Des Secours beaucoup trop populaires

Sophie Lemaire

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« La crise sera longue et profonde. Elle va renforcer la précarité et la pauvreté dans le département. » L'avertissement est signé du préfet de Gironde Francis Idrac, qui participait vendredi au lancement de l'observatoire girondin de la précarité et de la pauvreté (lire encadré). Dans la salle, Lionel Estrade a pris des notes avant de retourner dans les locaux de l'antenne bordelaise du Secours populaire, dont il est responsable. A ses côtés, une trentaine de bénévoles se relaient pour recevoir, trois jours par semaine, un échantillon de cette population pauvre que l'observatoire souhaite mieux connaître.

Les « nouveaux phénomènes de pauvreté » annoncés par les enquêtes nationales - travailleurs pauvres et retraités notamment - y sont encore marginaux. « Ici, depuis toujours, nous recevons surtout des personnes isolées en grande difficulté, parfois SDF, et beaucoup de familles monoparentales, explique Lionel Estrade. Nous n'avons pas encore constaté « d'effet crise » quantitatif, mais la situation de ceux qui viennent est de plus en plus complexe, avec des difficultés qui se cumulent. » Dans les locaux de la rue Deyres, les bénévoles gèrent l'urgence. Dans le hall, SDF et mères de familles, bébés dans les bras, attendent d'être reçus en entretien à l'étage. « La dame que je viens de recevoir n'a que 635 euros par mois pour elle et son enfant. Comment voulez-vous qu'elle s'en sorte ? se désole Geneviève, bénévole depuis dix ans. La situation est catastrophique. Pour certaines choses, comme le logement, problème majeur, nous sommes impuissants. » Ici les bénévoles répondent aux besoins élémentaires : nourriture et vêtements. Ils aident environ 450 foyers par mois. Mais les moyens sont en baisse. Au rez-de-chaussée, les rayons de l'épicerie sont peu fournis et la chambre froide est vide. « Nous n'aurons pas de viande avant avril, regrette Lionel Estrade. C'est difficile de solliciter la générosité du public actuellement. » La crise fait bien son effet. ■