Bordeaux : La « Rue Bordelaise » va-t-elle encore agiter les débats du conseil municipal ?

URBANISME La séance de ce mardi consacrée à l’urbanisme pourrait encore une fois donner lieu à des débats animés autour du projet de « Rue Bordelaise », ce programme commercial d’un coût de 500 millions d’euros que le maire a annoncé ne pas pouvoir stopper

Elsa Provenzano

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Le visuel du projet amendé de Rue Bordelaise.
Le visuel du projet amendé de Rue Bordelaise. — Apsys-Maison Edouard François
  • Ce mardi, la « Rue Bordelaise » pourrait encore une fois agiter les débats alors que la séance du conseil sera consacrée à l’urbanisme et au logement.
  • Une partie de l’opposition souhaite y voir plus clair sur les raisons pour lesquelles le projet ne peut ni être stoppé ni être changé en profondeur.
  • La majorité rappelle que les conditions juridiques l’exposent à une forte pénalité de 100 millions d’euros, en cas d’arrêt net du programme.

Ce mardi, le projet de « Rue Bordelaise » ou de « Rue Saget », comme préfère l’appeler le maire de Bordeaux, pourrait s’inviter dans la séance dominée par les thématiques logement et urbanisme du conseil municipal et susciter quelques remous. L’évocation du sujet avait déjà agité la séance du 26 janvier, le groupe Bordeaux Ensemble mené par l’ancien maire Nicolas Florian (LR) avait même fini par quitter la séance. La Rue Saget est un projet mixte situé sur le périmètre de l’opération d’intérêt national Euratlantique à forte connotation commerciale puisque les surfaces marchandes y approcheront les 30.000 m2.

Le 20 janvier dernier, le maire écologiste de Bordeaux Pierre Hurmic, avait  présenté à la presse sa version amendée du projet de Rue Bordelaise, qu’il appelle plutôt Rue Saget. Alors qu’il avait fait campagne en s’opposant au gigantesque projet porté par le promoteur Apsys et évalué à 500 millions d’euros, il n’a pu qu’y inclure quelques modifications à la marge, puisque l’annulation de cette opération urbaine entre les quais et la gare coûterait 100 millions d’euros. En bref, le maire de Bordeaux fait valoir qu’il ne connaissait pas les conditions juridiques du dossier et que celles-ci ne lui permettent pas de l’annuler complètement.

Le maire assure avoir « exercé une forte pression sur le promoteur »

Nicolas Florian était favorable au projet et avait donné un accord de principe au promoteur Apsys lorsqu’il était en fonction. Mais l’ancien maire maintient que des amendements de fond restent possibles. « Je partais du principe qu’à partir du moment où les permis de construire n’étaient pas signés, s’ils [les aménageurs] ne faisaient pas ce que je voulais, ils n’auraient pas les permis de construire. »

« C’est un coup parti dans le sens où les conséquences financières d’un arrêt du projet sont immenses et inassumables pour les collectivités et l’Etat, clarifie de son côté Pierre Hurmic auprès de 20 Minutes. Rappelons que le conseil d’administration d’Euratlantique avait voté le projet Apsys à l’unanimité et aucun membre n’entendait financer une part, quelle qu’elle soit, d’un tel dédommagement. »

Le maire de Bordeaux assure avoir « exercé une forte pression sur le promoteur » qui n’est pas Bordelais et n’a pas d’autres projets sur la ville, pour faire évoluer le projet en fin d’année dernière. « Les permis de construire, s’ils sont conformes au PLU, ne peuvent pas être refusés », souligne cet avocat de profession.

Un manque de volonté politique ?

Avant le deuxième tour des élections municipales, le maire sortant avait scellé une alliance avec le candidat En Marche Thomas Cazenave, qui avait notamment posé comme condition une révision profonde de ce projet. « Je regrette que Pierre Hurmic ait refermé ce dossier aussi rapidement, tout seul et sans élément probant permettant de nous convaincre qu’il n’y avait pas d’alternative. Je ne dis pas que c’est facile mais je ne comprends pas qu’il ne se soit pas battu davantage. A sa place, j’aurais probablement diligenté un audit », commente Thomas Cazenave, qui a l’espoir de « tirer cette affaire au clair ».

Le maire de Bordeaux fait valoir qu’il « ne pouvait pas avoir connaissance du protocole entre Apsys et l’établissement public d’aménagement (EPA) car il avait été autorisé par le conseil d’administration de l’EPA, dont il n’était pas membre, puis signé par le directeur de l’EPA, sans aucune présentation en conseil municipal. » Il faut rappeler que les délibérations du conseil d’administration d’Euratlantique ne sont pas publiques.

Elu après une campagne en faveur de l’arrêt du projet, le maire écologiste n’avait pas d’intérêt politique à le maintenir. Pour Nicolas Florian, la métropole n’était pas sur la même longueur d’onde que le nouvel élu. « [Alain] Anziani [le président de la métropole] a dû lui dire que le projet avait un intérêt et Hurmic a dû ravaler son chapeau, résume-t-il. Il n’est pas assez volontariste et il ne connaît pas les dossiers. »

On n’a pas fini de parler de ce projet d’envergure puisqu’une délibération consacrée au projet en lui-même devrait être proposée au conseil municipal cet été.