permis de lancer les opérations ». Parallèlement, le CHU a apporté son expertise médicale auprès des artistes du Grand-Théâtre. « Nous avons effectué tous les tests pour les musiciens et les chanteurs, qui ont besoin régulièrement d’être testés pour effectuer leurs enregistrements et leurs répétitions, comme pour les concerts », indique Yann Bubien. « Et j’espère que le CHU nous accompagnera aussi sur la vaccination », glisse Mark Minkowski, ce qui pourrait être synonyme de reprise pour son établissement.

En attendant, le Grand-Théâtre reste actif. « On travaille quand même, insiste Mark Minkowski, nous venons par exemple de terminer un enregistrement magnifique avec le baryton Florian Sempey et l’orchestre de l’opéra, on a fait des concerts captés et retransmis, et l’Orchestre national Bordeaux Aquitaine a été appelé en dernière minute par le théâtre des Champs-Elysées pour une captation, car l’orchestre du Luxembourg a été interdit de voyager. » Mais rien ne remplacera les concerts. Car le directeur du Grand-Théâtre le rappelle : « Nous vivons du rassemblement de publics. »