Coronavirus à Bordeaux : Sur les quais, les contrôles sur l’interdiction de l’alcool se multiplient, la jeunesse ronge son frein

RASSEMBLEMENTS La mairie a dû faire intervenir la police samedi dans un établissement qui vendait de l’alcool à emporter, et les contrôles sur les quais se multiplient, avant tout pour effectuer de la prévention concernant l’interdiction de consommer de l’alcool

Mickaël Bosredon

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La police municipale a effectué des contrôles et de la prévention, dimanche sur les quais de Bordeaux
La police municipale a effectué des contrôles et de la prévention, dimanche sur les quais de Bordeaux — Mickaël Bosredon/20 Minutes
  • L’adjoint au maire de Bordeaux en charge de la sécurité, déplore que certains établissements continuent la vente à emporter d'alcool, notamment sur les quais, alors qu'un arrêté interdisant la consommation d'alcool sur la voie publique a été pris jeudi.
  • Le gérant d'un des établissements concernés, chez Simone, assure pour sa part que la situation était contrôlée.
  • Pendant ce temps, la police municipale multiplie les contrôles, avant tout dans un esprit de prévention, le but de la mairie étant de ne pas être amenée à devoir fermer les quais.

L’arrêté interdisant de consommer de l’alcool sur l’espace public dans le centre de Bordeaux et sur les quais, a-t-il été respecté ce week-end ? 20Minutes a suivi dimanche une équipe de la police municipale sur les quais, où de nombreux Bordelais étaient encore venus se détendre. Plusieurs pique-niques entre amis étaient bien organisés, mais tous sans alcool, a-t-on pu constater. Même si en réalité, personne n’est dupe, et que l’alcool se dissimule parfois discrètement dans des bouteilles de soda… Mais  les contrôles se sont déroulés dans une ambiance apaisée.

Patrouille de la police municipale, dimanche sur les quais de Bordeaux
Patrouille de la police municipale, dimanche sur les quais de Bordeaux - Mickaël Bosredon/20Minutes

« Nous avions constaté le week-end précédent des dérives à certains endroits, notamment place Gambetta et sur les quais, dues à des rassemblements beaucoup trop importants, et les cas les plus problématiques étaient liés à une consommation d’alcool sans modération », rappelle l’adjoint au maire de Bordeaux en charge de la tranquillité publique et la sécurité, Amine Smihi, à 20Minutes. Certains bars qui avaient installé des buvettes avec tireuses à bière devant leur établissement étaient ainsi particulièrement dans le viseur de la mairie. « C’est pourquoi nous avons suivi la préfecture, dans sa décision d’interdire la consommation d’alcool sur les lieux publics, sachant que nous n’étions pas en mesure de promulguer une interdiction de vente à emporter. »

Attroupements « extrêmement importants » samedi devant un bar sur les quais

Et le problème est qu’un flou juridique est maintenu, entre cette interdiction de consommer de l’alcool, et l’autorisation de vente à emporter. Samedi, des buvettes proposant de l’alcool à emporter étaient toujours présentes, notamment au niveau du quai Louis XVIII, près de la place des Quinconces.

« J’ai dû faire intervenir la police municipale samedi vers 17h30 chez Simone, un bar situé sur les quais, explique ainsi Amine Smihi. Elle a constaté la présence de nombreuses personnes devant l’établissement, avec de la consommation d’alcool sur l’espace public. Le responsable sera convoqué par nos services dans les prochains jours. Il respecte les termes de la vente à emporter, mais les attroupements qu’il provoque sont extrêmement importants, sur l’emprise de sa terrasse qui doit être fermée. »

Contacté par 20Minutes, le gérant de chez Simone, Jérémy Banier, ne donne pas la même version des faits. « Effectivement j’ai organisé une buvette, mais il ne s’est rien passé d’extraordinaire, assure-t-il. J’avais juste allumé les chauffages extérieurs car les gens faisaient la queue pour entrer dans l’établissement, et en fin d’après-midi il y a eu, à un moment, un peu de monde. On ne distinguait plus vraiment si les gens restaient sur place pour consommer. Mais ça a duré très peu de temps. La police est intervenue, j’ai expliqué que de toute façon j’allais fermer car il était quasiment 18 heures, et les agents m’ont juste rappelé de ne pas inciter aux attroupements devant la façade. Nous en sommes restés là. »

