Les sylviculteurs sortent du bois pour sauver leur forêt

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« Nous sommes abasourdis par les effets de cette tempête. On est tous touchés, sylviculteurs et industriels », avoue Christian Plantier, président du Comité interprofessionnel du bois d'Aquitaine. Du coup, les professionnels viennent de proposer au gouvernement un plan d'urgence. Il consiste, dans un premier temps, à ramasser le plus vite possible les pins. L'expérience de la tempête de 1999 a montré qu'il fallait dégager les forêts dans un délai de six mois. Passé ce laps de temps, les bois seront attaqués par un champignon, qui leur donne une teinte bleue, et par les insectes. Sans compter le risque de feux de forêts à partir du printemps.

Une course contre la montre s'engage pour ramasser les pins et les entreposer. « En 1999, on a pu stocker 1 million de mètre cube. Aujourd'hui, on en a 10 millions à placer, en sachant qu'il nous faudra dix ans pour les vendre », explique Yves Lesgourgues, responsable de la cellule de crise de la filière.

L'interprofession était encore en convalescence quand elle a essuyé cette deuxième tempête, dans un contexte de crise économique. Klaus a touché le coeur du massif et a mis à mal près du double de la surface et du volume de bois qu'en 1999.

Les conséquences sont aussi écologiques. « Si les sylviculteurs ne reboisent pas, la forêt redeviendra une lande marécageuse comme au XIXe siècle », prédit Andrée Corvol, directrice de recherche au CNRS, spécialiste de la forêt. Les bois ont aussi l'avantage de réduire les gaz à effet de serre puisqu'une tonne de bois stocke une tonne de CO2. Les propriétaires ont l'obligation légale de replanter. Mais les forêts n'étant pas assurables, les professionnels font appel à la solidarité nationale. Ils attendent une réponse chiffrée du gouvernement dans le courant de la semaine et ne reboiseront pas avant de recevoir les aides. ■ Julie Millet