Gironde : Vers une prolongation pour dix ans de l’activité de la centrale de Blaye, une des plus vieilles de France

NUCLEAIRE L’autorité de sûreté nucléaire (ASN) ne s’oppose pas à l’allongement de la durée de vie des centrales nucléaires de 900 MWe, dont celle de Braud-et-Saint-Louis, près de Bordeaux, qui va fêter ses quarante ans

Elsa Provenzano

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 La centrale nucleaire du Blayais. A Braud et Saint-Louis, 26 janvier 2012.
 
 La centrale nucleaire du Blayais. A Braud et Saint-Louis, 26 janvier 2012.   — SEBASTIEN ORTOLA / 20 MINUTES
  • Agée de quarante ans, la centrale nucléaire de Blaye pourrait voir sa durée de vie prolongée de dix ans par l’ASN.
  • La direction de la centrale met en avant des chantiers importants de modernisation pour assurer la sûreté du site.
  • Stéphane Saubusse, conseiller départemental EELV, estime que ces travaux constituent un gouffre financier alors que les alternatives à l’énergie nucléaire sont insuffisamment soutenues.

C’était le 12 juin 1981. ll y a presque quarante ans, la centrale nucléaire du Blayais entrait en service. EDF annonçait à l’époque que ces centrales de 900 MWe étaient conçues pour durer quarante ans. Mais à l’approche de cet anniversaire, l'autorité de sûreté nucléaire (ASN) vient d’annoncer, le 25 février dernier, qu’un allongement de leur durée de vie pour dix ans est envisageable, à certaines conditions.

Des visites décennales de l’ASN sur chacun des quatre réacteurs de la centrale de Braud-et-Saint-Louis, installée à 45 kilomètres au nord de Bordeaux, sont prévues entre 2022 et 2025. Le redémarrage de chaque réacteur sera soumis au feu vert de l’ASN. « Ce réexamen périodique vise à s’assurer que les centrales, et en l’occurrence celle de Blaye, sont bien en conformité avec les normes les plus élevées des derniers réacteurs en matière de sûreté et pas celles en vigueur il y a quarante ans », précise la direction de la centrale de Braud-et-Saint-Louis.

Des chantiers importants

Des travaux d’envergure ont déjà été lancés sur le site du Blayais qui s’étend sur 220 hectares, au bord de l’estuaire, et une modernisation continue des installations est mise en avant par EDF. « La quasi-totalité des pièces de la centrale n’ont pas quarante ans, elles ont de quelques semaines pour les plus récentes à quelques années pour les plus anciennes », pointe la direction de la centrale. « Les réacteurs ont été conçus avec la technologie des années 1970 et qu’on ne nous fasse pas croire que les installations sont éternelles, il y a de l’usure et cela coûtera de plus en plus cher », réagit Stéphane Saubusse, conseiller départemental EELV de la Gironde et élu à la CLIN (commission locale d’information nucléaire) du Blayais. Sur les dix prochaines années, EDF parle d’un investissement d’un milliard sur le site girondin.

« On va installer sous chaque cuve des réacteurs, un récupérateur de corium, c’est une sorte de grand cendrier qui permettrait de récupérer la matière radioactive et de contenir à l’intérieur de nos installations les conséquences d’un accident majeur, détaille la direction de la centrale. Il n’y aurait plus de conséquences extérieures irréversibles. » C’est à l’occasion de chaque visite décennale que ces cuves seront installées.

Des puits vont aussi être creusés à 200 mètres de profondeur pour capter dans des nappes profondes, et en grande quantité si nécessaire, de l’eau pour refroidir les installations en urgence. Les moteurs diesels d’ultime secours – conçus pour fournir de l’électricité même en cas de tsunamis, tornades ou tremblements de terre – permettraient d’approvisionner en électricité les dispositifs de refroidissement. Et les travaux de rehaussement de la digue à 8,50 mètres de haut ont déjà commencé pour protéger le site des inondations, qui avaient menacé les installations en 1999.

Une occasion ratée

« On avait l’occasion de passer à autre chose, déplore Stéphane Saubusse. Si on programme son arrêt on peut lancer une filière de démantèlement qui permettra aux salariés [de la centrale] de rester en emploi et on permet mécaniquement le développement des énergies renouvelables localement. » Il est à prévoir qu’en repartant pour dix ans, la centrale poursuive son activité au-delà même des cinquante ans après sa mise en service.

« Si on ne fait pas un planning, ne serait-ce que pour baisser la proportion d’énergie produite par le nucléaire, on sera toujours piégés, estime ce militant antinucléaire. Fessenheim a fermé et elle n’était pas beaucoup plus vieille que celle de Blaye. »

Dix ans après l’accident de Fukushima, l’association Tchernoblaye organise jeudi 11 mars une mobilisation devant la centrale pour y dénoncer le « risque permanent ». Et le 13 mars, une grande chaîne humaine antinucléaire sera organisée sur les quais, près de la maison écocitoyenne.