« Qu’ils nous interdisent la vente à emporter, ce sera plus clair »

Mais pour l’adjoint à la sécurité, il s’agit de « pratiques commerciales agressives » et « d’un manquement de solidarité et de civisme ». « Ces commerçants qui veulent faire du chiffre à tout prix sans considération pour nos messages d’alerte, portent préjudice à l’image de toute une profession qui est dans sa grande majorité respectueuse, et compromettent tous nos efforts, déplore l'élu. Nous voulons rappeler ces gérants d’établissement à la raison, leur faire comprendre que par leur comportement ils risquent de faire perdurer cette crise. C’est un appel à la responsabilité, sinon nous prendrons des mesures ».

Le gérant du bar s’étonne, lui, de cette situation. « Je ne comprends pas : j’ai un mail qui me confirme que mon activité est autorisée. Qu’ils nous interdisent la vente à emporter, ce sera plus clair. » Il souligne par ailleurs que samedi, « il y avait dans le même temps, en plein centre de Bordeaux, une manifestation de gens, la plupart sans masque, avec la musique plein pot ! » Environ un millier de personnes a effectivement défilé dans Bordeaux, à l’initiative du collectif de la Maskarade, pour la défense des acteurs du monde de la nuit, notamment les discothèques.

Les quais de Bordeaux, ce dimanche
Les quais de Bordeaux, ce dimanche - Mickaël Bosredon/20Minutes

« Notre obsession est de ne pas aggraver les mesures de restriction qui sont extrêmement dommageables pour tout le monde, et qui épuisent la population » insiste Amine Smihi. Et notamment de ne pas fermer les quais, comme l’a décidé la municipalité de Toulouse. « Le maire de Bordeaux souhaite à tout prix éviter qu’on en arrive là, car il est essentiel de préserver les rares espaces de liberté encore offerts aux Bordelais, comme les parcs, les jardins et les quais » martèle l’adjoint.

« On veut le retour des terrasses »

Pédagogie et prévention, plutôt que répression, restent toutefois les mots d’ordre donnés aux agents qui contrôlent. Chef de service à la police municipale, Yoann, assure que « les gens comprennent les mesures, et globalement, les Bordelais sont respectueux des règles qu’on leur impose, même si c’est compliqué. Nous, on n’est pas là pour distribuer des amendes à tout va, mais pour faire de la prévention avant tout. »

Plusieurs groupes s'étaient réunis ce dimanche sur les quais de Bordeaux
Plusieurs groupes s'étaient réunis ce dimanche sur les quais de Bordeaux - Mickaël Bosredon/20Minutes

Les jeunes présents sur les quais dimanche, entendent le message. Louis, 23 ans, au milieu d’un groupe de personnes réunies pour fêter l’anniversaire d’une amie, assure que « l’on comprend cet arrêté, car il vaut mieux interdire l’alcool que la fermeture des quais, c’est sûr. » Mathis, 22 ans, assis un peu plus loin avec des amis, est plus fataliste. « Il y a tellement de restrictions, qu’une de plus… » Mais le groupe de copains prévient « qu’avec le retour des beaux jours, cela va être très compliqué de maintenir encore longtemps ces mesures. On veut le retour des terrasses, sinon les gens vont devenir fous ! »

« Avec le retour des beaux jours cela peut commencer à être difficile à gérer »

Les agents en patrouille restent fermes dans l’application des gestes barrière. Demandent à ceux qui ne l’ont pas de porter le masque. Mais comprennent aussi cette lassitude. « On espère tous que la situation ne va pas durer trop longtemps, assure le policier Yoann, car avec le retour des beaux jours cela peut commencer à être difficile à gérer. La réouverture des bars et des restaurants sera à surveiller aussi, car tout le monde va vouloir à nouveau profiter de la vie. »

L’arrêté interdisant la consommation d’alcool, est en vigueur jusqu’au 18 mars. Amine Smihi rappelle par ailleurs que Pierre Hurmic a demandé à repousser le couvre-feu à Bordeaux à 20 heures, au lieu de 18 heures. Sans succès pour le moment.