Bordeaux : Fronde des élus contre un projet de péage sur l'A63 vers Arcachon

CIRCULATION La préfecture de la Gironde vient de présenter un projet d’élargissement de l'A63 entre Bordeaux et Arcachon, qui serait financé par recours à une concession autonome via un péage, provoquant la colère des élus du bassin

Mickaël Bosredon

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Illustration péage autoroute
Illustration péage autoroute — ROMAIN DOUCELIN/SIPA
  • Les élus du bassin d’Arcachon et Val de l’Eyre sont vent debout contre ce projet de péage.
  • Ils refusent que les habitants soient contraints de payer, pour utiliser un axe routier qu’ils doivent emprunter pour aller travailler sur l’agglomération bordelaise.
  • La question de l’élargissement de l'A63 reste toutefois ouverte à la discussion.

Les élus du bassin d’Arcachonet du Val de l’Eyre sont « tous remontés comme des pendules », assure à 20 Minutes Bruno Bureau, maire socialiste de Salles, et président de la communauté de communes du Val de l’Eyre. Un projet, qui vient tout juste d’être présenté aux élus, de passage à 2x3 voiesde l'A63 entre Bordeaux et Salles, financé par une concession qui engloberait l'A660 [le prolongement de l'A63 jusqu’à Arcachon] avec mise en place d’un péage, suscite un véritable tollé sur le bassin.

Les élus refusent que leurs administrés soient contraints de payer, pour utiliser un axe routier qu’ils doivent emprunter quotidiennement pour aller travailler sur l’agglomération bordelaise. Notamment les élus de la Cobas (Communauté du Bassin d’Arcachon Sud), qui viennent de débourser 55 millions d’euros pour des travaux d'aménagement sur l'A660 et la RN250, afin d’améliorer la desserte du bassin d’Arcachon… « Cette somme a été financée intégralement par la collectivité locale, et maintenant que l'on a fini de payer on nous dit qu'une entreprise privée va venir se gaver avec un péage ? » s'étrangle François Deluga, maire socialiste du Teich. 

« Différents scénarios de système de péage sont envisagés »

Contactée par 20 Minutes ce vendredi, la préfecture confirme qu’il existe bien un projet de « mettre à 2x3 voies la section d’A63 entre la rocade de Bordeaux et Salles par recours à une concession autonome qui intégrerait l'A660 ». Une section qui verrait passer plus de 30.000 véhicules par jour. Ce projet prévoit « l’élargissement de l’infrastructure, la possibilité de disposer d’une voie dédiée aux véhicules à fort taux d’occupation et une technologie de péage "flux libre" sans barrière de péage physique. » Elle précise que « différents scénarios de système de péage sont envisagés. »

« Ce n’est pas sérieux, peste Bruno Bureau. Il y a un problème de sécurité sur l'A63, avec essentiellement un mur de camions, concède le maire de Salles, mais nous dire que l’on va faire financer des travaux d’élargissement par le privé qui va ensuite se rémunérer grassement sur le dos des habitants avec une concession, nous y sommes farouchement opposés. On nous a présenté tout d’un coup trois options à péage, mais on n’en veut pas, car ce serait à la fois pénalisant pour les habitants et les entreprises du territoire. »

L'A63, davantage un prolongement de la rocade qu’une autoroute

L’élu estime que l'A63 est d’ailleurs davantage « un axe qui dessert un territoire qu’une autoroute. On peut presque la considérer comme la continuité de la rocade bordelaise, puisqu’une grande partie des gens qui travaillent sur l’agglomération et habitent sur le secteur Arcachon-Val de l’Eyre empruntent cette voie. Le problème, c’est la montée en charge du transit international sur cet axe. Peut-être faudrait-il interdire les camions de rouler à certaines heures de la journée, notamment le matin, quand l’axe est déjà saturé par les gens qui vont travailler… »

Même analyse pour François Deluga. « Il n'est pas possible de mettre un péage pour entrer sur le bassin d'Arcachon, car l'A63 est une voie qui traverse un territoire, et qui se termine par une voie en cul-de-sac emprutée par les habitants de ce territoire. Cela équivaudrait donc à remettre en place un octroi à l'entrée de l'agglo, et faire faire payer les gens pour qu'ils rentrent chez eux. On s'y opposera de toutes les manières possibles, y compris devant les tribunaux s'il le faut. »

La question de la troisième voie en discussions

Les élus craignent de surcroît que les résidents empruntent par conséquent les voies secondaires du bassin, qui sont déjà saturées. 

Quant au projet d’élargissement de l'A63 en lui-même, Bruno Bureau n’est « même pas sûr » qu’il « règle la situation. On voit bien qu’à chaque fois qu’on élargit des voies, cela résout le problème accidentogène pendant un temps, mais cela crée surtout un appel d’air à davantage de circulation, je suis donc partagé sur le sujet. Une troisième voie pourquoi pas, mais à condition qu’elle soit réservée au covoiturage ou pour du transport en commun. »

« Un débat public ou une concertation avec garant pourrait avoir lieu, en 2022 »

La préfecture de la Gironde insiste toutefois : « Le projet est actuellement dans une phase très amont, préalable à la concertation publique. » Compte tenu de son ampleur, « la Commission nationale du débat public (CNDP) doit être saisie pour se prononcer sur les modalités de concertation ou de débat public ». Cette saisine se fera « sur la base d’un dossier qui présente le projet et le contexte, particulièrement l’avis des acteurs locaux (élus, chambres de commerce et d’industrie, associations…) » qui sont « actuellement informés et consultés. » Ensuite, en fonction de l’avis de la CNDP, « un débat public ou une concertation avec garant pourrait avoir lieu, en 2022. »

En guise de consultation, les élus du Val de l'Eyre concernés sont en train de préparer une motion dans laquelle ils expliquent unanimement rejeter ce projet de péage. Les quatre maires du sud Bassin sont, eux, en train de finaliser une lettre qui sera envoyée à la préfète dès lundi. « Toutes les communes du bassin vont prendre position contre » annonce François Deluga. Ils ne sont en revanche pas tous d'accord sur la question du passage de l'A63 à trois voies, qui reste ouverte à la discussion.