Bordeaux : Comment Mérignac-Soleil, « où des 70 °C » ont été mesurés, veut devenir un « écrin de verdure »

URBANISME Un immense projet de transformation urbaine est engagé sur le secteur Marne-Soleil à Mérignac, pour créer une entrée de ville et de métropole plus agréable

Mickaël Bosredon

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Vue aérienne du projet Marne-Soleil à Mérignac
Vue aérienne du projet Marne-Soleil à Mérignac — La Fab
  • Le quartier Marne-Soleil de Mérignac est surtout connu pour son centre commercial, ses « boîtes à chaussures » et ses avenues embouteillées.
  • Très bitumé, ce secteur représente aussi « l’îlot de chaleur le plus important de l’agglomération ».
  • L’objectif du projet programmé sur 15 ans, est de planter 10.000 arbres et de créer deux parcs en plus de 2.800 logements le long du tramway.

Le quartier est surtout connu pour son centre commercial, ses grandes enseignes alignées comme des « boîtes à chaussures », et ses avenues embouteillées, notamment le samedi. L’opération Marne-Soleil, sur l’avenue de la Marne et le centre commercial Mérignac Soleil, est l’une des plus importantes opérations urbaines de Bordeaux Métropole. Programmée sur 15 ans, son ambition est de redessiner tout ce secteur pour « le recoudre » avec le reste de la ville, explique Jérôme Goze, directeur général délégué de La Fab, La Fabrique de Bordeaux Métropole, qui pilote cet immense projet urbain.

L’opération va s’appuyer sur le prolongement de la ligne A du tramway jusqu’à l’aéroport, prévu pour fin 2022, et qui va traverser tout le secteur, pour en faire la colonne vertébrale des futurs aménagements. « L’objectif est de transformer ce long couloir de bitume, de béton et d’enseignes commerciales, en une entrée de ville et de métropole plus accueillante, avec de la nature puisque l’on va planter 10.000 arbres sur ce segment », résume le maire de Mérignac et président de la métropole Alain Anziani (PS).

« Il va falloir décroûter »

La végétalisation est au cœur du projet Marne-Soleil. Deux parcs et des îlots de fraîcheur sont prévus. « Ce secteur représente l’îlot de chaleur le plus important de l’agglomération », assure Jérôme Goze, qui dit avoir mesuré l’été « des températures à plus de 70 °C sur des toits-terrasses très bitumés » du quartier. « Cette espèce de zone commerciale des années 1960, a rendu tous les services qu’il fallait, mais aujourd’hui il faut panser ce territoire. Pour cela, il va falloir décroûter, c’est-à-dire littéralement enlever de la croûte pour retrouver de la pleine terre, planter. On veut réaliser un écrin de verdure qui va permettre de faire émerger un nouvel urbanisme. »

Sur 300.000 m2, ce programme doit aussi créer 2.800 logements dont 35 % de logements locatifs sociaux. « Il faut plus de logements car on en a besoin » insiste Alain Anziani, même s’il reconnaît « qu’il y a un ras-le-bol des habitants de voir trop de constructions, trop de densification… Il y a une vraie fracture entre nos habitants et l’urbanisme tel qu’on le conçoit depuis 20 ans, poursuit le président de la métropole. C’est pourquoi la solution est de cibler un certain nombre de lieux, notamment aux abords des transports en commun, pour y concentrer les logements. Et dans ces îlots, il faut beaucoup de végétalisation, créer des jardins suspendus. La question qui va se poser sera aussi de construire plus en hauteur, pour libérer de l’espace au sol et créer plus de parcs et de squares. »

« Dimension plus humaine »

Exemple : la reconversion de l’ancien garage Peugeot laissera place à 220 logements, ainsi qu’à une place publique avec terrasses, et à plus de 5.000 m2 d’espaces verts avec 250 arbres plantés. Ou encore, la reconversion du site anciennement occupé par Castorama, prévoit outre 386 logements, la réalisation de 2 hectares d’espaces de nature dont un parc d’un hectare.

La reconversion de l'ancien site Castorama à Mérignac doit faire place, notamment, à un parc d'un hectare
La reconversion de l'ancien site Castorama à Mérignac doit faire place, notamment, à un parc d'un hectare - La Fab

« Aujourd’hui, c’est un site presque exclusivement dédié au commerce, on va le transformer pour qu’il devienne beaucoup plus agréable à vivre, poursuit Jean-Yves Meunier, directeur opérationnel à La Fab. Le tram en sera la colonne vertébrale, et il faudra créer des liens entre les stations de tramway et le centre commercial notamment, avec une dimension plus humaine, ce qui passe par des cheminements piétons arborés. »

« Passer à un système plus qualitatif de rez-de-chaussée commerciaux »

Le quartier restera toutefois très commercial, puisque 90.000 m2 de commerces sont prévus. Mais, « il devra évoluer vers des villages de commerces, estime Alain Anziani. Pendant très longtemps les centres commerciaux ont vidé les centres-villes de leurs commerces, aujourd’hui cela s’inverse puisque c’est le modèle de commerces de centre-ville qui est privilégié. Les centres commerciaux vont donc devoir adapter leur modèle pour faire des produits locaux, du circuit court. On est dans une révolution du modèle de la grande surface. »

« Les enseignes elles-mêmes veulent changer de concept, confirme Jean-Yves Meunier, et nous les accompagnons dans cette démarche. Nous voulons passer du système de la boîte à chaussures que l’on a en face de nous, à un système plus qualitatif de rez-de-chaussée commerciaux. »

Environ 20 millions d’euros d’investissements sont prévus pour les espaces publics, et 65 millions d’euros pour les aménagements. Budget auquel viendra s’ajouter l’investissement des promoteurs privés.